Canton de vaud: «Il est perçu comme le tueur du campus»
Publié

Canton de vaud«Il est perçu comme le tueur du campus»

Le Vaudois de 16 ans qui avait brandi un pistolet factice et tiré deux plombs aux abords de son école privée, près de Vevey, en a été définitivement renvoyé.

par
Benjamin Pillard
Les faits se sont déroulés à Saint-Légier-La Chiésaz (VD).

Les faits se sont déroulés à Saint-Légier-La Chiésaz (VD).

«Respectueux et poli», «agréable, enthousiaste et motivé», «très sympathique». À la lecture du dernier bulletin scolaire de Patrick*, rien ne laissait présager que cet élève vaudois de 16 ans serait purement et simplement exclu au semestre suivant de l'institut Haut-Lac, une école privée bilingue sise à Saint-Légier-La Chiésaz (dans les hauts de Vevey) où ce littéraire était scolarisé depuis l'âge de 10 ans. C'est pourtant la décision qui a été communiquée vendredi à ses parents dans le cadre d'un entretien d'une heure avec la direction – en présence d'une collaboratrice de Me Ludovic Tirelli, qui conseille la famille.

Viré «avec beaucoup de regret»

À l'origine du litige, un incident survenu au début du mois aux abords de l'école, à la sortie des classes (lire nos éditions des 6 et 16 février). Plus de dix patrouilles de police – dont les agents d'élite du DARD – étaient intervenues pour maîtriser un ado perturbé, «armé» et «menaçant». Braqué par trois armes automatiques, Patrick avait fini plaqué au sol, menotté, mis en cellule dans les locaux de la gendarmerie, et, surtout, placé en observation à l'Hôpital psychiatrique de Nant. D'où ses parents n'avaient pu l'extraire qu'au bout de dix longs jours. Le surlendemain, Patrick – alors provisoirement banni de son école le temps qu'une enquête interne soit menée – confiait dans nos colonnes avoir tiré deux plombs en l'air au moyen de son pistolet factice noir, pour signifier à ses camarades qu'il voulait être tranquille. Et que la police avait été alertée par une fille qui avait cru à une véritable arme à feu.

Contactée hier, la direction de Haut-Lac s'est fendue d'un communiqué de trois phrases pour solde de tout commentaire: «À la suite de cette réunion de vendredi durant laquelle l'école et les parents n'ont pas pu rétablir des relations de confiance, l'école a, avec beaucoup de regret, pris la décision d'exclure définitivement l'élève en question.» Et d'assurer qu'elle fera «tout son possible pour aider la famille à trouver une solution pour l'éducation future de l'élève», en veillant notamment à ce que Patrick puisse passer ses examens de baccalauréat international en mai prochain. «On est dans la psychose; c'est du délire, mais ils peuvent faire ce qu'ils veulent! se désole le père de l'étudiant. La directrice nous a dit que la décision avait été prise eu égard aux autres élèves. J'en déduis que certains parents, au rang desquels les nombreux Américains, ont peur et perçoivent mon fils comme le tueur du campus!»

«Nous sommes tous dans l'incompréhension: ce jeune ne représente aucun danger pour les autres ou pour lui-même, complète son avocat, Me Ludovic Tirelli. Sinon il n'aurait pas pu sortir de Nant, ou le Tribunal des mineurs aurait décidé de le placer au sein d'une autre institution. Ce qui est terrifiant dans cette affaire, c'est que cet élève va être désocialisé en raison d'une exclusion injuste.» Et d'annoncer que ses clients saisiront la justice civile pour réclamer des dommages et intérêts à l'école Haut-Lac.

Votre opinion