Bienne - Il sauve les batraciens tombés dans les bouches d’égout
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BienneIl sauve les batraciens tombés dans les bouches d’égout

En posant des filets torsadés qui leur servent d’échelles, un écologue sauve les tritons, crapaud et grenouilles prisonniers des canalisations.

par
Vincent Donzé
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Le mâle porte une crête, la femelle est plus grosse.

Le mâle porte une crête, la femelle est plus grosse.

lematin.ch/Vincent Donzé
Gilles Lauper soulève les grilles d’égout.

Gilles Lauper soulève les grilles d’égout.

Lematin.ch/Vincent Donzé
Il y accroche un filet torsadé à l’aide d’un serre-câble.

Il y accroche un filet torsadé à l’aide d’un serre-câble.

Lematin.ch/Vincent Donzé

Sauver les amphibiens tombés dans les bouches d’égouts, c’est la mission que s’est assignée l’ingénieur en gestion de la nature biennois Gilles Lauper. Comment? En déroulant sous chaque grille un filet qui leur sert d’échelle. Le filet déployé sous les grilles est en Terramat, un matériau souple découpé et lesté selon la profondeur des bouches d’égout.

Excellents grimpeurs, les tritons n’ont aucune peine à remonter un filet. «Regardez, ça fonctionne même pour les limaces!», s’exclame Gilles Lauper. Ce biologiste a repéré le concept en Argovie. Popularisé par le Centre Suisse de Coordination pour la Protection des Amphibiens et Reptiles de Suisse (karch). Ce système se compose d’un treillis torsadé qui permet aux batraciens de remonter au niveau de la grille.

Eau stagnante

C’est par centaines que les batraciens sont sauvés chaque année par ce système ingénieux. Le jour où lematin.ch a suivi Gilles Lauper, il n’y avait ni grenouilles ni crapauds mais des tritons repérés dans l’eau stagnante des bouches d’égout.

Gilles Lauper les repère en éclairant le fond des bouches d’égouts. Quand elles ne sont pas équipées d’un filet attaché à la grille, le biologiste sort son épuisette. Il pose un triton sur un filet pour voir comment il s’accroche. Plouf! Manqué, ce n’est pas gagné. «Est-ce que vous avez attrapé quelque chose?», demande une passante en extase devant deux tritons.

La conversation se poursuit: «Et vous faites quoi avec ça?» Réponse du biologiste: «On les libère! S’ils restent coincés là-dedans, en fait ils meurent». «Ils sont protégés ou pas?» Réponse: «Tous les amphibiens sont protégés, Madame. Ce que je fais, vous n’osez pas le faire!», prévient Gilles Lauper, en se dirigeant vers un étang.

Lisière de forêt

Sans aide, impossible pour ces espèces protégées de remonter à la surface. Sauf en hiver, quand les batraciens sont inactifs. Dans le quartier du marais de Mâche, les batraciens sont particulièrement nombreux en lisière de forêt, le long d’un chemin forestier où une canalisation récupère les eaux de ruissellement. Gilles Lauper dénombre les victimes: 200, 300, 400 par année.

Un sous-bois rempli de tiques, c’est le site le plus problématique à Bienne, puisqu’il s’agit d’un lieu de reproduction d’importance nationale. «Faute d’intervention, les amphibiens finissent par s’épuiser», a expliqué Gilles Lauper au «Journal du Jura». Avec un peu de chance, ils peuvent espérer être emportés par les eaux d’une forte averse jusqu’au prochain ruisseau.

Broyés, brûlés

Le scénario du pire? «Ils risquent de finir à la station d’épuration où ils sont broyés, compressés, puis brûlés», a indiqué Gilles Lauper. Lors de l’étude, l’automne dernier, certains batraciens ont été trouvés amaigris, sans grande chance de survivre à l’hiver.

Crapaud commun, grenouille rousse: sur les vingt spécimens répertoriés, quatorze figurent sur la liste rouge des espèces à protéger: crapaud calamite, sonneur à ventre jaune… Le projet de protection des amphibiens du bureau «Prona» est soutenu par le Service de promotion pour la nature du canton de Berne, tandis que la Ville a mis à disposition deux collaborateurs du service d’entretien des canalisations pour le montage des échelles.

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