Maison de l’horreur à Orbe (VD) - Il avait congelé et emmuré son épouse: le procès s’ouvre
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Maison de l’horreur à Orbe (VD)Il avait congelé et emmuré son épouse: le procès s’ouvre

Si ce Vaudois de 56 ans admet l’«inhumation» sous leur maison, la Cour criminelle d’Yverdon va devoir définir son degré d’implication dans le décès de sa femme.

par
Evelyne Emeri
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22 octobre 2016: la police et la justice tombent sur une scène de crime improbable. Une femme de 55 ans a été emmurée sous une maison à Orbe (VD). Son mari – le couple est séparé et vit en cohabitation – est arrêté.

22 octobre 2016: la police et la justice tombent sur une scène de crime improbable. Une femme de 55 ans a été emmurée sous une maison à Orbe (VD). Son mari – le couple est séparé et vit en cohabitation – est arrêté.

Le Matin/Yvain Genevay – Facebook
24 octobre 2016: «Le Matin» découvre que le cadavre de M.-L.*, la femme de l’accusé, gisait dans un vide sanitaire sous les escaliers de l’entrée de leur maison.

24 octobre 2016: «Le Matin» découvre que le cadavre de M.-L.*, la femme de l’accusé, gisait dans un vide sanitaire sous les escaliers de l’entrée de leur maison.

M.-L. est morte le 16 juillet 2016, plus de deux mois avant la découverte de sa dépouille sous le perron de cette dépendance à l’abandon du vétuste manoir de Montchoisi. C’est leur fille, résidant en France, qui donnera l’alerte: son père finira par lui révéler l’insoupçonnable vérité. 

M.-L. est morte le 16 juillet 2016, plus de deux mois avant la découverte de sa dépouille sous le perron de cette dépendance à l’abandon du vétuste manoir de Montchoisi. C’est leur fille, résidant en France, qui donnera l’alerte: son père finira par lui révéler l’insoupçonnable vérité.

Meurtre, homicide par négligence, voire omission de prêter secours? Le 16 juillet 2016, M.-L.*, 55 ans, a-t-elle été étranglée par un mari qui n’acceptait pas qu’elle puisse quitter le domicile commun bien qu’ils soient séparés officiellement depuis 2012? Ou a-t-elle chuté violemment et perdu connaissance suite à une énième dispute liée au déménagement de la mère de famille? Dans le second cas de figure, aurait-il pu la sauver en appelant le 144 ou lui prodiguer les premiers secours (ndlr. il est pompier bénévole)?

Choquant mais libre

Aussi choquant que cela puisse paraître, avec pareilles charges, D.*, 56 ans, comparaîtra libre dès ce lundi matin 9h devant le Tribunal criminel d’arrondissement de la Broye et du Nord vaudois, qui siège à la salle d’audience cantonale à Renens. Après six mois de détention provisoire, le Ministère public l’avait libéré sans aucune mesure de substitution (bracelet, contrôle judiciaire, etc.), une fois le risque de collusion écarté. Résidant toujours dans la région d’Orbe, le Vaudois avait clairement fourni assez de garanties pour que le risque de fuite ne soit pas retenu à son encontre par le Parquet. Quant au critère de récidive, il n’a logiquement jamais fait partie de l’équation.

Huis clos fatal

Le contexte de cette affaire n’échappe à personne. Un couple qui vit en huis clos dans une demeure insalubre, délabrée et laissée à l’abandon avec un fils d’une vingtaine d’années aux études et une aînée qui est partie vivre en France avec sa propre famille. Deux individus aux parcours de vie compliqués, M.-L. davantage que son mari. Des troubles dépressifs majeurs, plus marqués chez Madame. Les experts psychiatres ne se sont du reste pas prononcés sur la responsabilité pénale de cet ancien cuisinier (Vallorbe, l’EPSIC…), qui ne travaillait plus. Il vivait de petits boulots et ne payait plus le loyer. Parfois, il allait au Big Ben Pub, toujours tout seul, inlassablement vêtu de son pull de pompier volontaire.

Dissimulation aisée

L’épouse avait quant à elle été diagnostiquée de longue date schizophrène et avait souvent des idées suicidaires. Depuis 2012 pourtant, depuis qu’elle touchait une rente AI, elle semblait moins encline à ce type de pensées funestes. Il n’en reste pas moins que le voisinage ne l’apercevait quasi jamais à l’extérieur de son logement et la qualifiait de «fragile» et de «bipolaire». C’est ainsi qu’il a été aisé pour D. de faire croire qu’elle était partie en vacances dès la mi-juillet 2016. Les habitants du domaine de Montchoisi ne s’y étaient pas trompés: M.-L. est morte le 16 juillet 2016. L’accusé a même été jusqu’à affirmer qu’elle avait rencontré un autre homme – riche –, lui qui vivait à ses maigres crochets.

«Problèmes de canalisations»

«C’est pas un mauvais gars, il fait gros nounours», lâche une habitante du coin. Ses copains du pub ont bien remarqué qu’il venait de plus en plus souvent boire des bières depuis fin juillet 2016. Le prévenu leur a même raconté «qu’il n’arrêtait pas de creuser des trous et qu’il arrivait à s’y glisser. Il prétendait avoir des problèmes de canalisations.» Nos deux interlocuteurs ont aujourd’hui bien compris la portée de leur témoignage de l’époque. D. préparait en fait le «tombeau» de sa défunte femme qu’il avait placée au sous-sol dans un congélateur bahut en attendant son transfert mi-septembre dans le vide sanitaire sous le perron. Pour dissimuler ses travaux, il avait construit un couvert où il garait sa vieille Opel Corsa grise.

Un proc, deux versions

Les explications de D., jugé quatre ans et demi après les faits, sont très attendues. Ce d’autant que le procureur Laurent Contat soutiendra deux versions distinctes. Rarissime, mais possible. Des accusations alternatives en jargon juridique, qui disent combien l’énigme et les zones d’ombre de cette affaire abominable sont persistantes. La question centrale réside dans le degré d’implication de l’époux. Autrement dit, l’accusé a-t-il agi intentionnellement (meurtre) et serrer le cou de M.-L. jusqu’à ce que mort s’ensuive? Ou a-t-elle chuté accidentellement (homicide par négligence) lors de leur violente bagarre et en est-elle morte (omission de prêter secours)?

*Identités connues de la rédaction

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