Suisse: Il se méfie de cette ligne politique «Switzerland first!»

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SuisseIl se méfie de cette ligne politique «Switzerland first!»

L'ex-secrétaire d'Etat adjoint du DFAE, Georges Martin, se montre très critique face à la nouvelle ligne de la politique étrangère helvétique, qui entache selon lui la neutralité de la Suisse.

par
Eric Felley
Georges Martin a œuvré durant près de 40 dans la diplomatie helvétique. Aujourd'hui, il regrette que la Suisse renonce à certains de ses engagements pour des motifs qui rendent sa politique peu lisible.

Georges Martin a œuvré durant près de 40 dans la diplomatie helvétique. Aujourd'hui, il regrette que la Suisse renonce à certains de ses engagements pour des motifs qui rendent sa politique peu lisible.

Keystone

«Si la Suisse croit qu'on peut faire une politique façon «Switzerland first», je crois qu'on ne nous pardonnera pas de manquer de solidarité».

L'ancien secrétaire au Département fédéral des affaires étrangères (DFAE), Georges Martin, n'est pas du genre à garder sa langue dans sa poche. A la retraite depuis deux ans, après 38 ans de bons et loyaux services pour la diplomatie helvétique, il se montre pour le moins critique avec la ligne prise par le DFAE après le départ de Didier Brukhalter.

Lors d'une interview, qui sera diffusée mardi prochain sur «Radio Tonic»*, l'ancien diplomate est particulièrement déçu par la tournure prise par deux dossiers qui ont vu la Suisse se dédire d'une manière à brouiller sa neutralité et troubler la confiance de ses partenaires.

Une violation crasse de la neutralité

Le premier dossier est le Traité sur l'interdiction des armes nucléaires (TIAN). Le refus du Conseil fédéral de le signer, même après un vote favorable des deux Chambres à Berne, est pour lui une volte-face qui nuit à la parole de la Suisse: «La Suisse a été avec d'autres le parent de ce traité. Et qu'est-ce qu'on fait en tant que parent? On ne reconnaît pas l'enfant et on dit qu'on ne peut pas le signer en l'état. Cela a provoqué un arrêt des signatures.»

Il déplore que la Suisse joue soudain le jeu des grandes puissances nucléaires: «Une des raisons pour lesquelles on ne signait pas ce traité, c'est parce qu'en le faisant on risquait d'agacer l'OTAN et qu'on n'aurait peut-être pas droit au parapluie nucléaire de l'OTAN. C'est la première fois qu'on voit une violation aussi crasse de la neutralité suisse».

Retrouver de la cohérence

Le même phénomène s'est produit avec le Pacte sur les Migrations de l'ONU, qui avait été fortement soutenu par la Suisse avant que le Conseil fédéral change de cap suite à une campagne virulente de l'UDC: «Notre ambassadeur à New York a été laissé tout seul quand on a placardé son portrait à Zurich en l'accusant d'être l'ennemi du peuple. Je ne crois pas que le Département fédéral des affaires étrangères l'a soutenu, au contraire.»

D'une manière générale, il constate: «Nous sommes dans une phase de rétropédalage. C'est devenu de plus en plus compliqué pour les autres pays de lire la politique étrangère de la Suisse. Nous aurions intérêt à retrouver un peu plus de cohérence.»

«L'UE: un problème helvético-suisse»

Cela dit, et à l'instar des propos du chef du DFAE, Ignazio Cassis, le curseur de la politique extérieure s'est déplacé sur le front de la politique intérieure. Georges Martin le résume bien dans cette appréciation de la crise européenne: «Les relations entre la Suisse et l'Union européenne, c'est un problème helvético-suisse. C'est un problème à Berne, ce n'est pas du tout un problème à Bruxelles, ni un problème entre Berne et Bruxelles, c'est un problème suisse.»

* L'entretien avec Georges Martin réalisé par le journaliste indépendant Grégoire Barbey sera diffusé mardi 4 juin à 19h sur Radio Tonic(www.radiotonic.ch).

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