France: Il y a 20 ans disparaissait François Mitterrand
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FranceIl y a 20 ans disparaissait François Mitterrand

Resté deux septennats à l'Elysée, l'ex-président français est décédé le 8 janvier 1996, à l'âge de 79 ans des suites d'un cancer longtemps tenu secret.

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cht avec afp
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La France commémore le décès il y a 20 ans de François Mitterrand, premier président socialiste de la Ve République.

La France commémore le décès il y a 20 ans de François Mitterrand, premier président socialiste de la Ve République.

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François Mitterrand (1er à gauche, debout) naît le 26 octobre 1916 à Jarnac, en Charente. (Photo non datée).

François Mitterrand (1er à gauche, debout) naît le 26 octobre 1916 à Jarnac, en Charente. (Photo non datée).

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Entre 1940 et 1941, Mitterrand (2e debout depuis la droite) est mobilisé pour la Seconde Guerre mondiale et rejoint le front en Alsace puis dans les Ardennes. Blessé près de Verdun et fait prisonnier par les allemands, il s'évade.

Entre 1940 et 1941, Mitterrand (2e debout depuis la droite) est mobilisé pour la Seconde Guerre mondiale et rejoint le front en Alsace puis dans les Ardennes. Blessé près de Verdun et fait prisonnier par les allemands, il s'évade.

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L'année 2016 est une année François Mitterrand, avec le 8 janvier le 20e anniversaire de la mort de l'ancien président de la République française et le 26 octobre, le centième anniversaire de sa naissance.

Le cancer de la prostate qui l'a emporté avait été diagnostiqué en 1981, après sa prise de fonctions. Opéré une première fois en septembre 1992, Mitterrand avait alors évoqué publiquement sa maladie après une émission dans laquelle il défendait le traité de Maastricht et durant laquelle il avait tardé à revenir après une pause publicitaire. Sa maladie est alors révélée à tous les Français. Depuis, Mitterrand était soumis à d'éprouvants traitements chimiothérapeutiques et radiothérapeutiques, avec une 2ème intervention en juillet 1994.

L'entretien où il évoque sa maladie

Intense émotion

Sa mort est survenue à 08h30 dans l'appartement parisien du 9, de l'avenue Frédéric Le Play, mis à sa disposition par l'Etat après son départ de l'Elysée. Il y menait une existence discrète et travaillait à la rédaction d'un ouvrage sur sa politique étrangère.

L'annonce de son décès avait suscité une intense émotion, non seulement en France, mais aussi à travers le monde. Le chancelier allemand Helmut Kohl, l'ancien président américain George Bush père et l'ancien Premier ministre britannique Margaret Thatcher avaient été les premiers à réagir. Yasser Arafat, le président de l'Autorité palestinienne, avait été le premier dirigeant étranger à s'incliner devant la dépouille. Des centaines d'anonymes avaient défilé devant l'immeuble où reposait le défunt. Parmi eux, beaucoup de jeunes, certains arborant une rose rouge à la main.

Le JT de France 2 ce jour-là

Un parcours politique exceptionnel

Simple figure historique pour les plus jeunes, acteur politique essentiel, haï autant qu'admiré, pour leurs aînés, François Mitterrand a suivi un parcours politique sans précédent depuis la Libération. Parlementaire pendant 35 ans, 11 fois ministre sous la IVe République, président de la Vème durant 14 ans, il incarnait le renouveau du socialisme français et l'union de la gauche.

Mitterrand avait été élu président contre Valéry Giscard d'Estaing, le 10 mai 1981. Les Français découvrent alors la «force tranquille» de cet homme qui avait échoué en 1965 contre le général de Gaulle et en 1974 contre VGE.

Sa première déclaration en tant que président en 1981

Une cohabitation difficile

D'abord président du «changement» avec les réformes économiques et sociales (nationalisations, retraite à 60 ans, 5ème semaine de congés payés) ou de société (décentralisation, abolition de la peine de mort), il sera ensuite celui de la rigueur avant d'être le premier à gérer une cohabitation, en 1986.

Côte à côte, François Mitterrand et le Premier ministre de droite Jacques Chirac représentent la France lors de sommets internationaux entre 1986 et 1988. De cette cohabitation de plus en plus conflictuelle, François Mitterrand sort vainqueur à la présidentielle de 1988.

Le débat d'anthologie entre les deux hommes

Militant de l'Europe

Sur la scène internationale, il se veut d'abord l'avocat du tiers-monde. Mais c'est l'image du «militant acharné de l'Europe» qu'il s'attache le plus à façonner en oeuvrant à la construction européenne.

Issu de la moyenne bourgeoisie charentaise, catholique et de droite, il naît à Jarnac le 26 octobre 1916. Il monte à Paris en 1934 «faire son droit». Un moment attiré par la pensée de la droite nationale, François Mitterrand, plus individualiste que militant, adhère pendant quelques mois aux Croix de Feu du colonel François de La Rocque.

Prisonnier des Allemands en juin 1940, il réussit à s'évader à la troisième tentative, en décembre 1941. A Vichy, en 1942, il travaille au Commissariat aux Prisonniers. Plusieurs de ses écrits de l'époque expriment une adhésion aux thèses de la «révolution nationale» du maréchal Pétain, mais à aucun moment il n'épousera l'idéologie antisémite, de même qu'il restera constamment anti-allemand.

Le résistant Morland

Menant de front une activité à Vichy et un travail clandestin pour la Résistance, il rejoint la clandestinité en 1943 pour animer, sous le nom de «capitaine Morland», le réseau des prisonniers de guerre et déportés. A la Libération, en 1944, il épouse Danielle Gouze dont il aura deux fils, Jean-Christophe et Gilbert.

En 1946, il devient député de la Nièvre. Un an plus tard, il est le plus jeune ministre de la IVe République naissante. Jusqu'en 1957, il occupe des portefeuilles importants (comme l'Intérieur ou la Justice) dans plusieurs gouvernements.

Il est donné à plusieurs reprises comme un «politicien fini» après l'affaire de l'Observatoire en 1959 - il aurait lui-même commandité un attentat afin de regagner les faveurs de l'opinion -, le «faux pas» de mai 1968 - sa déclaration de candidature à une présidentielle anticipée est mal perçue - et l'échec à la présidentielle de 1974.

Ténacité et habileté

A chaque fois, il va pourtant réussir à revenir au premier plan grâce à sa ténacité et son habileté. Sa manière d'alterner thèse et antithèse dans le propos ou le comportement lui valent d'être qualifié de «florentin», terme qu'il récuse en mettant en avant sa volonté de ne jamais se laisser enfermer dans un raisonnement.

En 1965, il met le Général de Gaulle en ballottage et, en 1971, fonde le nouveau Parti socialiste. S'appuyant sur l'union avec les communistes, il ramène, en 1981, la gauche au pouvoir pour la première fois depuis le «Front populaire». Au prix de remises en question, il installera une gauche gestionnaire dans la durée.

L'ancien adversaire acharné de la Constitution de 1958 et de son inspirateur, Charles de Gaulle, se glissera aisément, durant ses deux mandats, dans les habits et le protocole solennels du «monarque républicain».

Mazarine et cancer

Le 17 mai 1995, épuisé par son cancer de la prostate diagnostiqué en 1981 mais tenu secret pendant de longues années, il laisse la place à Jacques Chirac. Il meurt sept mois plus tard.

En 1994, avait été révélée publiquement l'existence d'une fille, née hors mariage, Mazarine. L'image de la double famille de François Mitterrand, devant son cercueil, dans le cimetière de Jarnac, frappe les esprits, à une époque où la vie privée des hommes politiques est encore un tabou.

Le scandale raconté par Arte

Toutes ces facettes du personnage donnent lieu à encore bien des exégèses et controverses, comme en témoigne l'abondante floraison de livres et d'émissions de télévision qui entoure cet anniversaire.

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