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PandémieHydroxychloroquine: médecins menacés de sanctions en Valais

L’Hôpital Riviera-Chablais interdit l’utilisation du médicament prôné par le professeur Didier Raoult contre la Covid-19.

par
Eric Felley
Pierre-François Leyvraz, directeur général ad interim de l’Hôpital Riviera-Chablais, se montre ferme envers les médecins qui voudraient adopter la thérapie du Pr. Didier Raoult de Marseille.

Pierre-François Leyvraz, directeur général ad interim de l’Hôpital Riviera-Chablais, se montre ferme envers les médecins qui voudraient adopter la thérapie du Pr. Didier Raoult de Marseille.

Keystone

Dans une lettre datée du 16 novembre, la direction de l’Hôpital Riviera-Chablais (HRC) remet à l’ordre sur un ton comminatoire un médecin qui voudrait prescrire de l’hydroxychloroquine à la permanence médicale de Monthey pour soigner des personnes atteintes de la Covid. Depuis la polémique lancée en France par le professeur Raoult de Marseille, le sujet reste très sensible dans le monde médical.

La lettre signée par le directeur ad interim, Pierre-François Leyvraz, ne laisse guère de marge d’appréciation aux praticiens de cette permanence, qui fait partie du HRC: «Aujourd’hui, écrit le HRC, aucune guideline, ni aucune étude sérieuse ne soutiennent la prescription de ce médicament pour la Covid. Nous sommes conscients que les guidelines sont des recommandations et n’ont pas valeur de loi. Cependant, vu la littérature récente, l’institution HRC a décidé de proscrire ce médicament pour cette indication».

La direction avertit donc la permanence: «Nous sommons l’ensemble des médecins cadres de cesser immédiatement la prescription de ce médicament pour cette indication. Faute de quoi nous nous verrons dans l’obligation de prendre des sanctions». Il est précisé que cette démarche est faite en accord avec le médecin cantonal valaisan Christian Ambord.

Une décision dûment motivée

Le courrier reconnaît cependant que les médecins disposent de la «liberté thérapeutique», garantie par la CCT et qu’une discussion reste ouverte sur cette question dans le cadre d’une future réunion du comité médical de l’établissement. Au nom de la direction de l’Hôpital Riviera-Chablais, son porte-parole Christophe Schüll, regrette que «des instructions internes adressées aux collaborateurs puissent être exposées publiquement». Il répond cependant aux interrogations suivantes.

Sur quelle base légale pouvez-vous interdire à un médecin de prescrire ce médicament?

Chaque collaborateur de l’Hôpital Riviera-Chablais, Vaud-Valais (HRC), lorsqu’il signe son contrat de travail, s’engage à respecter une convention collective, qui définit et encadre précisément ses droits et devoirs, en complément au Code des obligations. En particulier, le collaborateur est tenu de respecter les règles institutionnelles. Concernant l’utilisation de l’Hydroxychloroquine dans le cas du traitement de la Covid-19, l’HRC a basé sa décision de ne plus l’utiliser, d’une part sur une analyse précise de la littérature scientifique actuelle, y compris dans une application ambulatoire de cette molécule, d’autre part selon l’avis de notre spécialiste en infectiologie et finalement selon les principes du code déontologique de la FMH (voir art. 8 du Code de déontologie de la FMH). Sur cette base, le collaborateur avait reçu le 09.11.2020 une demande de la Direction lui enjoignant de cesser immédiatement de prescrire cette molécule pour les patients atteints de Coronavirus.

Chaque hôpital est-il autonome dans sa façon d’apprécier l’utilité ou non de ce médicament? S’agit-il d’une politique cantonale?

Aujourd’hui dans le Canton de Vaud, chaque hôpital est autonome de définir sa politique concernant l’utilisation de ce médicament, dans les limites établies par la déontologie médicale. Nous rappelons que selon l’art. 8 du code de déontologie FMH, «le recours à des pratiques diagnostiques et thérapeutiques discutables est inadmissible lorsqu’une telle activité s’exerce au mépris des connaissances médicales scientifiquement établies…». C’est sur la base de cette injonction du code de déontologie que l’HRC a pris sa décision.

Quelles sanctions encourent les contrevenants

À l’HRC, la première action que prend la Direction est d’entendre le médecin qui aurait transgressé une règle institutionnelle, tant il est vrai que des cas singuliers peuvent se produire, qui pourraient justifier une dérogation aux recommandations. Les sanctions possibles peuvent aller du blâme écrit à l’avertissement

Rappelons que l’hydroxychloroquine est à la base un médicament utilisé contre le paludisme et en rhumatologie. Son utilisation pour soigner la Covid est sujette à caution et n’est pas sans risque pour certains patients. Swissmedic a précisé dans un document les risques liés à sa prescription, en particulier pour les personnes qui ont des problèmes cardiaques. On trouve également des informations dans le «Bulletin des médecins suisses».

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124 commentaires
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Michel Monthey

24.11.2020 à 09:57

Scandaleusement corrompu

Ragoult

24.11.2020 à 03:55

Scandaleux. A quand une plainte pour mise en danger de la vie d'autrui contre cet hôpital ? Interdiction validée par le médecin cantonal du canton qui a un des pires taux mondiaux de décès face au virus ! Un médecin est apte à savoir que prescrire à un patient non? Et ces petits chefs locaux seraient donc plus compétents que le pr. Raoult, dont les études en faveur de l'hydroxychloroquine ne seraient donc pas sérieuses ? Un scandale majeur pour une mise en danger de la vie d'autrui à grande échelle, voilà ce que représente cette décision de ce directeur. Démission et poursuite du directeur devraient être les conséquences de cet acte dans une société saine.

Pierre Juillet

24.11.2020 à 02:46

Le Remdevisir a été la goutte d'eau qui a fait débordé le vase. Ils ont voulu 1 milliards et ils ont poussé le bouchon jusqu'au bout.