Portrait: Il se bat pour retrouver une vie «normale»
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PortraitIl se bat pour retrouver une vie «normale»

Amputé de la jambe gauche suite à un accident en service, le policier valaisan Pascal Fumeaux s'est tourné vers sa passion: le sport. Une belle leçon de vie.

par
Blaise Craviolini
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À peine sorti de la clinique de réadaptation, Pascal Fumeaux a enfourché son vélo pour reprendre l'entraînement.

À peine sorti de la clinique de réadaptation, Pascal Fumeaux a enfourché son vélo pour reprendre l'entraînement.

Darrin Vanselow
Pascal Fumeaux en cycliste et en course à pied. Durant sa carrière de triathlète, il a notamment participé à 14 Ironman, dont celui d'Hawaï.

Pascal Fumeaux en cycliste et en course à pied. Durant sa carrière de triathlète, il a notamment participé à 14 Ironman, dont celui d'Hawaï.

Darrin Vanselow
Pascal Fumeaux en cycliste et en course à pied. Durant sa carrière de triathlète, il a notamment participé à 14 Ironman, dont celui d'Hawaï.

Pascal Fumeaux en cycliste et en course à pied. Durant sa carrière de triathlète, il a notamment participé à 14 Ironman, dont celui d'Hawaï.

Darrin Vanselow

En ce vendredi 18 août 2017, Pascal Fumeaux (50 ans) est en patrouille à Conthey (VS), au guidon d’une BMW 650 GS. Il est 9 h 15 lorsque ce responsable de la police municipale locale croise un automobiliste, utilisant son téléphone portable. «C’était la reprise des classes après les vacances estivales. Nous avions beaucoup misé sur la prévention. Je ne pouvais pas fermer les yeux sur un tel comportement», s’est-il dit dans son for intérieur. L’agent décide de faire demi-tour et d’interpeller le conducteur fautif. La route étroite se rétrécit davantage. Le motard a le regard rivé sur la voiture qu’il poursuit.

Dans un passage à la visibilité obstruée, il se retrouve face à un véhicule. Le choc est terrible. La jambe et le genou gauches de Pascal Fumeaux sont déchiquetés. Le malheureux gît sur le bitume, l’artère fémorale coupée et le bassin fracturé à deux endroits. Il saigne abondamment. «Sans l’intervention quelques minutes plus tard de Ludovic Roh, un collègue en congé qui passait miraculeusement par là, je ne serais plus là aujourd’hui pour témoigner… Il a eu la présence d’esprit d’utiliser mon ceinturon pour me faire un garrot», souligne-t-il.

Son pronostic vital est engagé. Héliporté de l’Hôpital de Sion, le Valaisan se réveille trois jours plus tard à l’Hôpital de l’Île, à Berne. À ses côtés, sa compagne le réconforte. «Il y a quand même une bonne nouvelle: ta fille vient de réussir le permis», lui dit-elle. S’ensuit une série d’interventions chirurgicales visant à sauver sa jambe. Mais le diagnostic est implacable, l’amputation inévitable. «J’ai tout de suite pensé à mon job, bien sûr, mais aussi à ma passion. C’est tout un univers qui s’effondre d’un coup, d’un seul.»

Et quelle passion dévorante! Sportif accompli, polyvalent, féru d’entraînement, le policier forçait le respect et l’admiration en participant chaque année, depuis vingt ans, à des Ironman, dont celui d’Hawaï, aux États-Unis. Considérées comme des références en matière de triathlon, ces compétitions réunissent professionnels et amateurs sur des distances titanesques: 3,8 km de natation, 180 km de cyclisme et 42,195 km de course à pied, soit l’équivalent d’un marathon classique. Son record? «Dix heures et une minute, en 2006, à Zurich. J’étais dans un bon jour», se souvient-il. Les spécialistes apprécieront la performance.

«Tout est possible»

Un nouvel Ironman, autrement plus fastidieux, débute alors pour l’accidenté. Sous forme de convalescence. Opérations en cascade, soins à répétition, pose d’une première prothèse provisoire, puis d’une deuxième en titane, interminable rééducation à la Clinique romande de réadaptation de la Suva, à Sion: des mois et des mois de souffrance et de galère. Pas tant que cela, en fait. Car Pascal Fumeaux s’est accroché à la devise de l’Ironman d’Hawaï, «Anything is possible» (Tout est possible). «Après avoir accusé le coup moralement, je me suis persuadé que ça ne servait à rien de broyer du noir. J’ai relevé la tête. Je me suis battu et j’ai progressé de jour en jour, entouré par mes proches et un personnel médical fantastique.»

Ce combat, cette leçon de vie, le policier contheysan l’a raconté au quotidien sur les réseaux sociaux, photos et vidéos à l’appui. Un ton juste, des mots bouleversants, une abnégation héroïque. «Facebook a agi comme une sorte d’antidote pour moi. J’ai reçu de nombreux témoignages de sympathie et d’encouragement, même de gens que je ne connaissais ni d’Adam ni d’Ève. Je me suis aussi rendu compte qu’il y avait nettement moins bien loti que moi ici-bas.»

Il a quitté la clinique

Aujourd’hui, Pascal Fumeaux vient tout juste de quitter la Clinique Suva de Sion – c’était le 29 mars – et a repris une vie «normale». «Une prothèse permet de tout entreprendre. Il suffit que le plaisir éclipse la douleur», assure-t-il. Il parle même de renouer avec l’entraînement pour continuer à se faire plaisir dans l’effort, en triathlon. «Même si je devais mettre plus du double de temps qu’avant, à la nage, à vélo ou à pied, ce serait déjà une formidable victoire pour moi», anticipe-t-il.

Seule ombre au tableau de cette «résurrection»: des interrogations d’ordre professionnel. «Mon métier étant ma priorité, je mets tout en œuvre pour une reprise dans les meilleures conditions possible. J’espère qu’on me donnera l’opportunité de faire mes preuves.» Après tous les obstacles qu’il a surmontés, difficile de ne pas imaginer un happy end à son histoire…

Ses défis

«Mes objectifs sportifs en 2018 seront la traversée du lac de Morat et la Coupe romande de cyclisme des policiers. Je vais aussi me battre pour la valorisation de Promembro, une toute jeune association romande de défense des intérêts des amputés.»

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