Coupe du monde: Des colliers en or pour briser les chaînes de l’indifférence

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Qatar 2022Humeur: des colliers en or pour briser les chaînes de l’indifférence

Scène aussi cocasse que rarissime à ce niveau: le Français Jules Koundé a disputé une «petite» mi-temps avec des bijoux à son cou sans que personne ne s’en émeuve. Dans un monde où rien n’est laissé au hasard, voilà qui fait du bien, non?

par
Nicolas Jacquier
Au bord de la touche, Jules Koundé a eu besoin d’aide afin de l’aider à retirer son double collier en or. Une image habituellement réservée aux matches de séries inférieures…

Au bord de la touche, Jules Koundé a eu besoin d’aide afin de l’aider à retirer son double collier en or. Une image habituellement réservée aux matches de séries inférieures…

AFP

Juste géniale comme action, non? Au lieu d’être sermonné, cet homme-là mérite notre coup de chapeau. Jules Koundé, défenseur de Barcelone et de l’équipe de France de métier, a dribblé le monde entier en disputant l’autre jour son huitième de finale contre le Danemark avec deux lourds colliers en or accrochés à son cou. Devant pareille outrance, la FIFA n’a pu que s’étrangler d’indignation…

Songeons ici que tout est minuté, à la seconde près parce que le protocole, obéissant à un règlement implacable, ne prévoit aucune improvisation. Une cohorte de fonctionnaires et autres officiels est d’ailleurs en permanence présente pour veiller à sa stricte application - rien ne doit pouvoir l’en détourner. En matière de tenue notamment, tout est inspecté, contrôlé, vérifié, passé au crible fin et plutôt deux fois qu’une.

Or dimanche, qu’a-t-on vu au vu et au su de tous? Un gaillard, échappant à tout contrôle, y compris celui des arbitres, a pu disputer un match de Coupe du monde avec ses chaînes pendouillantes en toutes impunités sous le regard des caméras sans que personne ne daigne broncher pendant 42 minutes. Un exploit en soi qui vaudrait au petit junior E du FC Tolochenaz cherchant à l’imiter une sévère remontrance.

Le fameux sac des valeurs

On connaît pourtant tous le règlement de la FIFA, stipulant dans son article 4 qu’un joueur «ne doit pas utiliser d’équipement ou porter quoi que ce soit de dangereux. Tout type de bijou (colliers, bagues, bracelets, boucles d’oreilles, rubans de cuir ou de caoutchouc, etc.) est interdit et doit être ôté». En cas de refus, le joueur encourt un premier avertissement. Un règlement clair, enseigné et rappelé dans toutes les écoles de foot en Suisse, en France et partout ailleurs. D’où le plus souvent la présence d’un sac des valeurs - l’ami Koundé n’a-t-il pas voulu mélanger les siennes à celles de ses camarades de jeu? Dans le cas des champions du monde, sans doute faudrait-il plusieurs sacs.

Gling-gling, gling-gling… Le Franco Béninois s’est autorisé un joli numéro de passe-passe pour faire briller sa quincaillerie ambulante avant que M. Marciniak, l’arbitre polonais de la rencontre, ne lui ordonne de s’en séparer, ce qu’il a fait avec une certaine difficulté.

Au moment de justifier son geste (de rebelle?), l’accusé s’est défendu en disant qu’il était tête en l’air. Mais l’est-il vraiment? Tout cela ne participait-il pas plutôt à une mise en scène savamment orchestrée? Fallait-il y voir un message déguisé au moment où certains semblent avoir repéré la présence peu visible d’un drapeau aux couleurs de la communauté LGBT? On ne le saura jamais. 

Le savon de Deschamps

Il semblerait plutôt que superstitieux, Koundé aurait du mal à s’en séparer, y compris à l’entraînement (où sa double chaîne ne le quitterait pas).

Aussi cocasse soit-elle, cette scène a valu à son auteur une soufflante de la part de Didier Deschamps, fustigeant l’attitude olé olé de son latéral. «Je lui ai dit d’ailleurs. «Tu as de la chance que je ne sois pas en face de toi, sinon…», a tempêté le sélectionneur des Bleus en conférence de presse après le match. L’arbitre nous avait averti (…) Les joueurs n’ont pas le droit de porter bracelet ou collier. Ils ne vont pas non plus jouer avec une montre ou des lunettes de soleil!»

Tiens, et si l’étourdi Koundé se pointait samedi contre l’Angleterre avec une breloque et des Ray-Ban? Chiche? En attendant, on a pu assister en mondovision à une séquence qui ne dépasse normalement pas le cadre bucolique d’un terrain de campagne de chez nous.

Braver l’interdit, tester jusqu’à provoquer, n’est-ce pas le goût d’une liberté retrouvée, celle de l’enfance perdue. Soyons tous les enfants de demain. Pour briser les chaînes de l’indifférence. En cela, merci à Jules de nous avoir réveillés par le biais d’une action imprévisible sortant tellement de l’ordinaire. Parce qu’inachevées, tellement d’actions passent inaperçues sur une pelouse.

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