Canton de Vaud: Il nie lui avoir tranché la gorge

Actualisé

Canton de VaudIl nie lui avoir tranché la gorge

La rixe survenue le 14 mai entre deux Africains au centre de Lausanne reste un mystère. L'accusé conteste avoir frappé son adversaire, qui s'est vidé de son sang.

par
Evelyne Emeri
C'est devant «Le Darling», dans les Galeries St-François, que la violente altercation est survenue entre les deux hommes.

C'est devant «Le Darling», dans les Galeries St-François, que la violente altercation est survenue entre les deux hommes.

Maxime Schmid

Un autel de fortune a été placé quelques jours dans les Galeries Saint-François, à Lausanne. Une photo de la victime de 25 ans, quelques mots griffonnés en anglais, des bougies, des fleurs. Le temps d'un recueillement sur place pour ce jeune homme qui se disait Guinéen alors qu'il était Nigérian, a priori sans statut légal en Suisse. Mort d'un choc hémorragique suite à un seul coup de tesson de bouteille, tranchant sa gorge au niveau de la carotide et de la jugulaire. De l'émotion pour ses connaissances, un homicide à élucider pour la justice vaudoise et les enquêteurs de la police lausannoise.

L'accusé tenait la bouteille

J. connaissait son tueur présumé: Y., un Somalien de 38 ans. Requérant d'asile vaudois, ce dernier aurait des antécédents judiciaires dans son pays («Le Matin» du 16 mai). «Tupac» de son surnom aurait aussi commis des faits de violence graves en Norvège, affirme une source proche du dossier. Il a également été poursuivi chez nous pour séjour illégal.

L'individu, interpellé non loin du lieu du drame devant le club Le Darling, nie en bloc toute implication. L'on sait pourtant qu'il avait à la main cette fameuse bouteille qui allait tuer. À la police, lors de sa première audition, il a dit «ne plus se souvenir de rien». Face à la procureure Monica Leita Vermot, il l'a répété avant de se raviser et de servir une autre version. «Ils auraient eu des échanges verbaux, se seraient battus et se seraient retrouvés au sol. Dans la chute, la bouteille se serait cassée. Pour l'instant, Y. conteste avoir donné ce coup avec le tesson et parle d'un accident», explique la magistrate chargée de l'affaire. «Mon client parle effectivement d'une atteinte à la gorge accidentelle», abonde son avocate, Me Tiphanie Chappuis.

Reconstitution possible

Quel lien unissait les deux protagonistes, depuis combien de temps et quelle était la nature de leur relation? Les investigations en cours le diront. Excepté les dires du prévenu, en détention provisoire depuis deux semaines et demie, il reste les témoignages des autres membres du groupe qui l'accompagnaient et ceux des noctambules qui sortaient du Darling vers 4 h du matin ou transitaient par le passage lausannois. Il y a aussi et surtout les images de la vidéosurveillance qui pourraient bien compromettre Y.

Les limiers lausannois et la procureure vont réentendre l'auteur présumé. De source bien informée, une reconstitution sur le terrain serait prévue dans les prochaines semaines. Un acte de procédure crucial et filmé qui permet non seulement de vérifier les dires du prévenu, mais encore de lui permettre de revoir sa position.

Cette nuit du 13 au 14 mai, le Somalien a été décrit comme agressif et agité, ayant le comportement d'un homme alcoolisé. Des analyses sont en cours pour corroborer ces allégations. À l'inverse, la victime n'aurait pas bu ce soir-là et serait arrivée par après dans les Galeries Saint-François. Là aussi, la toxicologie parlera. Le jeune Nigérian avait pourtant ses habitudes dans un bar de la rue de la Borde, l'Okapi, où il s'alcoolisait. Bagarreur, il a été interdit d'entrée à plusieurs reprises.

Pourquoi la rixe a-t-elle éclaté entre eux deux? Pas de commentaires officiels, à ce stade. Des commerçants et des habitants du secteur Saint-François - rue de Bourg évoquent, quant à eux, la piste d'un règlement de comptes lié à un trafic de drogue.

Ton opinion