03.09.2020 à 10:38

InterviewHugues Aufray: «J’ai encore au moins deux ou trois albums à faire»

Cet été, le chanteur de «Stewball» a sorti «Autoportrait», un disque de reprises, en français, de chansons du folklore américain. Toujours en pleine forme à 91 ans (!), il nous confie qu’il ne compte absolument pas s’arrêter là.

par
Laurent Flückiger
«Il ne pouvait pas y avoir de meilleur nom pour cet album, car dans chaque chanson j’ai un message personnel qui montre mon tempérament», déclare Hugues Aufray.

«Il ne pouvait pas y avoir de meilleur nom pour cet album, car dans chaque chanson j’ai un message personnel qui montre mon tempérament», déclare Hugues Aufray.

Yann Orhan

Hugues Aufray, 91 ans le 18 août, c’est: sept décennies dans la musique, le premier Français à avoir découvert Bob Dylan, des chansons inscrites au patrimoine («Santiano», Stewball, «Céline»…), des adaptations de nombreuses musiques folk américaines. C’est un «passeur», comme il se définit lui-même. Nous, on parlerait plutôt d’un monument.

Alors, quand l’artiste, installé dans la demeure du sculpteur Aristide Maillol, nous parle de son nouvel album, «Autoportrait» mais aussi de peinture, de Jean-Jacques Goldman, de sa jeune compagne et de son immense carrière, on savoure la chance qu’on a.

Votre album précédent est sorti il y a neuf ans. Qu’est-ce qui vous a poussé à revenir avec un nouveau disque à 91 ans?

En 2015, j’ai débuté une tournée dans des petites salles de 500 à 1000 personnes que j’ai appelée «Visiteur d’un soir» – vous voyez, je ne suis pas les modes, je les précède. Et croyez-moi: je n’ai pas vu le temps passer. Puis j’ai eu l’envie de faire un album de world music, projet qu’on m’a conseillé d’abandonner. J’ai rouvert mes cahiers et je me suis inspiré des «Seeger Sessions» de Bruce Springsteen, qui reprenait des vieux thèmes américains.

Qu’est-ce qui vous intéresse dans les chansons du folklore?

Qu’elles se transmettent de génération en génération. Moi, je ne suis pas né avec la vocation de songwriter. Je voulais être peintre, faire les beaux-arts. Mais comme je n’ai pas pu, j’ai fait de la musique. J’ai commencé par chanter les chansons des autres, le folklore d’Espagne, du Brésil, du Mexique… Puis au milieu des années 1950 j’ai découvert Félix Leclerc et Georges Brassens. À 30 ans, pour mon premier disque, je me suis tourné vers mon folklore, je l’ai adapté pour ceux qui ne comprenaient pas les paroles. À partir de là je suis devenu un folk singer. Sur l’album que je viens de sortir les chansons viennent des États-Unis, car c’est là que j’ai trouvé les plus beaux thèmes, et une d’Australie.

Pourquoi avoir appelé ce disque «Autoportrait»?

C’est un pur hasard. À cause de la pandémie, Jean-Baptiste Mondino, qui devait faire ma photo, n’a pas pu se déplacer. Un de mes collaborateurs a vu cet autoportrait dans mon atelier. C’est un tableau que j’avais peint un peu rapidement sur deux planches de bois en 1999. Elles viennent d’une caisse de vin qu’on m’avait offerte à Noël. Ma maison de disques a trouvé que c’était exactement ça qu’il fallait pour mon album. J’ai opté pour le nom «Autoportrait» mais ça n’a rien à voir avec le fait que Bob Dylan avait déjà eu cette idée (ndlr.: l’album «Self Portrait» en 1970). Il ne pouvait pas y avoir de meilleur nom, car dans chaque chanson j’ai un message personnel qui montre mon tempérament.

Qui est la voix qu’on entend sur le titre «Les péniches de l’Erie Canal»?

Mon arrière-petite-fille. Il faut savoir que cette chanson, pas très connue, est chantée à l’école par les petits Américains. Alors, je voulais que le refrain soit interprété par des enfants. Mais, à cause du confinement, on n’a pas pu avoir la chorale qui l’avait travaillée. J’ai trouvé une astuce, avec mon arrière-petite-fille de 8 ans, qui est Irlandaise et habite Dublin: Zemphira. Elle fait du violon depuis l’âge de 4 ans et vient d’être admise à la chorale de la cathédrale. Sa mère lui a posé un casque sur les oreilles et a simplement enregistré avec son téléphone.

Est-ce que le nouveau coronavirus a eu d’autres impacts sur le disque?

À part que sa sortie était initialement prévue en mars, non. Mais j’insiste: ce ne sont pas des chansons qui ont été écrites en fonction des événements récents. Celle qui conclut l’album, «Ya un homme qui rôde et qui prend des noms», je l’ai composée il y a bien longtemps. Elle ne raconte pas l’histoire de ce pauvre George Floyd.

«Autoportrait» parle surtout des salariés, des ouvriers, des petites gens…

C’est ça qui m’intéresse. Avant que vous me téléphoniez j’étais plongé dans un bouquin qui s’appelle «Le grand atlas de Van Gogh», qui raconte tous les déplacements qu’il a faits. J’ai une passion pour Van Gogh, comme pour Gauguin et Cézanne. Ce sont trois artistes qui ont connu beaucoup de difficultés, ils étaient pauvres. Récemment, j’ai visité la maison de Monet et j’ai compris pourquoi je n’aimais pas ses tableaux: c’était un vrai bourgeois, qui a connu le succès de son vivant. Mais les trois autres étaient déjà mes idoles quand j’avais 14 ans. C’étaient des humanistes, ils se sont intéressés au côté le plus vrai de la vie, celui du peuple.

Sur «Autoportrait», on trouve aussi une splendide reprise de «Stewball» en duo avec Michael Jones.

Ce qui m’a permis de faire la rencontre de Jean-Jacques Goldman, puisqu’on a enregistré à Londres, aux studios Abbey Road. On a dîné ensemble et j’ai découvert quelqu’un que je supposais être parfaitement gentil, modeste et extrêmement humaniste. Et il l’est. Il m’a dit qu’il avait chanté beaucoup de mes chansons aux scouts. Je sais que le scoutisme est encore bien vivant en Suisse et j’aimerais bien relancer ce mouvement en France. J’ai comme projet d’organiser un jour un grand Jamboree, c’est exactement ce qui manque à la jeunesse d’aujourd’hui.

Je ne veux pas partir en laissant des choses inachevées et dans le désordre

Hugues Aufray

Qu’est-ce qui vous garde dans une telle forme?

J’ai été extrêmement modéré dans ma vie. Je n’ai jamais bu beaucoup d’alcool. J’ai appris à fumer au service militaire, aux chasseurs alpins à Annecy. Mais je me suis arrêté à l’âge de 45 ans. Donc il y a ça, la musique et puis j’ai aussi actuellement une vie très active. Je suis avec une compagne, qui est évidemment beaucoup plus jeune que moi: Murielle. On a dit des choses que je ne peux pas supporter. C’est ma compagne, pas ma maîtresse. Cela fait des années que je la connais.

Avez-vous prévu un retour sur scène?

Bien sûr. Mais j’ai aussi des choses à faire en sculpture et en peinture. Il y a un travail que je réserve pour beaucoup plus tard si Dieu le permet, c’est d’écrire ma vraie autobiographie. Avant, il y aura un nouveau disque pour les Fêtes. Il va vous surprendre. Je chante des chants de Noël. Des chants chrétiens, bien sûr. Et j’ai encore au moins deux ou trois albums à faire. Après quoi, je me dirai que j’ai fait mon boulot et que je peux fermer la boutique. Je ne veux pas partir en laissant des choses inachevées et dans le désordre.

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4 commentaires
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titi

04.09.2020 à 16:33

il les a laissé au frais en attendant 🤣

Unfan

04.09.2020 à 13:57

Bravo c est toute ma jeunesse

Etasseur

03.09.2020 à 11:21

J'aimerais bien avoir un jour son âge si c'est pour être aussi en forme que lui