Street-poncing: Il invente le «graffiti» montagnard

Publié

Street-poncingIl invente le «graffiti» montagnard

Ancien graffeur, Antoine a troqué ses bonbonnes contre une ponceuse et donne une seconde vie à de vieilles façades en bois.

par
Laura Juliano

Ouvrez l'œil! Lors de votre prochaine balade en montagne, vous pourriez bien tomber sur une œuvre d'art là où vous ne l'attendiez pas. Aux Diablerets (VD), le gigantesque regard cerné d'un vieux sage veillant sur le glacier; à Leysin, une bergère et ses brebis se prélassant sur la façade d'un magasin bio; depuis peu, un père enseignant l'art de la pêche à son fils à l'arrière d'une cabane de pêcheur dans la vallée de Joux.

Ces créations, réalisées en moins d'un mois, sont toutes l'œuvre d'Antoine, un jeune Vaudois paysagiste de métier. Amoureux de la nature, cet ancien graffeur a troqué ses bonbonnes contre une ponceuse pour offrir une seconde vie aux vieilles granges, cabanes et chalets dans le respect de l'environnement. Une forme de street art inédite en Suisse, qu'il a surnommée le street poncing»

Inspiré par le lieu

«Ce que j'aime, c'est donner de la poésie à des murs que personne ne regarde. Qu'ils transmettent un message positif. Chaque dessin a son histoire, mais tous veulent dire: «Regardez comme la nature est belle, préservez-la!» explique-t-il en apposant sa signature – LPVDA (les pinceaux verts d'Antoine) – sur son quatrième ouvrage, qui marquera, il l'espère, le début d'une longue série.

Pour qu'une œuvre naisse sous les «pinceaux» d'Antoine, elle doit d'abord lui être inspirée par le lieu. «Ici, j'ai choisi cette scène de pêche parce que le bois desséché par le soleil donnait naturellement l'effet de reflets de sapins sur le lac», fait-il remarquer. Puis il dessine son modèle au fusain et réalise un montage photo afin de le superposer à la cible. La maquette à ses pieds, musique dans les oreilles, il trace à main levée les lignes les plus fines au papier de verre, ponce les grandes surfaces et force les contrastes en teintant le bois au chalumeau. Avec une aisance déconcertante, l'artiste de 33 ans fait jaillir du bois, dans un tourbillon de poussière, des visages au regard expressif et des reliefs bluffants. En moins de six heures, la façade vieillotte qui passait inaperçue a commencé à attirer tous les regards.

D'entente avec le propriétaire des lieux, Antoine s'est emparé de photos de famille qui lui ont servi de modèle. L'enfant au chapeau n'est autre que le client, Yves Meylan, aujourd'hui âgé de 55 ans et qui voit dans ce dessin un hommage à son père. «Je voulais rénover, mais. quand j'ai vu son prospectus, je me suis dit: c'est ça qu'il me faut! Et j'ai bien fait, ça a de la gueule!»

En découvrant à leur tour l'œuvre encadrée de feuillages et située en contrebas d'une route, des passants curieux sont venus manifester leur surprise. «C'est dommage, commente une quinquagénaire. C'est tellement beau et ce n'est pas mis en valeur.» Et pourtant, c'est précisément ce que recherche Antoine. «J'aime que ça surprenne quand on passe devant. Et les arbres font comme un cadre. Je n'aurais pas dessiné ça si ça avait été à la vue de tous.»

Quant à savoir si le résultat résistera aux intempéries, l'auteur assure que son travail est éphémère mais résistant. Il devrait tenir plusieurs années. Même sans vernis.

Le jeune Vaudois, qui espère pouvoir vivre de sa passion un jour, a déjà repéré de vieux trains en bois près de chez lui, dans la vallée de Joux, sur lesquels il projette de poser sa griffe.

Suivez-nous sur Youtube!

Ton opinion