Valais: Il y a vingt ans survenait la mortelle tragédie d'Evolène
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ValaisIl y a vingt ans survenait la mortelle tragédie d'Evolène

En février 1999, après une semaine de précipitations dantesques sur les Alpes, une avalanche inouïe s'abattit sur Evolène. Détruisant tout sur son passage, elle emporta douze vies humaines.

par
Eric Felley
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Les avalanches sont descendues le dimanche 21 février à 20 h 27... Le lendemain matin, les secouristes cherchaient les victimes sous des masses de neige mouillées et lourdes, où la chance de retrouver des survivants étaient nulles.

Les avalanches sont descendues le dimanche 21 février à 20 h 27... Le lendemain matin, les secouristes cherchaient les victimes sous des masses de neige mouillées et lourdes, où la chance de retrouver des survivants étaient nulles.

Gilbert Vogt
C'est au matin du 22 février, à la lumière du jour, que les habitants d'Evolène ont pu mesurer l'ampleur de la catastrophe qui s'étaient abattue sur eux durant la nuit, enlevant douze vies au passage.

C'est au matin du 22 février, à la lumière du jour, que les habitants d'Evolène ont pu mesurer l'ampleur de la catastrophe qui s'étaient abattue sur eux durant la nuit, enlevant douze vies au passage.

Gilbert Vogt
Le 23 février «Le Matin», comme toute la presse helvétique, faisait la une avec les avalanches. Toute la Suisse était touchée par la mort blanche. 26 personnes sont décédées en Suisse durant ces intempéries, dont 12 à Evolène.

Le 23 février «Le Matin», comme toute la presse helvétique, faisait la une avec les avalanches. Toute la Suisse était touchée par la mort blanche. 26 personnes sont décédées en Suisse durant ces intempéries, dont 12 à Evolène.

DR

Il y a vingt ans, la météo était tout le contraire de ces jours-ci. A partir du 15 février, le ciel helvétique était bouché. Durant des jours, il n'a cessé de neiger en altitude. Chaque soir plus de cinquante centimètres de fraîche. Le dernier hiver du siècle se terminait dans des conditions féeriques. Mais, au fil des jours, la situation devenait de plus en plus menaçante, voire oppressante. Tous les degrés d'alerte étaient allègrement franchis pour atteindre le maximum. Le danger d'avalanche avait atteint le niveau 5 dans la grande majorité des vallées alpines.

Mauvais endroit....

On s'attendait à ce que des avalanches descendent un peu partout. Une d'entre elles est finalement tombée là où l'on ne s'y attendait pas de mémoire d'homme. Le 21 février, un dimanche soir, alors que de nombreux axes étaient fermés, une avalanche est partie comme un ras-de-marée en-dessus d'Evolène, se divisant en deux coulées. Les habitants ont parlé de «lave», tant elle était compacte, déterminée et ravageant tout sur son passage. Au bout du compte, elle a emporté douze personnes que la fatalité avaient placés là, au mauvais endroit, au mauvais moment. Entre Evolène et les Haudères.

Chalets détruits

A l'époque, Charly Wuilloud, chef de la section des dangers naturels à l'Etat du Valais, avait tout de suite relevé le caractère impitoyable de la coulée: «La neige est si lourde que les pressions à l'intérieur de l'avalanche sont de l'ordre de 550 kilos par mètre cube. L'avalanche a roulé comme un bulldozer qui a tout écrasé.» Elle a même déraciné des arbres centenaires et finalement détruit 9 chalets.

Au bout du voyage...

C'est dans l'un d'entre eux, que cinq ressortissants français ont trouvé la mort. Jean-Louis Combes, magistrat français de Caen, y a perdu sa femme, sa fille, son gendre, son petit-fils et un ami. Il déposera plainte contre les autorités d'Evolène pour ne pas avoir fait évacuer le chalet alors que le danger était au maximum. Trois autres touristes français qui se promenaient dehors ont été surpris par la coulée, tandis que leur fille s'en tirait miraculeusement. Sur la route des Haudères, un véhicule communal occupé par deux jeunes fiancés de la région, Jean-Yves Anzévui et Sylvie Métrailler, était happé par la vague mortelle. Enfin, quelque temps plus tard, on découvrait dans une voiture broyée les corps d'un couple venu d'Allemagne le jour même et arrivé à l'heure fatidique au bout de leur voyage...

4 à 5 mètres de neige

Le président d'Evolène, Pierre-Henri Pralong, regardait la télévision lorsque l'électricité a été coupée à 20 h 25: «Je suis sorti et j'ai entendu l'avalanche. Un bruit sourd, pas très fort, un peu comme une grosse rivière», déclarait-t-il au correspondant du «Matin» d'alors, Jean Bonnard. «La coulée, qui avait emprunté le couloir du torrent Le Bréquet, avait tout emporté jusqu'en dessous de la route, précisait-il, où la couche de neige atteignait au moins 4 à 5 mètres de haut. L'avalanche qui est passée à la hauteur de la jonction des deux routes en aval de La Tour, avait arraché quatre ou cinq chalets. Je suis aussitôt monté sur la coulée pour voir si la colonie située juste en aval et qui abritait une trentaine d'enfants, avait résisté: la masse de neige avait buté contre l'immeuble où se trouvaient les gosses, mais la maison a tenu bon!»

Négligence

Plus tard, Pierre-Henri Pralong, ainsi que le guide André Georges en charge de la sécurité de la commune, ont dû répondre devant la justice valaisanne. Malgré un fort soutien des milieux de la montagne, le Tribunal cantonal valaisan les a condamné en 2005 pour homicide par négligence, une sanction confirmée par le Tribunal fédéral l'année suivante.

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