Climat et biodiversité: «Il est irresponsable de vivre encore dans le déni»
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Climat et biodiversité«Il est irresponsable de vivre encore dans le déni»

Au lendemain de la journée sur le climat et la biodiversité, Julia Steinberger et Antoine Guisan de l’Université de Lausanne tirent un bilan positif du rendez-vous, marqué par un discours sur l’urgence d’agir.

par
Eric Felley
Julia Steinberger, professeure ordinaire sur les enjeux sociétaux liés à l’impact des changements climatiques, et Antoine Guisan, biologiste et spécialiste en biogéographie. Tous les deux sont rattachés à l’Université de Lausanne

Julia Steinberger, professeure ordinaire sur les enjeux sociétaux liés à l’impact des changements climatiques, et Antoine Guisan, biologiste et spécialiste en biogéographie. Tous les deux sont rattachés à l’Université de Lausanne

DR

«J’ai beaucoup apprécié de croiser des parlementaires et d’autres scientifiques qui ont collaboré aux rapports du GIEC dans ce cadre. C’était une première». Professeure sur les enjeux sociétaux liés à l’impact des changements climatiques à l’Université de Lausanne, Julia Steinberger participait lundi à la rencontre organisée au Parlement sur le climat et la biodiversité. Elle préfère ne pas s’attarder sur les personnes qui ont fait défaut à cette invitation: «J’espère qu’il n’y a plus en Suisse de dinosaures climatosceptiques…».

Des changements profonds

Julia Steinberger s’est exprimée sur l’urgence d’agir pour atteindre l’objectif climatique de 1,5 °C de réchauffement inscrit dans l’Accord de Paris. Pour cela «des changements profonds doivent avoir lieu immédiatement». En agissant pour le climat, la capacité d’innovation de la Suisse s’en trouve renforcée: «S’adapter aujourd’hui est plus facile et moins onéreux que de reporter les actions à demain. L’adaptation à un réchauffement accru sera toujours plus coûteuse et inefficace».

Le climat: bon pour les patriotes

Mais elle est consciente de la difficulté de réussir à faire passer le message des scientifiques aux politiques: «Comme l’a fait remarquer Roger Nordmann, il faut élaborer des politiques intégrées avec le souci de l’équité sociale et dans une certaine mesure du progrès économique». Comment convaincre les partis de droite réticents à un changement rapide? «Les scientifiques doivent être unis derrière un message qui soit aussi attractif pour la droite. En agissant vite, nous agissons pour la Suisse, pour les Suissesses et les Suisses. Ces partis ne devraient pas rester insensibles à cet argument patriotique».

«Devant des convaincus»

Biologiste et spécialiste en biogéographie de l’Université de Lausanne, Antoine Guisan s’est également rendu à Berne lundi. Il se dit un peu déçu par la participation d’un tiers environ des parlementaires: «Dans l’ensemble, les scientifiques ont prêché devant des convaincus». Mais il se réjouit de la présence active de certains représentants du PLR et de l’UDC. «Cette rencontre entre scientifiques et politiques est peut-être le début d’un processus, nous avons besoin de décloisonner ces sujets.»

Ne pas nier sans se renseigner

Il a fait connaissance avec le conseiller aux États de Zoug, Matthias Michel (PLR/ZG), très impliqué dans les questions climatiques, contrairement à son collègue parlementaire Philippe Nantermod (PLR/VS). Antoine Guisan estime «qu’il est irresponsable de dire aujourd’hui que le changement climatique est un problème pas plus urgent qu’un autre. Avec tout ce que l’on sait, ce n’est plus possible de vivre dans un tel déni. On ne peut pas nier sans se renseigner»

Trop d’espèces définitivement éteintes

S’il a contribué aux rapports du GIEC sur le climat, Antoine Guisan est surtout préoccupé par la perte de la biodiversité, «causée par le réchauffement climatique, mais pas que». Comme autres causes, il cite la destruction des habitats terrestres et aquatiques, la surexploitation des espèces sauvages, l’arrivée d’espèces exotiques et la pollution d’environnement: «En Suisse déjà, de multiples espèces végétales, insectes, oiseaux, champignons, algues et lichens ont disparu à l’échelle locale ou sont définitivement éteintes. Plus de la moitié des types d’habitats naturels sont menacés.»

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