La Chaux-de-Fonds: Il s’improvise vidéaste pour aider ses collègues commerçants
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La Chaux-de-FondsIl s’improvise vidéaste pour aider ses collègues commerçants

Négociant en vins et en spiritueux, Yves Degoumois se met en scène depuis le début de la pandémie. Plus il plaisante, plus le succès est au rendez-vous.

par
Vincent Donzé
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Une luge et des chapeaux de paille à choix: deux accessoires qui servent de fil rouge à ses présentations.

Une luge et des chapeaux de paille à choix: deux accessoires qui servent de fil rouge à ses présentations.

Lematin.ch/Vincent Donzé
Son commerce n’a pas de vitrine, à la rue de l’Helvétie 27. Avant d’entrer, il faut sonner.

Son commerce n’a pas de vitrine, à la rue de l’Helvétie 27. Avant d’entrer, il faut sonner.

Lematin.ch/Vincent Donzé
Son commerce détonne dans un quartier résidentiel fait de HLM construits bien après la maison de son beau-père.

Son commerce détonne dans un quartier résidentiel fait de HLM construits bien après la maison de son beau-père.

Lematin.ch/Vincent Donzé

Face caméra, sans prompteur mais avec des notes posées sur une table, le commerçant Yves Degoumois (60 ans) déclame son texte le visage et les mains peintes en rouge: «J’en ai marre de ta salade, j’en ai marre de tes pâtes, je veux de la bidoche, de la barbaque, du singe!» Filmé et publié sur YouTube et Facebook par son épouse Arlette, ce teaser est un coup de projecteur: il précède une vidéo tournée dans une boucherie des Bois (JU) et diffusée le lendemain.

Plus il déconne, plus le succès est au rendez-vous: son coup de pub pour la boucherie jurassienne a été vu 16 000 fois sur les réseaux sociaux, son record! Une musique gore, un amateurisme assumé: Yves Degoumois est fier de son coup, mais il ne veut pas être résumé à cette seule vidéo.

Depuis le début de la pandémie, le négociant se met en scène pour donner de la visibilité aux autres commerçants, comme l’a relevé le média neuchâtelois «ArcInfo». Ses fournisseurs ont naturellement sa préférence, mais Yves Degoumois a présenté une trentaine de commerçants avant de se rendre chez à Boudry, chez un vigneron qui travaille avec lui.

Avant la fermeture éventuelle des commerces, Yves Degoumois mettra en boîte une vidéo tournée cette semaine dans un centre de couture, pendant la confection de masques noirs labellisés «Aux 2 Goûts». «Je leur donnerai du fil à retordre», promet-il, sans craindre la fermeture de son magasin de vins et de spiritueux, resté ouvert pendant le premier confinement.

Au rythme de deux vidéos pour un sujet par semaine, publié le jeudi soir à 19 heures, Yves Degoumois a donné de la visibilité ici à une boutique de lingerie, là à un parc animalier. Les commerçants sont-ils satisfaits? «Ils m’adorent! Mais lors du tournage, certains ont le trac…», répond le négociant. Son épouse joue le jeu, mais elle n’est pas sa première fan: «Je subis…», soupire-t-elle.

Dans ses vidéos, «il est cash, trop génial, vraiment lui-même», comme le dit un client reparti avec un carton de six bouteilles de rouge. Son prochain tournage? «Une sauvegarde de hérissons! Il faut que je trouve des caisses en bois de douze bouteilles». A priori, le défi n’est pas insurmontable…

Blocs locatifs

Son commerce, Yves Degoumois l’a ouvert en 2007 dans la villa de son beau-père. Au cœur d’un quartier de blocs locatifs construits bien après sa maisonnette de 1957, les bouteilles s’empilent dans l’appartement du rez-de-chaussée et dans le garage. Si le négociant s’est lancé dans un marketing décalé, c’est par réaction à un chiffre d’affaires coupé en deux.

Approvisionner des manifestations comme le festival du Chant du Gros au Noirmont, les Promos du Locle, la fête de la Mi-Eté à La Brévine, ses Goumoisiennes au Musée paysan ou les matches de hockey du HCC, avec lors d’une rencontre contre le HC Lausanne 86 bouteilles de rhum écoulée dans du thé servi aux buvettes, c’est de l’histoire ancienne. Idem pour la livraison dans les restaurants et les ventes dans les foires et les marchés.

«Il ne me reste que le dernier tiers de mon revenu: mon magasin, sur lequel je dois tout miser», soupire ce spécialiste en whisky. «Il a fallu se réinventer! Encore heureux que la picole soit un produit de première nécessité…», rigole Yves Degoumois.

Le négociant déconne dans ses teasers, mais pas dans son travail, exercé sans alcool: «Si je n’étais pas sérieux, j’aurais roulé sous la table depuis longtemps», glisse-t-il. Par contre, se distinguer des grandes surfaces, c’est impératif pour un petit commerce, qui plus est décentralisé: «Le produit ou le vendeur doit se distinguer. Moi, je suis normal…», sourit Yves Degoumois.

Quinze ans de partenariat avec le festival du Chant du Gros ont cimenté sa notoriété et alimenté ses souvenirs, «Mon badge me donnait accès aux stars: Zebda, Soprano, Mickey 3D, Shaka Ponk, Deep Purple… Les plus célèbres sont les plus simples. Deep Purple? Trois bouteilles d’un simple Bourbon et c’est tout. Les jeunes, eux, veulent du champagne Veuve Clicquot», rapporte le négociant.

Pour Manu Chao, la tequila demandée résultait d’un malentendu: «Son manager a exigé une tequila introuvable, que j’ai dénichée in extremis dans un petit magasin genevois. C’est Manu Chao lui-même qui m’a fourni l’explication: il s’agissait d’une marque facile à trouver lors de sa tournée sud-américaine, dont le nom n’avait pas été remplacé sur la fiche».

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1 commentaire
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Pouetpouet

12.01.2021, 09:10

Navrant,,,