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ÉcoleIl veut supprimer les notes de français

Le président du Parti socialiste bernois propose de ne plus noter les élèves. Tollé dans la classe politique.

par
Laure Lugon Zugravu
Berne a introduit une méthode d’enseignement du français qui serait incompatible avec les notes.

Berne a introduit une méthode d’enseignement du français qui serait incompatible avec les notes.

Patrick Martin

 Nouvelle attaque contre le français en Suisse alémanique. Mais cette fois la menace vient du président du Parti socialiste bernois, Roland Näf. Il propose de supprimer la notation du français en 6e à l’école primaire, car la méthode didactique ne s’y prêterait pas.

Pourtant défenseur du français et parfait bilingue, ce dernier se défend de vouloir affaiblir la deuxième langue nationale: «La méthode d’apprentissage introduite à Berne il y a trois ans est basée sur le constructivisme. Les élèves n’apprennent ni la grammaire, ni la syntaxe, c’est la compréhension qui compte. Dans ce contexte, c’est impossible de comparer le niveau de connaissances des élèves et de les sélectionner sur cette base pour la suite de leur scolarité.» Des examens basés sur la compréhension, mission impossible? «Les professeurs n’ont pas les outils. Ça leur prendrait cinq à six heures de travail et ils n’ont pas le temps!»

Une méthode désastreuse

Un argumentaire qui fait bondir Jean Romain, député PLR (GE), philosophe et ancien professeur: «Ce sont les sottises pédagogiques habituelles, de la bouillie pour chats! Ces méthodes constructivistes ne marchent tout simplement pas, c’est pour cela qu’ils veulent supprimer les notes. Car elles révéleraient l’ampleur du désastre!»

Pire encore, l’initiative amènerait de l’eau au moulin de ceux qui veulent la peau du français. «Les notes sont une bonne manière de donner du crédit à une discipline. Les supprimer, c’est faire passer le message aux élèves que ce travail n’est pas rentable», poursuit Jean Romain. Hans Fehr, conseiller national (UDC/ZH), ne dit pas autre chose: «Sans notes, la tâche n’est pas prise au sérieux. Elles sont un gage de respect, et la seconde langue nationale le mérite.» Un avis que partage le conseiller national valaisan Mathias Reynard, pourtant socialiste comme le Bernois à l’origine de la proposition: «La question des notes fait certes débat dans nos rangs. Mais on se bat aussi pour sauver le français à l’école. Je trouve peu subtil de lancer cette idée qui va affaiblir encore un peu plus le maintien du français.»

Certains UDC alémaniques prônent en effet l’apprentissage d’une seule langue étrangère à l’école, et beaucoup entendent par là l’anglais. «Je préfère pour ma part le français, note le conseiller national Peter Keller (UDC/NW). Mais la proposition bernoise renforcera les partisans de l’anglais.» Si tout le monde le dit, Roland Näf finira peut-être bien par y croire. C’est probablement ce que ne vont pas manquer de lui rappeler ses coreligionnaires.

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