Impuissance - Il y a un scandale du Viagra en Suisse
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ImpuissanceIl y a un scandale du Viagra en Suisse

L’avocat lausannois Jean-Michel Duc dénonce un scandale du Viagra en Suisse, qui est trop cher et n’est pas remboursé en cas de maladies graves entraînant des troubles de l’érection.

par
Eric Felley
La petite pilule bleue vaut dans les 20 francs la dose, lorsqu’elle est prescrite par un médecin et achetée en pharmacie.

La petite pilule bleue vaut dans les 20 francs la dose, lorsqu’elle est prescrite par un médecin et achetée en pharmacie.

Pfizer

Après avoir subi une ablation de la prostate en 2018, un homme de 68 ans s’est retrouvé avec des troubles de l’érection. Son médecin lui a prescrit du Viagra pour faire face à cette situation, mais son assurance a refusé la prise en charge. Il a pris un avocat, Jean-Michel Duc à Lausanne, spécialiste dans le domaine de la santé. Mais la pilule bleue ainsi que des médicaments analogues ne figurent pas dans la liste des spécialités remboursables. L’assurance n’a en rien cédé.

L’avocat trouve que cette situation est scandaleuse pour les patients helvétiques: «Dans tous nos pays voisins, cette situation médicale donne droit à la prise en charge par l’assurance-maladie de ce type de médicaments, et cela depuis plus d’une dizaine d’années». Beaucoup d’hommes sont concernés à partir d’un certain âge à cause de différentes pathologies, affections, traitements ou actes chirurgicaux. Afin de retrouver une certaine qualité de vie, l’assurance de base devrait, selon lui, prendre en charge la remise en forme du patient dans sa vie de couple.

Préavis favorable au début…

Pour comprendre la situation helvétique, il faut remonter à l’arrivée du Viagra sur le marché à la fin des années 90. À l’époque, la Commission fédérale des médicaments (CFM) avait donné un avis favorable au remboursement de quatre comprimés au maximum par mois pour des dysfonctions érectiles existant depuis six mois au moins. Le champ d’application était vaste, trop sans doute, et l’Office fédéral des assurances sociales, compétentes à cette époque, n’avait pas voulu l’intégrer à la liste des spécialités, craignant des abus. Et la situation n’a plus changé.

Jean-Michel Duc aimerait que cela change. Il a écrit à l’Office fédéral de la santé publique (OFSP), aujourd’hui compétente, pour lui demander d’entreprendre des démarches pour que ce type de médicaments soit intégré à la liste. L’office lui a répondu, qu’elle ne pouvait rien faire de son côté. Dans la procédure, ce sont les titulaires d’autorisation de mise sur le marché des médicaments qui doivent faire la démarche pour que leur produit soit dans la liste. L’avocat a donc pris contact avec les trois sociétés titulaires en Suisse, mais il s’est rendu compte qu’aucunes ne voulaient le faire. Pour lui, c’est une question d’argent: «L’introduction de ces médicaments dans la liste aurait comme conséquence probable de diminuer leur prix de vente. Le prix du Viagra est près de quatre fois plus cher en Suisse qu’en France…»

20 francs la dose

Le problème c’est bien le prix. Délivré sur ordonnance, le Viagra n’est pas bon marché. Il coûte environ 20 francs pour une seule pilule au dosage moyen. Depuis son arrivée sur le marché, il a provoqué des contrefaçons et un marché noir phénoménal. Beaucoup en commandent sur internet, où on peut le trouver pour dix fois cher, souvent venant d’Inde ou d’Asie. Ces importations illégales ont explosé ces dernières années. En 2020, les douanes ont intercepté plus de 7000 envois de médicaments de l’étranger, dont près de 90% concernaient des «inducteurs de l’érection».

Intégrer aujourd’hui ce type de médicament dans la liste des spécialités ferait baisser leur prix et permettrait de lutter contre ce phénomène d’importation. D’autant plus que Swissmedic avertit chaque année que les produits achetés sur internet sont de qualité aléatoire et dangereuse pour la santé. Dans ce contexte, Jean-Michel Duc a réécrit à l’OFSP afin qu’il fasse les démarches nécessaires à l’inscription des médicaments contre les troubles érectiles dans la LS. Il attend la réponse.

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