08.03.2016 à 13:10

Justice jurasienneHuit ans de prison requis contre un chauffard

Le véhicule avec six jeunes Jurassiens âgés de 19 à 21 ans avait fait une sortie de la route. Deux des cinq passagers étaient décédés, l'un sur les lieux de l'accident et l'autre le lendemain.

L'accident a eu lieu sur ce trajet (en bleu), dans la descenete du col de montvoie, à proximité de Porrentruy.

L'accident a eu lieu sur ce trajet (en bleu), dans la descenete du col de montvoie, à proximité de Porrentruy.

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Le procès d'un automobiliste qui avait provoqué la mort de deux passagers en 2014 s'est ouvert mardi à Porrentruy (JU) dans un climat pesant. Dans son réquisitoire, le Ministère public a requis huit ans de prison pour meurtres par dol éventuel. Pour la défense, il s'agit d'un homicide par négligence.

Le drame survenu au soir du 25 avril 2014 avait suscité une énorme émotion dans toute la région. L'accusé, qui circulait à une vitesse inadaptée aux conditions de la route et qui était sous l'influence de l'alcool, avait perdu la maîtrise de sa voiture dans la descente du col de Montvoie, à proximité de Porrentruy.

Le véhicule avec six jeunes âgés de 19 à 21 ans avait quitté la route et terminé sa course 50 mètres en contrebas. Deux des cinq passagers étaient décédés, l'un sur les lieux de l'accident et l'autre le lendemain. Les trois autres passagers et le conducteur avaient été blessés.

Larmes du prévenu

«Je suis vraiment désolé d'avoir causé cet accident», a déclaré le prévenu entre deux sanglots. Adepte des sports extrêmes, l'accusé ne se considère pas comme un casse-cou et estime avoir roulé normalement le soir du drame. «Je n'arrive pas à comprendre ce qu'il y avait dans ma tête».

Le prévenu a affirmé devant le président Pascal Chappuis qu'il ne se souvenait pas quand les cinq passagers lui ont demandé de ralentir. Lors du drame, il était au bénéfice d'un permis à l'essai. L'accusé, qui a pleuré et s'est mouché durant une partie de son audition, a plusieurs fois demandé pardon.

Lourde peine requise

«Il ne fait aucun doute que c'est le comportement du prévenu qui a entraîné l'accident», a estimé la procureure Frédérique Comte dans son réquisitoire. «Il était impossible d'empêcher cette sortie de route», a-t-elle asséné en relevant que cet accident était totalement inévitable. Elle a donc réclamé une peine ferme de 8 ans de prison.

Pour le Ministère public, le prévenu n'a pas tenu compte des remontrances de la part des passagers quant à sa façon de conduire. Après un arrêt, certains occupants du véhicule lui ont même proposé de prendre le volant. «Le prévenu n'admet pas les remarques et refuse de laisser le volant à quelqu'un d'autre», a relevé la procureure.

Risques pris en compte

«Les copains du prévenu l'ont imploré de rouler moins vite», a ajouté la représentante du Ministère public. Le prévenu avait déjà opéré un dépassement téméraire avant l'accident mortel. «Les passagers ont exprimé la colère, la peur et l'angoisse, selon la procureure. «Il a terrorisé ses copains», a-t-elle ajouté.

S'agissant du mobile, l'accusation estime que le prévenu a voulu montrer sa supériorité et voulait se prouver quelque chose. «Il voulait faire le malin», a estimé la procureure.

Pour la défense, il ne s'agit pas de meurtres par dol éventuel, mais d'homicides par négligence. L'avocat a donc demandé une peine compatible avec le sursis total ou partiel. «Il pensait qu'il avait la situation en main», a plaidé André Gossin en relevant que les jeunes adultes ont une appréciation différente des risques.

«Il vivra toujours avec cette culpabilité», a souligné l'avocat qui a estimé que le prévenu, âgé aujourd'hui de 21 ans, n'était pas un trompe-la-mort. Pour la défense, il n'avait pas conscience de cette issue mortelle. L'accusé n'a pas de souvenirs du drame, victime d'une amnésie lors de l'accident.

Le meurtre par dol éventuel signifie qu'il ne pouvait pas ignorer le risque qu'il faisait courir à ses copains mais qu'il s'en est accommodé. Le verdict sera rendu jeudi matin.

Climat pesant

L'un des moments particulièrement émouvants de ce procès devant une salle d'audience bondée a été le témoignage de la mère de l'un des deux jeunes décédés. «Depuis le 25 avril, j'ai juste dû être vivante». «Je suis en colère», a ajouté cette mère de famille en racontant son combat pour surmonter ce deuil.

(ats)

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