Insolite: Il a fait Fully - Moscou sans bouger
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InsoliteIl a fait Fully - Moscou sans bouger

Un Valaisan a aligné 2788 km en sept jours sur son vélo de fitness en regardant du chenit à la télé et en papotant avec tout le village.

par
Julien Caloz
Eric Vouillamoz espère que son exploit figurera dans le «Livre Guinness des records».

Eric Vouillamoz espère que son exploit figurera dans le «Livre Guinness des records».

Yvain Genevay

Avec un autre vélo, Éric Vouillamoz aurait rejoint Moscou. Mais sur son home-trainer, le Valaisan de 50 ans a atteint les étoiles - et réalisé ce record qu’il espérait tant: pédaler durant sept jours avec seulement quatre heures de pause quotidienne. «C’était un défi personnel inédit que je voulais réaliser depuis longtemps», s’est-il réjoui, sans faire trop de cas du compteur qui, au dernier coup de pédale dimanche 28 octobre, affichait 2788 km.

C’est que l’essentiel tenait moins dans la performance kilométrique que dans la prouesse athlétique pour ce directeur de fitness qui se définit lui-même comme «un grand dormeur». «C’était très dur de tenir le coup au début. Heureusement, je m’endors très vite.» Le quinqua avait installé son vélo à l’entrée du fitness. Dans la salle de cours, il avait déménagé un matelas sur lequel il se reposait «vingt minutes toutes les deux heures» – ce qui lui laissait moins le temps de rêver que de «ronfler», selon son épouse citée par «Le Nouvelliste».

Quand il était en selle, Vouillamoz (67 kg pour 161 cm) ne voyait rien d’autre que la route cantonale et, par-delà, un parc prisé des enfants. Le spectacle se répétait sans cesse, car le cycliste ne pouvait orienter différemment sa bicyclette d’un jour à l’autre. «On avait fixé une webcam au mur afin que les gens puissent me suivre et elle était dans l’axe du guidon.» Pas question de trahir les 500 personnes qui se connectaient chaque jour pour suivre son épopée si longtemps fantasmée.

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«Tout Fully ne parlait que de ça. Les gens se connectaient à la webcam le soir avant de se coucher pour voir où j’en étais»

«Tout le village ne parlait que de ça. Dès qu’ils allaient se coucher, les gens regardaient vite sur la webcam où j’en étais.» La route de la gare 10 à Fully était devenue une adresse prisée. «Plein de gens venaient au fitness pour m’encourager. Même les non-membres. C’était la bagarre pour utiliser les vélos libres afin de m’accompagner. J’ai dû faire une liste d’attente.»

Un jour, des fans sont venus d’Orbe pour pédaler deux heures avec lui. «Je ne les connaissais même pas!» D’autres ne faisaient que passer pour dire coucou, motiver ou partager un bout de conversation. «À un moment, il y a eu trop de monde.» Ce qui était bon pour le business du fitness l’était moins pour l’organisme de son propriétaire. «Le soir, je l’ai payé. Alors ma femme et moi avons mis une affiche sur laquelle il était écrit: «Pour le bien d’Éric, dites-lui simplement bonjour.»

Le Valaisan a pu reprendre son cheminement intellectuel. Vingt heures de vélo par jour, ça laisse le temps de penser. Mais à quoi, au juste? À la fréquence de pédalage, d’abord. «Huitante coups de pédale par minute.» À «plein de choses», ensuite. «À ma famille, ma femme ou mes amis. Aux rendez-vous. Je me suis même dit qu’il ne fallait pas oublier de mettre les pneus neige.»

Le soir, quand la nuit tombait, la télévision venait éclairer la solitude du Fulliérain en cuissards. «Je ne me mets jamais devant le poste d’habitude, faute de temps. J’ai pu me rendre compte qu’il n’y avait que du chenit!» La musique lui venait en aide. «J’ai un répertoire pour les cours de spinning. Il m’a boosté.»

Il a mangé en pédalant

Entre toutes les initiatives visant à chasser la monotonie, il y a eu les repas, pris en pédalant, et les douches, prises en se dépêchant. «Je me suis lavé trois fois.» Les odeurs? «Ça allait.»

«Parti» dimanche 21 octobre à 13 h, Vouillamoz est «arrivé» le 28 à la même heure, après avoir pédalé soixante minutes supplémentaires en raison du passage à l’heure d’hiver. Qu’a-t-il fait à 13h01? «J’ai sabré le champagne.» Il ne connaît toujours pas Moscou. «Mais il faudra bien aller voir ce que c’est un jour!»

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