Il faut tout faire pour sauver l’ex-procureur Dick Marty
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Menaces de mortIl faut tout faire pour sauver l’ex-procureur Dick Marty

Amnesty International demande que la Confédération s’engage davantage à résoudre la situation pénible dans laquelle se trouve le Tessinois sous protection policière étroite depuis 18 mois.

par
Eric Felley
Dick Marty s’est toujours engagé en faveur des droits de l’homme, notamment en soutenant des campagnes d’Amnesty International.

Dick Marty s’est toujours engagé en faveur des droits de l’homme, notamment en soutenant des campagnes d’Amnesty International.

Amnesty International Suisse

Le 18 décembre 2020, l’ex-procureur Dick Marty a reçu un appel de la police fédérale (FedPol), qui l’informait qu’il était menacé de mort et qu’il allait être mis immédiatement sous haute protection policière. À ce moment-là, FedPol estimait qu’il devait être mis sous degré de protection 5, la plus élevée. Ce qu’il a refusé, car cela aurait impliqué qu’il change de nom et disparaisse. Le degré 4 a été mis en place, qui nécessite depuis une surveillance intensive de son domicile et de ses déplacements.

Faire porter le chapeau aux Kosovars

Selon les explications du Tessinois, ce sont des cercles proches des services secrets serbes, qui auraient sollicité un «mandataire» pour exécuter un contrat sur lui. Ces mêmes milieux avaient l’intention d’attribuer la responsabilité de cet assassinat aux Kosovars. Cela aurait été perçu comme une vengeance, car Dick Marty avait publié en 2010 un rapport sur les crimes de guerre commis par les milices kosovares lors de la guerre d’indépendance contre la Serbie. En 2020, ses conclusions ont été reprises par le Tribunal spécial pour le Kosovo à La Haye dans son acte d’accusation contre le président Hashim Thaci.

Entraide judiciaire et diplomatie

À la suite de la diffusion, le 10 avril dernier, d’un reportage sur cette affaire dans l’émission «Mise au point» sur la RTS, l’ambassade de Serbie en Suisse avait vivement contesté ces accusations. Depuis rien ne bouge vraiment. Amnesty International a publié ce vendredi un communiqué pour apporter son soutien à Dick Marty et tenter de faire évoluer la situation.

L’organisation constate que «l’ancien rapporteur spécial Dick Marty est toujours menacé et les mesures de sécurité et de protection maintenues». L’organisation s’étonne qu’aucune demande d’entraide judiciaire n’a été adressée jusqu’ici aux autorités serbes par le Ministère public de la Confédération: «Le gouvernement suisse semble ne pas avoir non plus entrepris de démarches diplomatiques efficaces pour améliorer la protection de son ressortissant».

Protéger la cible en neutralisant la menace

Dick Marty s’impatiente également. En février dernier, il avait écrit à FedPol et au Ministère public de la Confédération: «Je leur ai dit qu’on ne peut pas continuer à se limiter à la seule protection de la cible, sans avoir une stratégie de neutralisation de la menace, a-t-il déclaré à «Mise au point». Il ne s’agit pas uniquement de ma personne. Tous ceux qui s’engagent dans la recherche de la vérité méritent non seulement la protection mais aussi la justice. Ils méritent que ceux qui essayent d’attenter à leur vie soient poursuivis. On ne peut pas tolérer ça, mais avec moi il me semble que c’est ce qu’on est en train de faire».

Le devoir d’un État de droit

La directrice d’Amnesty International Suisse, Alexandra Karle, en appelle à une plus forte mobilisation: «Dick Marty s’engage depuis des décennies au niveau national et international. C’est le devoir d’un État de droit de protéger ses citoyens et d’utiliser tous les moyens juridiques et diplomatiques pour mettre fin à une telle situation de menace. »

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