délit: Il se fait voler son violon de 1747 dans l’InterRegio Genève-Brigue
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délitIl se fait voler son violon de 1747 dans l’InterRegio Genève-Brigue

Pavel Vernikov, concertiste de renom et directeur artistique du Festival de musique de Sion, s’est fait dérober son instrument valant plus d’un million et demi.

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Frédéric Vormus/Le Matin Dimanche

«C’est comme si l’on m’avait volé mon bébé. Sans lui je ne pourrai plus jamais faire de musique. Aidez-moi, s’il vous plaît!» Le violoniste Pavel Vernikov a le cœur déchiré. Jeudi soir, à 17 h 30, dans le train reliant Genève à Brigue, il s’est fait voler son instrument, un violon unique, un chef-d’œuvre irremplaçable fabriqué en 1747 par Giovanni Battista Guadagnini, un luthier de la renommée de Stradivarius. Appelé Contessa Crespi , utilisé par le célèbre Riccardo Brengola avant lui, ce violon vaut probablement plus d’un million et demi de francs. Une somme à laquelle il faut ajouter le prix des quatre archets, soit au moins 250 000 francs, qui l’accompagnaient dans l’étui. L’instrument lui avait été prêté de façon permanente par la fondation Pro Canale de Milan.

A la stature imposante

Jeudi, en revenant de Vienne, où il enseigne, Pavel Vernikov prend le train à Cointrin pour retourner chez lui à Sion. Arrivé en gare de Genève, il y a beaucoup de mouvements. Les passagers entrent et sortent. Le musicien cherche alors à se lever pour surveiller son précieux violon déposé juste derrière. Un homme à la stature imposante l’en empêche. Impossible de se lever. La scène ne dure que quelques secondes. Suffisamment cependant pour constater que son cher instrument a disparu. De même que le voleur et son complice, naturellement. Le violoniste ukrainien court à la police pour porter plainte. Les voleurs ont-ils profité de l’occasion et dérobé l’étui sans savoir ce qu’il contenait ou l’action a-t-elle été préméditée?

Le musicien est certain que ses détrousseurs ne savaient pas ce qu’ils dérobaient. Il y a trois ans, il s’est fait voler son portefeuille au même endroit. Cette semaine, le délit est d’une autre ampleur. «Je n’ai plus rien, dit-il dans un français haché qu’il prononce avec un fort accent russe. J’ai annulé tous mes concerts. Je n’ai plus envie de jouer sans mon violon. Je veux juste qu’on me le rende. C’est toute ma vie!» Il lance un appel au secours à tous ceux qui pourraient avoir vu son violon. Si d’aventure quelqu’un devait essayer de le vendre, il veut aussi avertir le potentiel acheteur qu’il n’en est pas le légitime propriétaire.

Ultime pied de nez

Dans son désespoir, le directeur artistique du Festival de musique de Sion ne perd pas son sens de l’humour. Plus tard dans la soirée, alors qu’il reprenait le train, sans argent et sans passeport, avec pour seul viatique sa déclaration de vol, il a été amendé par un contrôleur CFF. Et un malheur n’arrivant jamais seul, il a voulu refaire ses papiers à l’ambassade d’Israël. Mais cela n’a pas été possible. «Je n’ai plus de pays, plus de violon, plus de concert, il ne me reste rien.» Il essaie d’en rire. Ultime pied de nez à la désespérance…

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