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Meurtre d'Adeline«Il ne fallait pas parler de détenus »

Un ancien gardien de la Pâquerette raconte comment, au fil des ans, la situation a dégénéré. Fouilles en partie supprimées et accès à Internet autorisé.

par
Valérie Duby
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Sur ces images, Fabrice A. est conduit chez les procureur du district de Szczecin, en Pologne, par la police.

Sur ces images, Fabrice A. est conduit chez les procureur du district de Szczecin, en Pologne, par la police.

MARCI BIELECKI/EPA
Sur ces images, Fabrice A. est conduit chez les procureur du district de Szczecin, en Pologne, par la police.

Sur ces images, Fabrice A. est conduit chez les procureur du district de Szczecin, en Pologne, par la police.

MARCI BIELECKI/EPA
Sur ces images, Fabrice A. est conduit chez les procureur du district de Szczecin, en Pologne, par la police.

Sur ces images, Fabrice A. est conduit chez les procureur du district de Szczecin, en Pologne, par la police.

MARCI BIELECKI/EPA

«La directrice de la Pâquerette utilisait toujours le terme «vertigineux». Je crois que le mot est bien adapté pour décrire ce qui se passait véritablement là-bas.» Raymond* a travaillé pendant de nombreuses années dans l’établissement de sociothérapie. Il a rencontré des violeurs, des assassins. Certains ont purgé leur peine et se sont bien réintégrés, d’autres pas. «La tâche n’est pas facile. Il faut être proche du détenu tout en conservant une distance professionnelle.»

Raymond relate comment, au fil des ans, la situation qui a, selon lui, «dégénéré». «On est devenus des électrons libres. La mécanique de l’institution a été cassée.» Selon notre témoin, M., l’un des détenus – «il ne fallait jamais utiliser le mot de détenus mais celui de pensionnaires» – avait une forte emprise sur la directrice. «C’est à cause de lui que l’accès à Internet a été possible: il était très doué en informatique. Nous, les gardiens, avions refusé cet accès au Web: trop dangereux. Du coup, ce sont les sociothérapeutes qui accompagnaient les détenus à l’ordinateur, dans le bureau de la directrice. Des problèmes, il y en a eu. Une fois par exemple, un type nous a montré comment derrière une simple image, il pouvait décoder un message…»

Une directive de la Pâquerette stipule que si les «accompagnants ont une interrogation sur le contenu d’un site, le résident doit pouvoir lui fournir une explication claire et précise». Dans le cas de la mort d’Adeline, ni la directrice ni son adjoint n’ont souvenir qu’un sociothérapeute leur ait signalé que Fabrice A. visionnait des couteaux sur Internet, ni qu’il passait du temps sur Google Maps à sélectionner des itinéraires, notamment celui qui l’a conduit en Pologne, où il a été arrêté.

Privilèges et passe-droits

Raymond raconte un monde insoupçonnable: comment les détenus de la Pâquerette se faisaient de l’argent. En fabriquant du pain dans un atelier boulangerie et en le vendant ou, comme dans le cas de M., en donnant des cours d’informatique: «Il se faisait payer 30 francs de l’heure et gagnait dans les 2000 francs par mois! Cette personne a bénéficié de pas mal de passe-droits.»

Raymond explique aussi comment, petit à petit, les fouilles de sécurité ont été abandonnées. «M. avait estimé que cela était indigne de lui de se déshabiller après les parloirs. Du coup, les fouilles se faisaient en deux temps. D’abord le haut. Et puis après le bas. On ne devait surtout plus baisser leurs slips.»

Concernant les sorties accompagnées, le Service d’application des peines et mesures se fiait aux rapports établis par la Pâquerette: «Il faut savoir que les sociothérapeutes ont le droit de refuser les sorties. C’est déjà arrivé. Normalement, les conduites étaient prévues une semaine à l’avance.» Cela n’a pas été le cas pour Adeline, informée le matin de sa mort de sa sortie avec Fabrice A.

* Prénom d’emprunt

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