Carnet noir: «Il a été mon plus grand soutien»
Publié

Carnet noir«Il a été mon plus grand soutien»

Micheline Calmy-Rey a perdu son époux lundi. L'ancienne conseillère fédérale genevoise rend un vibrant hommage à celui qui a été son soutien inconditionnel en politique.

par
Evelyne Emeri
Décembre 2006, gestes tendres et complices entre les époux. André Calmy félicite son épouse, qui accède pour la première fois à la présidence de la Confédération pour l'année 2007.

Décembre 2006, gestes tendres et complices entre les époux. André Calmy félicite son épouse, qui accède pour la première fois à la présidence de la Confédération pour l'année 2007.

Keystone

André Calmy n'a jamais fait de politique. Et pourtant, il aura été de tous les combats. Se tenant toujours à l'écart des projecteurs, ancien chef d'une entreprise de diffusion de livres, l'époux discret de Micheline Calmy-Rey était son plus fervent admirateur et n'est jamais sorti de son sillage. De son entrée au Parti socialiste à la députation au Grand Conseil genevois, du Conseil d'État au firmament du Conseil fédéral, «il a été mon plus grand soutien moral».

Quand nous la contactons, l'ancienne présidente de la Confédération répond doucement, la peine est lourde et palpable. Elle veut d'abord parler à leurs deux enfants, Alexandra et Raphaël, avoir leur accord, avant de raconter celui qui aura partagé sa vie durant près de 50 ans. «Un record», parvient-elle à plaisanter.

Comme une seule femme, la politicienne et l'épouse acceptent de se livrer. «Il mérite que je lui rende hommage. Je veux faire ça pour lui. Il a toujours été là pour nous. Il veillait sur toute sa famille. Il était tellement protecteur vis-à-vis de nos enfants et de moi. Il se faisait plus de soucis pour moi que moi-même dans mes mandats. La politique, ça le rendait malade, il s'impliquait énormément, il était très critique, il lisait tous les journaux et faisait ses commentaires.» Il y a donc aussi des hommes derrière de grandes femmes.

«Je lui dois beaucoup»

«La vie politique, c'est dur pour le politicien. Mais je crois que c'est encore plus dur pour l'entourage.» La socialiste genevoise de Chermignon (VS) se prépare à «un grand vide»: «Il était tellement présent et tenait une grande place à tous les niveaux. Partout. En famille. En politique. Et auprès de ses amis. Il en avait plein. Il était ouvert aux autres, à l'écoute, il s'intéressait vraiment, sincèrement, il prenait en charge les problèmes de tout le monde. Et ne se mettait jamais en avant. Je lui dois, nous lui devons, tous, beaucoup.»

Courageux, le qualificatif revient plusieurs fois dans la conversation. «Il a vécu beaucoup de choses difficiles: le nazisme et le communisme. Il est arrivé de Roumanie sans rien, avec sa maman à l'âge de 12 ans et il s'est construit.» Du courage encore dans l'épreuve de la maladie. «A 46 ans, il a fait son premier infarctus. Depuis, il a toujours eu une santé fragile. Il y a deux mois, il a subi une opération délicate au CHUV, à Lausanne.» Micheline Calmy-Rey n'entrera pas dans les détails.

«Depuis, nous avons vécu entre espoir et désespoir. On y a cru. Il y a eu des hauts et des bas. Il a fini par ne plus pouvoir surmonter les complications. Lundi, il est parti sereinement. C'est dur. Le CHUV nous a beaucoup aidés. Ils ont tous été dévoués et formidables.»

André Calmy aurait eu 75 ans dans quelques jours. Il sera inhumé demain au cimetière du Grand-Lancy (GE).

Votre opinion