12.11.2015 à 11:06

Témoignage«Il aurait pu mourir pour rien»

Les proches des deux Kosovars qui ont attaqué des policiers au camping de Chessel (VD) clament qu’ils sont innocents.

ntigone et Fatmir, son futur mari, ont découvert les dégâts occasionnés par l’intervention du DARD à la caravane des suspects.

ntigone et Fatmir, son futur mari, ont découvert les dégâts occasionnés par l’intervention du DARD à la caravane des suspects.

Jean-Guy Python

«A 23 ans, il a la vie devant lui et il aurait pu mourir pour rien, pour un faux témoignage que la police a cru», s’insurge Antigone Gashi, 29 ans. Cette maman d’un bébé de 2 semaines ne dort plus, ne mange plus, depuis que le Détachement d’action rapide et de dissuasion (DARD) a fait une descente mardi vers 2 h 20 au Camping du Grand Bois, à Chessel (VD). Résultat: son neveu a été blessé par balle au ventre lors de l’intervention. Et son beau-frère se retrouve derrière les barreaux.

Le jeune homme a été hospitalisé au CHUV, mais elle n’a pas encore pu lui parler au téléphone et s’inquiète: «On ne peut pas savoir s’il va bien. Tant que je n’entendrai pas sa voix, je ne serai pas rassurée. Je ne crois plus la police.» Elle et son futur mari, Fatmir, sont en effet convaincus que la police a commis une bavure dans la nuit de lundi à mardi. Pour rappel, selon la police cantonale vaudoise, deux gendarmes du DARD se sont retrouvés au sol et ont été violemment frappés par ces deux individus, dont l’un était armé d’une barre de fer. La gendarmerie est intervenue suite au dépôt d’une plainte pénale lundi soir au poste de Rennaz. Un homme d’origine kosovare expliquait avoir été menacé de mort par deux connaissances, un pistolet placé contre le cou.

Incompréhension

«C’est mon ex-mari, précise Antigone. Il n’a pas supporté que je refasse ma vie. Nous sommes séparés depuis six ans, j’ai pu obtenir le divorce. Mais j’ai été une femme battue. Depuis le début de notre séparation, j’ai déposé plusieurs plaintes contre lui. Pourquoi les policiers n’ont pas d’abord vérifié qui il était vraiment?»

Lundi, l’ex-mari d’Antigone était passé au camping. «Il a cherché à provoquer mon beau-frère et mon neveu, lance-t-elle. Mais ils n’ont rien à voir dans cette affaire. Depuis leur caravane, ils ne pouvaient pas s'enfuir, c’est tellement étroit qu’ils ne pouvaient pas non plus se battre. C’est impossible qu’un agent du DARD passe la porte de la caravane. Ils ont même essayé de la trancher. Mon neveu est bien plus maigre et petit que moi, il n’a pas pu s’en prendre à un agent protégé d’un casque et d’un gilet pare-balles.» Surtout, elle ne comprend pas pourquoi le DARD a été engagé.

Autre son de cloche du côté de la gendarmerie vaudoise. Sa porte-parole, Olivia Cutruzzolà, répète que «l’homme qui a déposé une plainte affirmait de façon péremptoire avoir été menacé avec une arme. Le DARD intervient dès qu’il y a suspicion d’une utilisation d’arme à feu et d’une interpellation qui peut être dangereuse. Ce qui était le cas.» La police refuse de donner d’autres détails sur l’enquête en cours.

«Appréciés de tous»

Afin que la vérité éclate, Antigone et Fatmir ont pris un avocat. Ils peuvent aussi compter sur le soutien des résidents du camping et de sa direction. Dans une lettre d’information, cette dernière explique que «les deux locataires sont depuis longue date au camping. Ils n’ont posé aucun problème et sont appréciés de tous. Ce sont des gens corrects.» Quant à la perquisition ordonnée par le procureur, elle a fait chou blanc: aucune arme de poing n’a été retrouvée chez les agresseurs présumés. «Comme ils sont tous les deux sans papiers, nous craignons qu’ils soient renvoyés dans leur pays», soupire le couple.

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