Inspiré - Il se rit de son cancer des testicules
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InspiréIl se rit de son cancer des testicules

Un ancien animateur de la radio locale biennoise «Canal 3» a imaginé un podcast humoristique pour mieux vivre sa maladie.

par
Vincent Donzé
L’évolution capillaire de Joseph Barnes… en l’espace de quatre heures, avec au passage la crête de Robert De Niro dans «Taxi Driver».

L’évolution capillaire de Joseph Barnes… en l’espace de quatre heures, avec au passage la crête de Robert De Niro dans «Taxi Driver».

Sven de Almeida

Avec «Having A Ball», une expression signifiant qu’on prend du plaisir voire qu’on s’éclate mais aussi qui peut être comprise comme «En n’avoir qu’une», un ancien animateur de la radio locale biennoise «Canal 3», établi à Neuchâtel, réalise un podcast axé sur son cancer des testicules. Les épisodes sont tournés en anglais, avec sous-titrage en français sur YouTube.

La radio jurassienne «Grrif» en a parlé, «Le Journal du Jura» et «ArcInfo» aussi, ainsi que des médias étrangers, si bien que pour Joseph Barnes (40 ans), le succès grandit sur Spotify et YouTube.

Ses anciens auditeurs savent que son humour est corrosif. Joseph Barnes a d’abord créé un groupe WhatsApp pour raconter sa lutte à ses proches sans devoir répondre à leurs questions. Mais comme l’a raconté le journaliste Jérôme Burgener, tout a changé le jour où Joseph s’est rendu dans une banque de sperme, la chimiothérapie pouvant avoir un effet négatif sur la fertilité: «Quand j’ai raconté mon histoire sur mon groupe, tout le monde était hilare», a confié Joseph Barnes.

Colonne et poumons

Cet animateur veut amuser tout en informant, depuis qu’il a ressenti des douleurs dorsales et des problèmes digestifs. Son urologue lui a dit: «J’ai déjà fauché des testicules et, normalement, ça se passe bien». Le cancer s’étant malheureusement étendu à la colonne vertébrale et dans les poumons, il doit suivre quatre chimiothérapies. La troisième a été réalisée vendredi dernier.

Son histoire débute au printemps dernier, lorsque les médecins ont diagnostiqué un cancer des testicules. «Quand je l’ai annoncé à mon père, il m’a demandé si je voulais me mettre au vélo, comme Lance Armstrong…», raconte Joseph. Pétri d’humour noir, cet animateur s’est mis à raconter sa trajectoire en temps réel, à travers le podcast «Having A Ball».

Complice norvégien

Le podcast est réalisé avec son complice norvégien Andreas Enehaug, un ami rencontré à Londres en suivant des cours de cinéma de 2007 à 2009, avec qui il a gardé contact. Avec une mère hollandaise et un père canadien, sa langue maternelle est l’anglais, seule commune avec son complice

«Je n’ai pas réfléchi au deuxième épisode en faisant le premier», indique Joseph, qui diffuse désormais un épisode tous les dix jours pour évoquer son quotidien, mais aussi la réaction de ses amis. Un exemple, tiré de «Grrif»: «Lorsque je suis allé congeler mon sperme à la banque de sperme, ma mère, mon père et mon frère sont venus avec moi. On en a fait une sortie familiale!» Joseph prend soin de ne pas faire de vanne sur les autres patients, ni sur les infirmières.

Quatre épisodes de «Having a Ball» ont été tournés. «Il ne s’agit pas de se moquer du cancer, mais simplement de rire du mien», insiste Joseph. À la recherche d’un emploi dans l’audiovisuel, par exemple pour une voix off, il prévoit la diffusion d’un cinquième épisode ce jeudi. Comment cela finira-t-il? «À ceux qui espèrent de nombreux épisodes, je leur réponds que oui, mais pas trop quand même…».

«Ça m’amuse et ça me fait du bien», conclut Joseph. Lorsqu’il aura fait le tour de son cancer, ce quadragénaire envisage de poursuivre l’aventure en parlant de la maladie en général. «Mais parler d’autre chose, ça m’irait aussi…», rigole-t-il.

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