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RapIl sort de cellule pour son concert

En semi-détention, le Vaudois Astreet a obtenu une permission pour se produire sur scène en Valais. Il y chantera un morceau antipolicier. Acceptable?

par
Raphaël Pomey
Astreet a obtenu une permission pour participer à un concert à Conthey (VS).

Astreet a obtenu une permission pour participer à un concert à Conthey (VS).

Sabine Papilloud

«Le corps d’un flic mort, voilà ce qui hante mes rêves. Je veux tous qu’ils crèvent, moi. J’ai envie de leur faire mal.» Début 2011, ces paroles très énervées de «Sale schmitt», un morceau du rappeur Astreet, provoquaient une vive polémique. Ecrites en souvenir d’une intervention musclée – trop, au goût de l’artiste – d’agents d’élite, elles suscitaient la colère de la Conférence des commandants des polices cantonales de Suisse romande. Le jeune homme y couchait sa colère à cause de coups reçus alors qu’il était menotté, selon son récit.

Le canton laisse faire

Actuellement en semi-détention à Lausanne pour une affaire datant de 2009, Astreet n’a pas renoncé à ses rêves de succès dans le hip-hop. Outre son job de tous les jours, sa carrière musicale lui permet d’ailleurs aussi de sortir régulièrement de cellule. Ce soir, du côté de Conthey (VS), le rappeur fera la première partie du Français Seth Gueko, lui aussi connu pour son amour tout relatif de la police. Il y présentera également son nouveau clip anti-UDC. Le show s’annonce «hardcore» et Astreet promet d’y chanter son titre phare, «Sale schmitt». Cette perspective ne pose pas problème au Service pénitentiaire vaudois (SPEN). «Nous n’avons pas à préjuger de la valeur d’une chanson, surtout qu’elle n’a pas valu de condamnation à son auteur», note Anthony Brovarone, porte-parole. Il ajoute que, si une personne en semi-détention «joue le jeu» et se montre «digne de con-fiance», il faut «favoriser sa resocialisation». Comme, dans le cas d’Astreet, en menant aussi «sa carrière d’artiste hip-hop».

Une aubaine

Cette philosophie est une aubaine pour Pescor Production, la société qui coorganise la soirée. Ce n’est que jeudi qu’elle a reçu le feu vert définitif du canton de Vaud pour la présence d’Astreet: «Nous voulions vraiment l’avoir. En Valais, beaucoup de gens suivent sa carrière.» Pescor raconte avoir «vraiment insisté» auprès du canton de Vaud pour faire venir le rappeur, dont il connaissait les ennuis judiciaires lorsqu’il lui a proposé la première partie de Seth Gueko. «J’ai dû montrer les contrats, prouver que c’était sérieux.» Le concert devrait attirer 800?personnes. Jean-Philippe Rochat, président de l’Association professionnelle des gendarmes vaudois, ne sera pas parmi eux. «Dans une optique de resocialisation, on laisse quelqu’un cracher sur la police. Cela me surprend.» Selon lui, les propos d’Astreet alimentent une agressivité des jeunes contre la maréchaussée, contre laquelle lutte une campagne de la Fédération suisse des fonctionnaires de police. «Que ce jeune puisse s’épanouir, c’est bien. Mais tenir des propos haineux contre la police, est-ce cela s’épanouir?»

De son côté, Astreet n’entend pas changer une ligne dans ses paroles. Mais il assure qu’il n’écrirait plus la même chanson aujourd’hui. «Je l’avais fait sous le coup de l’émotion.»

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