PASSION: Il a tout d'un grand

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PASSIONIl a tout d'un grand

C'est Frédéric Bernard, «Monsieur Loyal» du Club, qui raconte l'histoire de la salle, petite par la taille, mais grande par l'histoire.

par
Caroline Piccinin
Fred Bernard, au centre, et la joyeuse équipe du Club.

Fred Bernard, au centre, et la joyeuse équipe du Club.

Lionel Flusin

S i vous êtes passés un jour ou l'autre au Montreux Jazz, vous avez certainement déjà croisé ce bonhomme aux vestes de costard aussi bariolées que la programmation du festival. Lui, c'est Frédéric Bernard, animateur radio un peu rêveur de 51?ans qui côtoie la manifestation depuis 1982. Il n'a jamais raté une édition depuis. Au départ pour en faire la couverture pour les radios où il travaille et ensuite à l'interne de la famille du Jazz.

Aujourd'hui, c'est lui qui passe des disques avant, entre et après les concerts du Club. Mais surtout, c'est lui qui introduit les artistes aux spectateurs avec pour chacun d'eux, une préparation minutieuse et un mot gentil. Un job à l'image de cet homme encyclopédique en matière de musique. Le revers de la médaille? Il l'avoue: «Je partage le trac avec les artistes avant de monter sur scène pour les présenter!»

Un Club esquissé dans un hall

«En 2003, j'ai participé au lancement de ce qu'était l'ancêtre du Club actuel. C'était la volonté de Claude Nobs et Mathieu Jaton d'avoir une petite scène pour retrouver l'atmosphère qu'il y avait au bar des musiciens du casino», raconte Frédéric Bernard, qui ajoute «small is beautiful!»

Il nous explique que le premier Club a vu le jour… dans le hall de l'Auditorium! «On faisait des entractes entre les grands concerts du Stravinski et un concert surprise après. Le premier groupe à y avoir joué, c'est The Bad Plus. Coup du hasard, il a joué cette année au Club.» Une miniscène qui se voulait basique, juste posée sur des tréteaux, mais «avec une très bonne qualité de son». Fred souligne: «Derrière les vitres du hall, il y a le plus beau fond de scène du monde. D'ailleurs, un jour, le claviériste Brian Auger a commencé à jammer à 2?h du matin. A 5?h, il s'est rendu compte de ce qui se passait derrière lui et nous a demandé de tourner la scène pour voir le lever du soleil sur le lac. Il a joué jusqu'à 7?h?30 pour profiter du moment!»

Avec son côté intimiste, «l'expérience» durera trois?ans et aura vu passer sur ses tréteaux Santana, Chic ou les musiciens de Bowie, «que du gratin pour ce retour aux sources».

«A partir de là, il fallait trouver un lieu. Le bâtiment n'est malheureusement pas extensible! Pendant presque une dizaine d'années, Mathieu, Claude et toutes les équipes du bureau permanent ont essayé de trouver un endroit coûte que coûte pour faire un Club», raconte Fred. C'est en 2013 que la nouvelle version du Club est opérationnelle. «Il y a eu des aménagements chaque année, pour améliorer le confort de tous. Aujourd'hui, nous avons un Club qui tourne. Evidement, si on pouvait avoir un mètre de plus en hauteur et trois en largeur, on serait contents, mais on ne va pas pouvoir pousser les murs», plaisante-t-il.

Pour Funky Claude

Emu, «Monsieur loyal» reprend d'un ton posé: «Evidemment, c'est triste que Claude Nobs, la personne la plus géniale que j'ai rencontrée dans ma vie, soit mort avant de voir le Club.» Frédéric Bernard tient à notifier à quel point il était important – tel un hommage – de monter ce Club qu'il souhaitait tant. «Je pense que d'où il est il l'entend. Et j'espère qu'il est fier de nous. De nous tous. C'est pour ça que j'ai voulu poser avec toute l'équipe du Club. Parce que la passion de la musique nous rassemble. C'est ce que nous avait insufflé Claude avec sa formule magique: le maximum d'accueil possible pour le public et pour les artistes.»

Quant à ses costumes — désormais devenu des classiques — Fred explique qu'elles ont deux fonctions: «Rendre un hommage permanent à Claude Nobs. On avait cet amour commun du funk et on avait tout de suite «matché» sur ce grain de folie. Les fringues, c'est aussi ce grain de folie qu'on partage avec les gens au début du spectacle. Tous les gens qui l'ont, peu importe leurs origines, leurs âges, leur condition financière, se reconnaissent entre eux. Et j'en suis entouré: je fais le plus beau job du monde pendant seize?jours».

Dès minuit, l'entrée du Club – qui se transforme en Jam-Club – est gratuite jusqu'à 5?h du matin.

On se voit là-bas?

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