Suicide assisté: Il vient mourir en Suisse et force son pays à réfléchir

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Suicide assistéIl vient mourir en Suisse et force son pays à réfléchir

Vendredi, un Australien de 54 ans a eu recours à l'assistance au suicide dans une clinique suisse. Il a tenu à médiatiser son cas.

par
Renaud Michiels
Troy Thornton est parti accompagné par son épouse Chris. Mais il aurait voulu effectuer son dernier voyage chez lui, à Melbourne.

Troy Thornton est parti accompagné par son épouse Chris. Mais il aurait voulu effectuer son dernier voyage chez lui, à Melbourne.

Le destin de Troy Thornton émeut et agite l'Australie. Cet ancien pompier de Melbourne est venu la semaine dernière en Suisse. Il a admiré les Alpes avec son épouse et un ami proche. Ils se sont offert quelques bons repas. Puis, vendredi, ils se sont rendus à la clinique Life Circle, à Bâle. Troy Thornton a pris la main de sa femme. A écouté sa chanson préférée, Sailing, de Christopher Cross. A lâché: «Plus de mots. Je m'en vais, maintenant.». Il a ingéré la potion létale et il est mort. Il avait seulement 54 ans.

Troy Thornton avait voulu médiatiser son dernier voyage pour que l'Australie questionne ses lois sur l'assistance au suicide. Il vivait pourtant dans l'État de Victoria, le plus «ouvert» en la matière. État qui vient d'adopter une loi sur le sujet, qui entrera bientôt en vigueur. Mais elle est trop restrictive pour son cas.

Obligation de décéder avant un an

L'Australien souffrait d'atrophie multisytématisée, une maladie neurodégénérative. Or le règlement de son État précise que pour avoir droit à un suicide assisté il faut souffrir d'une maladie incurable. C'est son cas. Mais deux médecins doivent aussi attester du caractère terminal de la maladie, en avançant que la personne atteinte décédera dans les douze mois… Pour Troy Thornton c'était impossible à affirmer.

Troy Thornton souhaitait partir chez lui, à Melbourne, accompagné de ses proches, de sa famille. Avec son fils Jack, 17 ans et sa fille Laura, 14 ans, à ses côtés. Mais c'était impossible. La semaine dernière, il a donc expliqué sa démarche aux médias australiens.

Comme une «coquille paralysée»

Il est d'abord revenu sur le diagnostic de sa maladie, tombé en 2014. «Je ne voulais pas m'asseoir et laisser la maladie suivre son cours. Je ne voulais pas que mes enfants ou ma femme Chris se souviennent de moi à nu, sans dignité, sans contrôle sur mon corps, comme une coquille paralysée de l'homme que j'avais été.»

«Après un temps, la maladie attaque différents systèmes, respirer, avaler. J'aurais fini me noyant dans ma propre muqueuse», avait-il enchaîné. «D'abord vous ne pouvez plus nager, puis plus courir, marcher, taper dans un ballon avec vos enfants, vous ne pouvez plus surfer, conduire. Finalement, ça prend votre carrière. Et vous finissez par être un légume.» Et de plaider: «quand il s'agit de notre vie, nous devrions avoir le contrôle, nous devrions pouvoir choisir.»

Sa famille continue la lutte

Troy Thornton s'en est maintenant allé. Mais ses proches espèrent que son cas engendrera un débat sur le suicide assisté en Australie. C'est le cas de sa mère, Barbara Spencer, qui a tenu à donner de la voix dans «The Age», priant les politiciens de son pays de «prendre bonne note» de l'histoire de son fils.

«Quelque chose doit être fait» a-t-elle insisté, espérant que, demain, les Australiens qui souhaitent partir n'aient plus à voyager au loin. «J'espère que ce sera son héritage.»

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