Sécurité: Il veut des cours de tir à l'école!

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SécuritéIl veut des cours de tir à l'école!

Face au terrorisme, le député tessinois Paolo Pamini préconise des leçons sur le maniement des armes. Sa provocation passe plutôt mal.

par
Vincent Donzé
Keystone

Apprendre aux élèves à manier un fusil d'assaut, à l'école obligatoire? Dans une tribune publiée dans le Corriere del Ticino, le député tessinois Paolo Pamini jette un pavé dans la marre! Il propose d'initier les écoliers au maniement des armes pour répondre à la terreur. «En proposant des cours de tir à l'école, je veux susciter le débat», admet Paolo Pamini

Sa formation politique, c'est Area Liberale, un parti «d'orientation libérale classique», selon ses termes, qui pactise avec l'UDC. Sa réflexion sur les armes s'est forcément musclée après les attentats parisiens du 23 novembre: «Y aurait-il eu plus ou moins de morts avec des clients armés d'un pistolet?», interroge ce conseiller fiscal de 38 ans, pour qui la vocation d'une arme est défensive autant qu'offensive.

Forte densité d'armes

Des cours de tirs à l'école obligatoire, sans rire? «Partons du principe que notre pays possède une forte densité d'armes. Instruire la population à leur maniement, c'est un gage de sécurité», affirme Paolo Pamini.

Après un éclat de rire, le président de la Société des enseignants romands (SER) estime que l'idée du député tessinois «est la pire jamais proposée». Georges Pasquier perçoit dans cette provocation une «éducation à l'autodéfense», alors que dans les préaux, «les élèves ont les armes en aversion après chaque tuerie dans une école américaine».

«Les plus petits jouent toujours au gendarme et au voleur, mais un pistolet, même factice, ne fascine plus autant qu'un gadget électronique», poursuit Georges Pasquier. C'est la brèche dans laquelle s'engouffre Paolo Pamini: «Les jeunes utilisent des armes virtuelles comme des jouets: il est temps de les confronter à la réalité.»

«Quelle horreur! J'y crois pas…» s'exclame Monika Maire-Hefti, future présidente de la Conférence intercantonale de l'Instruction publique de la Suisse romande et du Tessin (CIIP). Une horreur? «Les armes n'ont rien à faire à l'école!»

«La branche qu'il faut introduire, ce n'est pas le maniement des armes, c'est la communication non-violente. Le respect de soi et celui des autres, c'est la matière à enseigner», reprend Monika Maire-Hefti, cheffe du Département neuchâtelois de l'éducation.

C'est sur le terrain que la provocation de Paolo Pamini passe le plus mal. Chef des jeunes tireurs à la Fédération jurassienne de tir, Roland Tschumy dépose les armes: «J'arrêterais tout si l'intention des tireurs n'était pas purement sportive.» Une façon de dire qu'il s'opposerait «vigoureusement» à l'idée d'armer des jeunes «imatures».

Petit calibre à 10 ans

Tirer quand on est jeune, c'est une tradition zurichoise au Knabenschiessen. Dans les stands de tir, la formation débute à 10 ans, mais uniquement au petit calibre, avec des armes à air comprimé.

Pour tirer à 300 mètres au fusil d'assaut, l'âge limite est fixé à 13 ans. Selon Roland Tschumy, «c'est cette arme qui serait utile dans l'esprit de Donald Trump». Et dans celui de Paolo Pamini. Mais la règle appliquée par les fédérations veut qu'un mineur ne dispose pas d'une telle arme en dehors du stand. «On ne rentre pas à la maison avec un FAS90!», insiste Roland Tschumy.

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