Bulle (FR): Il avait tué en chargeant une benne
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Bulle (FR)Il avait tué en chargeant une benne

Un employé de voirie est accusé d’avoir causé la mort du responsable de la déchetterie de Bulle (FR), écrasé par un container de 4 tonnes. Le parquet requiert une peine pécuniaire avec sursis.

par
Benjamin Pillard
Le drame était survenu dans l’enceinte du point de collecte, mercredi 11 février 2015 vers 9 h 15, soit l’heure de l’ouverture au public…

Le drame était survenu dans l’enceinte du point de collecte, mercredi 11 février 2015 vers 9 h 15, soit l’heure de l’ouverture au public…

Charly Rappo

«J'ai entendu un bruit, et juste après, mes collègues de travail m’ont averti que le crochet du bras hydraulique était sorti de la boucle…» C’est sous le coup d’une émotion palpable que João* (48 ans), employé de voirie à Bulle (FR), a répondu hier aux questions d’une juge unique du Tribunal de la Gruyère, en lien avec le tragique accident de travail survenu il y a deux ans presque jour pour jour, un mercredi de février 2015. En cette fraîche et brumeuse matinée d’hiver, vers 9 h 15, alors que la déchetterie communale s’apprêtait à ouvrir ses portes, Pierre-Alain (52 ans) – le responsable du point de collecte depuis 2011 – perdait la vie dans des circonstances abominables. Écrasé contre un compacteur à papier par une benne de 4 tonnes, que João (en poste depuis une année) avait pour mission de charger sur un camion multilift. Occupé avec le chef de la déchetterie à ramasser des débris qui tombaient au sol pendant l’opération de traction du container, un collègue des deux hommes était parvenu à s’écarter juste à temps.

Aucune faille d’ordre matériel

«Au moment où j’ai accroché la benne, Pierre-Alain se trouvait encore à côté de moi, à la hauteur de la cabine du camion; il me donnait les instructions à suivre», s’est souvenu le quadragénaire portugais. «Lorsque j’ai surveillé la montée de la benne sur le châssis en regardant dans les rétroviseurs, je n’ai plus vu personne…»

Pour le procureur général fribourgeois adjoint, Raphaël Bourquin, l’affaire est entendue: João doit être reconnu coupable d’homicide par négligence pour avoir omis de verrouiller le crochet du bras articulé du camion, immédiatement après avoir mené à bien la saisie de l’anneau d’arrimage de la benne à l’aide de ladite grue hydraulique. Une omission qui aurait conduit au décrochement du container lors des mouvements et des actions de freinage du multilift. «Il ne fait aucun doute que le prévenu n’avait pas fermé le loquet de verrouillage à l’aide du levier du boîtier de commande», a déclaré le représentant du ministère public lors de son réquisitoire, en se basant sur les constatations de police le jour du drame, et sur le fait qu’aucune défectuosité d’ordre matériel n’a été mise en évidence. Le magistrat a requis une peine pécuniaire de 90 jours-amendes avec sursis, convertible en travail d’intérêt général.

«Je pense que j’avais verrouillé ce crochet», s’est défendu João, qualifiant le geste d’«automatisme» pour un chauffeur poids lourd, au même titre que l’activation d’un disque tachygraphe ou la mise d’une cale lors du stationnement d’un camion sur une chaussée en pente. Son avocat, Me José Kaelin, a plaidé l’acquittement au bénéfice du doute, dès lors que l’on ne peut exclure à 100% que le mécanisme de fermeture du loquet n’ait pas été grippé le jour du drame. Et de rejeter la responsabilité de l’accident sur la Ville de Bulle qui aurait mal formé son client à l’utilisation du camion. Ainsi que sur la victime, «qui n’avait rien à faire derrière la benne au moment du chargement».

Verdict ces prochains jours.

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