Procès à Yverdon: «Il était brillant mais peut-être trop influençable»
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Homicide à Yverdon«Il était brillant mais peut-être trop influençable»

Le procès de Diego* et de ses deux complices s’est finalement ouvert. L’un des frères de la victime et son père ont livré un témoignage poignant de l’être aimé et disparu.

par
Evelyne Emeri
Ce jeudi 6 janvier 2022, 8h30 – Le bras droit du caïd de la Vallée arrive en fourgon cellulaire à Renens (VD) depuis Lausanne. Il est incarcéré au Bois-Mermet.

Ce jeudi 6 janvier 2022, 8h30 – Le bras droit du caïd de la Vallée arrive en fourgon cellulaire à Renens (VD) depuis Lausanne. Il est incarcéré au Bois-Mermet.

lematin.ch – Evelyne Emeri

S’il est un moment qu’il faut retenir de cette très courte première matinée d’audience à Renens en raison de l’arrivée tardive du prévenu principal, ce sont les mots d’un père et d’un frère. Les plaignants sont venus représenter Goran*, réfugié kurde de Syrie vivant à Yverdon mort sous le tir fatal du caïd de la Vallée (de Joux), sa maman et la fratrie de quatre frères et sœurs. Une famille amputée depuis trois ans, depuis le 17 novembre 2018, de l’un des leurs, un étudiant prometteur qui s’était mis à dealer. Pour on ne sait quelle raison.

Trois ans de douleur

«Comment se porte votre famille?» demande délicatement au papa le président du Tribunal criminel d’arrondissement de la Broye et du Nord vaudois, qui siège à Renens. «Je ne sais pas comment dire», répond-il avant de hocher la tête dans l’incapacité de s’exprimer, «Je ne…» L’un de ses fils vient à son secours: «Depuis trois ans, la peine est toujours là, la tristesse, la douleur. Tout allait bien, Goran (21 ans) était brillant à l’école, il manquait de personnalité et de caractère, il était timide. À la maison, il était tellement joyeux».

«On n’a jamais compris»

C’est à la fin de son cursus au gymnase (printemps 2018) que ses fréquentations ont changé. «On n’a jamais compris. À la maison, il n’a jamais manqué de rien. On se posera toujours cette question du pourquoi. Il était peut-être trop influençable, poursuit son frère. Il ne manquait pas d’argent, de vêtements, on ne sait vraiment pas. Il est parti mais il revenait toujours chez nous. Puis il a commencé à mentir, il fumait. Je m’en doutais. Mes parents ont trouvé du cannabis dans son sac en avril 2018.» Ils ont appelé la police, pensant que cette leçon lui suffirait.

Le raisonner

Sa famille a essayé de le raisonner, aidée de deux amis policiers. «Il n’en a fait qu’à sa tête» dira encore son frère. Le père de Goran parvient à prendre la parole: «Il m’a dit qu’il avait besoin de rester seul et qu’il allait revenir à la maison. En octobre 2018, le mois précédant son meurtre pour avoir voulu dealer 500 g d’herbe dans un parc à Yverdon, il a téléphoné à son papa: «J’étais au resto. Il m’a dit qu’il avait presque arrêté de fumer, qu’il fallait lui laisser encore un mois. Il voulait trouver un appartement à Lausanne. Il y avait décroché un stage. C’est la dernière fois que je lui ai parlé».

«C’est un assassinat»

«Nous avons quitté la Syrie en 2007 parce que nous n’étions plus en sécurité. Avec ma femme, nous avons obtenu le permis B et mes quatre enfants sont naturalisés depuis 2017», tient aussi à préciser le papa, si fier d’avoir pu mettre sa famille à l’abri. Qu’attendez-vous de la justice?» questionne Me Charles Munoz, avocat de la famille du défunt. «Nous sommes tous convaincus que c’est un assassinat, il faut que la justice soit rendue pour que nous puissions tourner la page»

Diego brièvement entendu

Juste avant les propos vibrants de la famille de la victime, Diego* (22 ans aujourd’hui), ressortissant espagnol, surnommé le caïd de la Vallée (de Joux) ou le caïd des Bioux, a été brièvement entendu. Non pas sur le cœur de ce procès, mais pour un tout autre cas «mineur» en regard de celui de novembre 2018: une agression dans un train entre Le Sentier et Le Lieu (VD) en novembre 2017. Il conteste avoir encouragé son acolyte du jour à frapper une pseudo-balance et avoir plutôt tenté de le calmer. «J’ai assisté à la bagarre, c’est tout ce que j’ai fait», insiste-t-il. Le procureur: «Vous l’avez menacé?» «Non». Toujours le procureur: «Il ment depuis quatre ans alors?» «Oui Monsieur.»

Le procès se poursuit.

*Prénoms d’emprunt

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