Motocyclisme: Il faudra un brin de folie en Moto2

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MotocyclismeIl faudra un brin de folie en Moto2

Que retenir des trois jours de tests de Jerez? Qu'attendre des deux pilotes suisses en ce début de saison? Tout ce que l'on doit savoir à deux semaines du début du championnat du monde.

par
Jean-Claude Schertenleib

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TOM LÜTHI DEVRA LA JOUER TACTIQUE

Dix-neuf pilotes plus rapides que la pole position du GP d'Espagne 2018, Tom Lüthi qui ne perd que 5 dixièmes, mais qui ne pointe qu'en quatorzième position de la hiérarchie des essais IRTA de Jerez de la Frontera: la nouvelle classe Moto2 nous promet bien des folies ces prochains mois. Il en faudra pour gagner des courses; problème, il faudra aussi éviter les «0» pour jouer le titre mondial. De retour dans la catégorie qui lui convient, Tom Lüthi aura des atouts dans son jeu, essentiellement sa grande expérience. Depuis le début de ces tests hivernaux, il n'est pas tombé une seule fois, la preuve qu'il a encore des réserves: «Physiquement, je me sens parfaitement bien, malgré les centaines de kilomètres couverts. Si je me suis arrêté avant terme aujourd'hui, c'est parce que nous étions arrivés au kilométrage maximum autorisé par le fournisseur du moteur. Le niveau est extrêmement rapide et personne, je crois, n'imagine à quoi ressembleront les premières courses. Je me sens bien sur cette moto, dans cette équipe, mais je sais aussi que la concurrence sera très relevée. Dans une semaine, nous aurons les derniers tests dits hivernaux, à Doha; il sera intéressant de voir si la folie entrevue à Jerez cette semaine est aussi de mise là-bas.»

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L'ÉTRANGE SITUATION DE DOMI AEGERTER

S'il a finalement limité les dégâts (20e) en réussissant un très bon tour (un seul) ce vendredi, Dominique Aegerter sait qu'il est encore loin du compte. En fait, sa situation est particulière. Après les paillettes de la présentation de Milan, avec les mythes MV-Agusta et Giacomo Agostini qui planent sur le projet dont il est un des acteurs-payeurs, Aegerter défend les couleurs d'une équipe qui n'est de loin pas la meilleure du paddock et qui s'est lancée dans un projet qui cartonne au plan marketing, mais qui sera complexe en termes de performances. Parce que, développer à deux pilotes, en cours de saison, une nouvelle moto, n'est pas une sinécure. Alors que les deux constructeurs favoris pour le titre, l'autrichien KTM et l'allemand Kalex travaillent depuis une année sur le projet Moto2-Triumph, la MV-Agusta n'a fait que quelques séances de roulage en 2018: «Jusqu'à cette semaine, nous travaillions avec deux prototypes différents; désormais, nous avons fait notre choix. Mais le processus de développement prendra du temps.» Il faudra donc se montrer patient. Problème: pilote-payant, Dominique Aegerter sait aussi qu'il joue son avenir cette année et il rêve donc de, très vite, réussir de se montrer aux avant-postes. Sa dernière chance?

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QUID DE FRED CORMINBOEUF?

A Jerez de la Frontera, tous les teams engagés cette saison étaient présents. Même le désormais nommé «American Racing KTM», qui aligne en 2019 le toujours plus impressionnant Espagnol Iker Lecuona (3e temps), aux côtés du seul Nord-Américain des GP, Joe Roberts (aucun lien de parenté avec la famille de King Kenny). Une solution financière a été trouvée au dernier moment pour que KTM fournisse le matériel du deuxième pilote; l'équipe technique française est restée (presque) la même, c'est au niveau des propriétaires qu'il y a eu des changements, même si les différentes parties ne parlent pas exactement le même langage. L'Américain Eitan Butbul a officiellement annoncé: «Je suis le nouveau propriétaire, en charge du management et des sponsors. Je ne paie pas de ma poche, j'ai des sponsors américains.

Fred Corminboeuf? Il s'occupera de la partie sportive.» Le donc désormais ex-manager fribourgeois était en Andalousie en début de semaine – KTM avait loué la piste deux jours, avant le début des essais officiels -, mais il est rentré en Suisse: «Nous avons créé une nouvelle société, à part égale entre nous deux», confie-t-il au téléphone, quand bien même son partenaire américain aurait, selon nos informations, au minimum le 60% des parts. «Je vais gérer la partie sportive, Eitan sera responsable du business. Je cherche encore des sponsors pour que, petit à petit, nous puissions rembourser nos dettes. Cela ne me dérange pas de passer pour le méchant, pour le mauvais payeur, mais on doit savoir qu'il aurait été plus simple pour moi, après les soucis financiers rencontrés ces dernières années, de mettre la société en faillite. Je n'ai pas voulu le faire, pour sauvegarder les postes de travail.» Les chiffres, on le sait, sont encore très rouges. Combien? «Je ne vais pas vous donner le montant total. C'est beaucoup, mais c'est moins que ce que l'on raconte dans le paddock.» Beaucoup? «Plusieurs centaines de milliers de francs», répond Corminboeuf. Dont 300 000 dus à son ancien pilote star, Tom Lüthi, alors que Sam Lowes, qui a roulé pour lui l'an dernier, n'a pas reçu le premier centime de son contrat: «Mais lui, ce n'était pas un salaire aussi important», précise l'ancien boss. Dont acte. Et cette promesse: «Si on nous laisse travailler, tout le monde finira par recevoir ce qui est dû. Si on nous tue, il n'y aura que des perdants.» Les créanciers sont prévenus...

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C'EST PARTI!

La saison 2019 est totalement lancée. Si Dominique Aegerter et Tom Lüthi seront présents à «Swiss Moto», à Zürich, dimanche – le team Dynavolt Intact GP y sera officiellement présenté – les deux Bernois ne feront pas de vieux os en Suisse. Ils rejoindront en effet le Qatar avant le milieu de la semaine. De vendredi à dimanche prochain, au programme, les trois dernières journées d'essais hivernaux sur le circuit qui accueillera, une semaine plus tard, l'ouverture de la saison.

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SUPERPOLE POUR TOUS

C'est un des grands changements pour 2019: les pilotes des catégories Moto2 et Moto3 auront également droit à une «superpole». Les 14 plus rapides après les trois séances d'essais libres (deux le vendredi, une le samedi matin) sont qualifiés directement pour Q2, où la pole se jouera en 15 minutes. Les autres passent par Q1, dont les quatre meilleurs obtiennent leur sésame pour la séance décisive. Ceux qui n'ont pas passé le «cut» occuperont les places 19 et suivantes de la grille de départ.

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