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tismeIAAF: Coe sacrifie son contrat Nike pour avoir les coudées franches (PAPIER GENERAL-ACTUALISATION)

Par Frédéric BOURIGAULT, Luke PHILLIPS

Monaco, 26 nov 2015 (AFP) - Soupçonné de conflit d'intérêt, le président de la Fédération internationale d'athlétisme (IAAF) l'Anglais Sebastian Coe a fait le choix de la raison en abandonnant son rôle d'ambassadeur auprès de Nike pour lutter contre les scandales mêlant dopage et corruption qui gangrènent son sport.

"Pour moi il n'y avait pas conflit d'intérêts", a tenu à souligner Coe, qui s'exprimait à Monaco à l'issue d'une réunion du conseil de l'IAAF, le gouvernement de l'instance.

Mais les liens entre Coe et Nike ont soulevé nombre d'interrogations depuis l'élection en août de l'ancien champion olympique à la tête de l'IAAF, avec des soupçons concernant l'attribution des Mondiaux-2021 à Eugene (Etats-Unis), ville où est née la marque.

Le choix de la ville américaine avait été annoncé à la surprise générale en avril, alors que le processus classique d'étude des candidatures n'avait pas été respecté.

"Il est clair que la perception (des choses) et la réalité ont été horriblement altérées", a déclaré Coe, qui était vice-président de l'IAAF lors de la désignation d'Eugene.

"J'ai quitté mon rôle d'ambassadeur pour Nike que j'avais depuis 38 ans", a-t-il développé. La situation n'était "pas bonne pour l'IAAF et pas bonne pour Nike".

Exit donc, les 142.000 euros annuels estimés (100.000 livres sterling) que lui versait la marque à la virgule. Un geste fort surtout, alors que le poste de président de l'IAAF n'est pas rémunéré.

Mais l'ancien patron des jeux de Londres, fin communicant, ancien député des Communes et Lord depuis 2000, connaît trop les conséquences dévastatrices des soupçons pour s'obstiner contre toute logique.

Ce geste symbolique doit lui permettre de se consacrer à l'essentiel: la lutte contre le dopage, générateur du plus gros scandale qui ait touché l'athlétisme avec les révélations début novembre de l'Agence mondiale antidopage (AMA) sur un dopage organisé en Russie.

La seconde partie du rapport de l'AMA, qui doit être présentée début 2016, promet également d'être explosive pour l'IAAF.

"Quand nous rendrons publiques ces informations, il y aura un effet de sidération. Je pense que les gens se demanderont comment cela a pu être possible. C'est une trahison complète de ce que les gens en charge du sport devraient faire", a assené mercredi le président de la Commission d'enquête Dick Pound, dans les colonnes du Times.

Alors pour Coe, pour l'IAAF, et la Russie athlétique - suspendue et donc actuellement interdite de participer aux prochains JO de Rio dans neuf mois - le temps presse.

D'ailleurs, pendant la réunion du conseil de l'IAAF, la fédération russe (ARAF) a fait savoir qu'elle renonçait à faire appel de sa suspension, ouvrant la voie à la remise à plat de son système antidopage.

"L'ARAF confirme qu'elle accepte que son rétablissement par le conseil en tant que membre de l'IAAF intervienne à la suite des recommandations de la commission d'inspection qui décidera si les critères ont été remplis", a écrit l'IAAF dans un communiqué.

"Nous n'avions pas l'intention de faire appel. Nous avons estimé qu'il était préférable de corriger la situation depuis la base aussi rapidement que possible", a expliqué Vadim Zelichenok, président par intérim de l'ARAF auprès de l'agence R-Sport.

"Nous avons accepté (la décision) et commencé à corriger les manquements (...) plutôt que prolonger l'agonie et attendre jusqu'à être giflé encore plus sérieusement", a-t-il ajouté.

L'IAAF n'a pas dévoilé les pour le moment les mesures censées ramener la Russie dans le giron de l'instance internationale. Mais les grandes lignes en sont connues: briser l'omerta, prendre des mesures disciplinaires, lutter contre le trafic de produits, repenser le programme de lutte antidopage et structurer les instances de contrôles (agence nationale antidopage, laboratoire d'analyses), elles aussi mises au ban après la suspension de leurs accréditations par l'AMA.

La Commission d'inspection doit rendre ses conclusions avant la prochaine réunion du conseil de l'IAAF, fin mars à Cardiff. C'est probablement là que le sort de la Russie se jouera.

fbr/pga/el

(AFP)

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