Canton de Vaud: «Il zigzaguait avant l'accident»
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Canton de Vaud«Il zigzaguait avant l'accident»

Cela fait deux ans qu’André attend de savoir pour quelles raisons sa sœur a été mortellement percutée sur un passage piéton de Lutry. Le conducteur fautif sera jugé aujourd’hui.

par
Benjamin Pillard
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André Daccord, frère de la victime.

André Daccord, frère de la victime.

Darrin Vanselow
L'accident s'est déroulé sur ce passage piéton situé à la frontière entre les communes de Paudex et Lutry, dans l'Est lausannois.

L'accident s'est déroulé sur ce passage piéton situé à la frontière entre les communes de Paudex et Lutry, dans l'Est lausannois.

Darrin Vanselow

«On ne m’a rien communiqué, je ne sais toujours pas exactement de quoi Marguerite est décédée… j’ai pourtant le droit de savoir ce qui s’est passé!» Il y a deux ans presque jour pour jour, André Daccord (74 ans) perdait sa sœur dans des circonstances dramatiques.

Fauchée en bas de son immeuble de Lutry (VD) situé à l’entrée ouest de cette commune proche de Lausanne, alors que la riveraine de 68 ans se rendait chez son physiothérapeute, de l’autre côté de la route. Le drame s’est déroulé sur un passage piéton (sis sur le territoire communal voisin de Paudex), en plein jour – il était midi – et le long d’une chaussée sèche et rectiligne.

«J’ai été mis au courant de l’accident par une amie de ma sœur qui avait constaté la présence des secours devant l’immeuble et de la police qui avait bouclé la route du Simplon», se souvient le retraité, ex-employé de banque. «Je me trouvais à une vingtaine de minutes en voiture du CHUV. À mon arrivée, elle avait déjà succombé à ses blessures. Depuis, je suis dans le brouillard le plus total. Je ne trouve pas normal de ne pas avoir été mis au courant d’un minimum d’éléments avant le procès de l’automobiliste. J’en aurais eu besoin pour faire mon deuil.»

À la demande du conducteur fautif, un Vaudois aujourd’hui âgé de 82 ans, une audience pénale délocalisée débutera sur les lieux du drame. «Je n’arrive pas à comprendre que le tribunal lui ait accordé une reconstitution alors que l’accident est on ne peut plus clair. Ce procès aurait déjà pu se tenir l’an dernier s’il n’avait pas joué la montre en multipliant les réquisitions ou les reports d’auditions», relève André Daccord.

61 ans de conduite sans accroc

L’un des seuls éléments d’enquête porté à sa connaissance est le fait que le conducteur octogénaire était suivi par un autre automobiliste. «Avant l’accident, la Mini Cooper du fautif zigzaguait; c’est établi. Il devait sûrement bidouiller quelque chose, ou avoir un passage à blanc. Mais qu’il l’admette, au lieu d’oser dire qu’il n’a pas vu ma sœur en raison de sa taille, masquée par le panneau de l’îlot de circulation!»

En l’occurrence, Marguerite mesurait près de 1,75 m. «Tout le monde l’appelait «la grande» à Lutry», lâche le septuagénaire, domicilié dans la même commune. Veuve depuis 2005, la jeune retraitée avait travaillé toute sa carrière comme téléphoniste chez Philip Morris, dès l’ouverture du siège européen du cigarettier, à Lausanne. Victime d’un AVC en 2012, elle s’était «bien remise», assure son frère.

«Mon client a été extrêmement affecté par cet accident», réagit l’avocat et ami de l’octogénaire, Me Philippe Richard. «Ce jour-là, il comptait prendre l’autoroute (ndlr: à 3 km du lieu de l’accident) pour aller visiter une exposition du côté de Martigny (VS). C’est quelqu’un qui a 61 ans de conduite sans le moindre incident…»

André Daccord s’engage pour sa part à ne pas demander d’indemnité pour tort moral: «Je suis certes dans la souffrance, mais c’est trop facile d’aller demander de l’argent à ce titre. Je demande simplement que le fautif et son assurance paient mes frais liés au décès.» Soit près de 32'000 fr.

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