Taximan agressé: «Il m'a planté sans dire un mot»

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Taximan agressé«Il m'a planté sans dire un mot»

Michel Bugnon est le chauffeur de taxi attaqué au couteau ce week-end à Vevey (VD) par un individu qui en voulait à sa recette. Opéré d'urgence au CHUV, il raconte sa course maudite.

par
Evelyne Emeri
Michel Bugnon ne sait pas précisément quand il regagnera son domicile fribourgeois. Il devra ensuite passer par une phase de rééducation.

Michel Bugnon ne sait pas précisément quand il regagnera son domicile fribourgeois. Il devra ensuite passer par une phase de rééducation.

Darrin Vanselow

«Je pensais arrêter à Pâques. Comme il manquait des chauffeurs, je me suis dit: «Allez, fais encore le Jazz jusqu'en juillet (ndlr: Montreux Jazz Festival).» Encore quelques trajets pour le plaisir de la relation avec le client, pour le côté grisant et serviciel de conduire à bon port. Tout a basculé dans la nuit de samedi à dimanche passé. Le robuste Fribourgeois, hyperactif, à la tête d'une entreprise de transports pour enfants handicapés, est cloué dans un lit d'hôpital, fragilisé par une agression qu'il ne pensait pas subir un jour. «Des altercations, bien sûr que j'en ai déjà eu, mais jamais avec une arme. Je conduis des taxis depuis 1973.»

Confiant, il conduit son client

Alors pour sensibiliser, non pas la profession qui ne connaît que trop bien les risques qu'elle encourt, mais bien les politiques, Michel Bugnon nous reçoit dans sa chambre au CHUV. Il est bouleversé. Parce que chaque mot lui rappelle cette nuit noire, même s'il prétend «que, ça, ce n'est pas grave». Il détourne le regard. Ses yeux s'embuent et se vident. Ses paroles se suspendent au gré du récit. Le cœur est lourd et gros. À 68 ans, le Fribourgeois travaille depuis des années comme auxiliaire les week-ends auprès de l'entreprise Taxis Aba & Oriental, basée sur la Riviera.

C'est à bord de ce taxi, photographié hier soir en gare de Vevey, que le chauffeur fribourgeois a vécu une attaque d'une rare violence.

C'est à bord de ce taxi, photographié hier soir en gare de Vevey, que le chauffeur fribourgeois a vécu une attaque d'une rare violence.

«Il était environ 2 h du matin, dimanche. J'étais à la gare de Vevey, en tête de file. Un jeune Africain de 20-25 ans a grimpé dans mon taxi. Il s'est assis sur le siège passager, c'est assez courant. Il m'a demandé de l'emmener sur les hauts de Vevey. Arrivé à une intersection, il m'a indiqué de tourner à gauche, m'a montré un immeuble et a dit: «J'habite là.» Le conducteur s'exécute, ralentit et s'arrête en toute confiance. 12 fr. 20 pour quelques centaines de mètres. «Là, il farfouille dans sa besace. Et sort un couteau de cuisine avec une lame de 25-30 cm toute rouillée. Sans dire un mot, il essaie de me planter. Je me défends. Je tente de dévier son bras. Je reçois un premier coup à la poitrine, à gauche. Puis deux autres sur le bras.»

Le pire est à venir. L'agresseur insiste. Le conducteur professionnel résiste. Dans l'action, il ne craint rien. Il se fait alors méchamment abîmer la main droite. «Deux de mes doigts ont été sectionnés à la base. L'index et le majeur pendaient sur le dessus de ma main. J'ai hurlé. Il est parti avec la bourse. Il a tout éparpillé par terre et ramassé quelques billets. Le temps que je sorte de la voiture, il avait disparu.» Tout cela pour voler 500 francs.

L'espoir de sauver sa main

Dans un premier élan, Michel Bugnon tente de récupérer un peu du butin abandonné sur le sol. «Il y avait tellement de sang. J'en mettais partout. J'ai voulu appeler les secours avec mon téléphone. Ça glissait. J'étais tout près de l'Hôpital du Samaritain, alors j'y suis allé directement. Une infirmière était dehors. Là-bas, ils m'ont bandé, puis j'ai été transféré au CHUV en ambulance.»

Vers 6 h, il est au bloc. Sa blessure à l'épaule n'a pas atteint les poumons. Ses coupures au bras gauche nécessiteront des points de suture. Reste le plus grave: sa main droite. «Les chirurgiens m'ont opéré pendant cinq ou six heures. Un doigt a été complètement coupé, l'autre cisaillé à plusieurs endroits. Je suis droitier. C'est vrai que j'ai peur de ne pas récupérer. Je peux bouger mon index. L'autre, pas encore. Les médecins se disent optimistes.»

Agresseur en cavale

Marié et père de deux garçons adultes, le chauffeur se veut positif. «J'essaie de l'être. Je m'inquiète pour le travail, l'organisation des plannings. Je suis cloué là. Quand je parle de mes doigts, je… (Il pleure.)» Comme pour s'excuser: «Quand j'étais plus jeune, j'étais plus costaud. Je suis une victime plus facile avec l'âge. Il a dû me repérer avant. Son geste était prémédité, c'est certain. Je n'ai rien pu faire de plus.»

Et que pense le chauffeur d'expérience de l'éventualité d'une sécurité accrue? «Des vitres de séparation, on en parle. Des caméras dans l'habitacle, aussi.» L'homme est fatigué et remué, il nous le fait savoir gentiment. À sa sortie du CHUV – «Une petite semaine, m'ont dit les chirurgiens, je cicatrise bien» –, une phase de rééducation attend Michel Bugnon dont nous prenons congé.

L'auteur de sa violente agression court toujours malgré le vaste déploiement de la police cantonale vaudoise ladite nuit et encore après. Ce que confirme Florence Maillard, porte-parole. Du côté du ministère public, la procureure Carole Delétra joue la carte de la prudence et préfère ne pas communiquer pour l'instant.

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