Cinéma: «Il faut être fou et inconscient» pour camper Han Solo
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Cinéma«Il faut être fou et inconscient» pour camper Han Solo

Dans un nouveau film dérivé de «Star Wars» sur les jeunes années de Han Solo, Alden Ehrenreich reprend le rôle mythique joué par Harrison Ford. Interview.

par
Henry Arnaud

Nous avons rencontré l'acteur de 27 ans au Festival de Cannes.

Dans les couloirs d’un hôtel luxueux de Cannes, il déambule au milieu des employés du festival, sourit aux femmes de ménage, se sert tout seul un verre de soda. Alden Ehrenreich a beau être la nouvelle vedette du nouveau film dérivé de la saga «Star Wars», l’acteur de 28 ans semble encore inconnu du grand public. Mais cela va changer mercredi 23 mai 2018 avec la sortie de «Solo».

Sans attaché de presse, ni agent, ni assistante, il reçoit «Le Matin» le plus simplement possible au dernier étage du palace.

Faut-il être fou ou inconscient pour reprendre le rôle culte qu’a Harrison Ford dans «Star Wars», Han Solo?

Non il faut être fou ET inconscient, ce qui me correspond bien. (Rires.) Mais il faut aussi être stupide pour laisser passer une telle opportunité. Croyez-moi, j’ai connu tous ces sentiments dès mon premier rendez-vous.

La rumeur parle de plusieurs milliers d’acteurs qui ont auditionné pour ce rôle. Savez-vous pourquoi c’est vous qui avez été choisi?

J’ai rencontré les réalisateurs Phil Lord et Christopher Miller dès les débuts du casting. Et j’ai adoré leur style car ils aiment improviser et nous avons essayé diverses approches de Han Solo. Ils m’ont demandé de voir la première trilogie de «Star Wars» mais de ne surtout pas essayer de copier Harrison Ford. «Solo» montre la jeunesse du personnage, donc mon but était d’avoir quelques similitudes mais surtout pas d’essayer de le singer.

Vous avez rencontré Harrison Ford avant le tournage. Quels conseils vous a-t-il donnés?

Il m’a simplement dit: «Prépare-toi à ce que tous les journalistes te posent cette question. Réponds-leur que je t’ai donné tous les secrets de Han Solo mais que je t’ai interdit de les répéter.» Voilà!

Quelle a été votre approche de Solo?

Notre film se déroule bien avant la trilogie initiale, ce qui m’a permis d’avoir quand même une grande liberté d’interprétation. Nous ne sommes pas dans un remake mais dans une histoire qui explique l’origine de Han Solo. Il est encore à la recherche de son chemin, même si l’on imagine déjà le mec débrouillard et qui n’a peur de rien. Son côté casse-cou est ce qui est fait un gars attirant, je pense.

Le tournage a dû être difficile car les deux réalisateurs qui ont démarré «Solo» ont été virés par les producteurs puis remplacés par Ron Howard. Que s’est-il passé?

Je suis loin d’être dans le secret des dieux. Il y a eu un désaccord avec les producteurs sur l’orientation de la mise en scène. Lord et Miller voulaient improviser, donner libre cours aux comédiens de modifier le scénario. Les patrons de LucasFilm exigeaient une production plus stricte, qui suive à la lettre le scénario.

Comment s’est passée l’arrivée de Ron Howard, qui a pris le relais au pied levé?

Je serai toujours reconnaissant à Lord et Miller de m’avoir engagé pour être Han Solo mais je n’ai que de bonnes choses à dire sur Ron Howard. Ses idées étaient claires et précises. C’est un grand réalisateur avec lequel je suis heureux d’avoir bossé.

N’avez-vous pas eu peur d’être viré et remplacé également?

La première chose que m’a dite Ron est que je n’avais pas à m’inquiéter… Mais c’est vrai que l’idée m’a traversé l’esprit. (ndlr: il se passe la main sur le front comme pour expliquer qu’il a eu chaud.)

Vous semblez tout faire pour éviter le star-system. N’est-ce pas paradoxal lorsqu’on joue un rôle culte comme celui de Han Solo?

Je ne crois pas qu’il soit indispensable d’être une célébrité lorsqu’on est comédien. Je n’ai pas accepté «Solo» pour devenir une star. J’espère plutôt que ce blockbuster va m’ouvrir des portes avec des auteurs ou créateurs indépendants. Mon cœur est davantage tourné vers le théâtre et les films indépendants, sans pour autant renier Hollywood(ndlr: Il a tourné dans «Tetro» de Francis Ford Coppola et «Blue Jasmine» de Woody Allen). Pendant longtemps un acteur américain devait se construire une image de héros et jouer des personnages similaires film après film. Moi, je préfère aller d’un extrême à l’autre. Être Han Solo aujourd’hui et entrer dans la peau d’un tueur en série demain ne me poserait aucun souci.

La critique par Laurent Flückiger

Mayday! Le faucon Millenium s’est crashé! Il n’y a en effet pas grand-chose à garder dans ce deuxième «standalone» de la saga «Star Wars» après «Rogue One». Car, si on avait aimé ce dernier, la déception autour de «Solo» vient nous rappeler à quel point les fans ont toujours dénoncé cette idée de développer des spin-off. Dans ce film sur la jeunesse du contrebandier, le jeu des acteurs est mauvais, les scènes d’action sont brouillonnes et des plans sont gênants (Han Solo et Chewbacca sous la douche). Sans compter que l’on trouve des faux raccords flagrants. Ça fait beaucoup pour un «Solo».

Trois questions à Ron Howard, réalisateur

Lord et Miller ont démarré le tournage de «Solo» avant d’être virés par la production. N’est-ce pas complexe de remplacer ainsi au pied levé?

Cela arrive constamment à Hollywood qu’un réalisateur, un scénariste et même un comédien soient remplacés en cours de tournage. Disons que mon approche de «Star Wars» est plus traditionnelle que celle de Lord et Miller, mais cela n’enlève rien à leurs qualités d’artistes.

Votre version de «Solo» est vue par la presse américaine comme un hommage à George Lucas. Êtes-vous d’accord avec cette analyse?

Bien sûr. On ne peut pas réaliser un épisode de cette saga sans penser au Maître Lucas qui a créé cet univers mythique. George est un visionnaire, tout comme Spielberg ou Scorsese par exemple.

Avez-vous signé pour une trilogie autour du personnage de Han Solo?

Non, mais je ne serais pas contre. J’aime alterner films dramatiques et blockbusters. Je voudrais juste avoir du temps pour me préparer si l’on doit faire un «Solo 2» et pas débarquer en catastrophe!

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