Alcootest: Il porte secours à un policier et perd son permis
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AlcootestIl porte secours à un policier et perd son permis

Soupçonné d’ébriété, un automobiliste bernois s’est vu retirer son permis sur-le-champ peu après avoir porté secours à un agent victime d’un malaise.

par
Vincent Donzé
Laurent Jacot assure qu’il n’était pas ivre et qu’il avait «la situation en mains».

Laurent Jacot assure qu’il n’était pas ivre et qu’il avait «la situation en mains».

Laurent Crottet

Un jeune policier qui fait un malaise en interpellant un automobiliste… C’est l’incident rarissime survenu le 3 août dernier à Saint-Imier (BE). «Lieutenant-colonel à l’armée, j’ai pris les choses en mains en voyant que le deuxième agent perdait totalement les pédales. Mes passagers et moi lui avons probablement sauvé la vie», affirme Laurent Jacot (52 ans). Résultat: le secouriste a perdu son bleu! On va comprendre pourquoi. De l’alcool, Laurent Jacot en avait bu peu avant à la terrasse d’un restaurant. Une bière, du vin et «une dernière gorgée de rosé au moment de partir», avoue-t-il. Détail qui aura son importance…

Reparti avec un ami, il prend en charge une copine en chemin. Après quelques minutes, il est interpellé par une patrouille, dont les agents viennent d’être insultés par des jeunes, lesquels leur ont jeté des bouteilles.

«J’ai contesté devoir souffler dans l’éthylomètre sans pouvoir me rincer la bouche, moins de 20 minutes après le dernier verre (ndlr: comme le prévoit la loi). L’alcool qui tapisse la bouche influence le résultat», indique Laurent Jacot.

À peine a-t-il soufflé dans l’éthylomètre – cinq minutes après son dernier verre, selon lui – qu’un agent s’écroule sur la chaussée, se blessant à la tête. «J’ai pris sur moi de régler la circulation, tandis que mes deux passagers lui portaient assistance, selon mes instructions: position latérale, tête soulevée», soutient Laurent Jacot. Pendant ce temps, l’autre policier pose des cônes de signalisation et appelle les secours.

Aucune prise de sang

Une riveraine, infirmière de métier, sort de chez elle pour prodiguer des soins à l’agent, dans l’attente de l’arrivée d’un hélicoptère de la Rega. C’est en raison de cet incident que Laurent Jacot n’a pas été conduit à l’hôpital pour une prise de sang. «Je n’avais plus la tête à cette procédure», dira le policier, parti à Moutier ramener la voiture de son collègue et informer son épouse.

Privé de permis sur-le-champ à titre préventif, Laurent Jacot rentre chez lui à pied à Villeret (BE). Au réveil, des policiers se présentent chez lui, non pas pour effectuer une prise de sang, mais pour lui signifier l’ouverture d’une procédure pénale, l’alcootest ayant révélé un taux d’alcool de 1,78 pour mille, abaissé ensuite à 1,42 en vertu d’une marge de sécurité.

«Je suis à pied depuis onze mois», soupire-t-il. Ce qui le révolte le plus, c’est qu’un jeune policier assermenté ait menti, selon lui, au sujet de l’odeur d’alcool qui se dégageait prétendument de l’habitacle de son véhicule. «Prétendre que j’étais ivre et que je m’exprimais de façon pâteuse, alors que j’ai pris la situation en mains, c’est mensonger.»

«La procédure n’a pas été respectée», insiste-t-il. L’ordonnance pénale conclut à une amende de 1000 francs ainsi qu’à 30 jours-amendes avec sursis pendant deux ans. Laurent Jacot ayant fait opposition, l’affaire sera jugée par le Tribunal régional. Hier, la police a indiqué, par la voix de sa porte-parole Sidonie Perroud, que l’enquête était terminée: «Le rapport a été transmis au ministère public.»

Procédures strictes

Sur un plan général, à propos de la mesure de l’alcoolémie au volant, la police bernoise explique que «jusqu’au 30 septembre 2016, pour que le résultat d’un éthylotest soit valable, il devait correspondre à une alcoolémie inférieure à 0,80 pour mille et être paraphé par la personne contrôlée». Dans tous les autres cas, une prise de sang était nécessaire pour apporter la preuve de l’ébriété.

Depuis le 1er octobre 2016, une nouvelle unité de mesure est utilisée. Le taux d’alcool se mesure en milligramme par litre (1 pour mille = 0,5 mg/l). Ainsi, dans le canton de Berne, à partir d’un taux de 0,25 mg/l mesuré lors d’un contrôle de l’air expiré via un éthylotest, «la personne soupçonnée est emmenée dans un poste de police où une seconde mesure est réalisée au moyen d’un éthylomètre ayant une force probante», explique Sidonie Perroud.

La porte-parole reconnaît que «selon la loi en vigueur, le contrôle de l’air expiré peut effectivement avoir lieu au plus tôt 20 minutes après la dernière consommation d’alcool». Auditionné, le collègue du policier blessé est d’avis, lui, que l’intervention de Laurent Jacot «n’était pas d’une grande efficacité, au vu de son état alcoolisé». L’automobiliste envisage de porter plainte contre le policier.

Deux mesures sont nécessaires

«Je n’ai pas pris d’avocat, mais je connais la législation», affirme Laurent Jacot. Sa vérité se fonde sur l’Ordonnance sur le contrôle de la circulation routière (OCCR). Laquelle stipule que, «lors de l’analyse de l’haleine, deux mesures valables sont nécessaires pour engager une procédure pénale et administrative». Laurent Jacot base sa défense sur un volumineux précis de droit intitulé «Droit et pratique illustrée du retrait du permis de conduire». Mais l’OCCR stipule aussi qu’il est également possible de constater l’ébriété «d’après l’état et le comportement de la personne suspectée ou les indications obtenues sur la quantité consommée».

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