Droits humains: Ilham Tohti reçoit le Prix Martin Ennals
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Droits humainsIlham Tohti reçoit le Prix Martin Ennals

Le «Nobel des droits de l'homme» a été décerné mardi à l'intellectuel ouïgour, emprisonné à vie en Chine.

L'Ouïgour Ilham Tohti en juin 2010.

L'Ouïgour Ilham Tohti en juin 2010.

AFP

Ilham Tohti, condamné à la réclusion à perpétuité en Chine, a été honoré mardi par le Prix Martin Ennals 2016 pour les défenseurs des droits de l'homme. Sa fille a espéré à Genève que cette distinction montre le «mensonge» dont il est victime.

La situation d'Ilham Tohti «ne peut pas être pire», a déclaré devant la presse Jewhar Ilham qui vit aux Etats-Unis. Elle n'a plus vu son père depuis 2013. Elle ne redoute pas de représailles après ce prix dont il n'a pas pris connaissance et qui devait être remis en soirée par le Haut Commissaire de l'ONU aux droits de l'homme Zeid Raad al-Hussein.

En revanche, elle appelle à protester contre sa condamnation après les prix. Lors des visites, Ilham Tohti et sa famille ne peuvent pas aborder de thèmes liés à sa détention. Mais les proches de Jewhar Ilham ont pu constater que le défenseur des droits de l'homme a perdu du poids. Une cousine a été emprisonnée parce qu'un portrait de cet économiste figurait sur son téléphone.

Ilham Tohti, universitaire ouïghour, a été condamné en septembre 2014 à la prison à vie. En cause: ses commentaires devant ses étudiants au sujet du Xinjiang, région de l'ouest chinois rétive à la tutelle de Pékin.

Jugé en appel

L'intellectuel a été accusé de «séparatisme» par un tribunal d'Urumqi, capitale du Xinjiang, une charge dont il s'est défendu lors d'un procès qui a suscité une levée de boucliers à l'étranger.

«La vraie honte de cette situation est que, en éliminant la voix modérée d'Ilham Tohti, le gouvernement chinois jette en fait les bases de l'extrémisme alors même qu'il dit vouloir l'empêcher», a déclaré le président de la Fondation Martin Ennals, Dick Oosting. Le prix aura «un effet», a estimé un proche de M. Ilham.

Notamment pour éviter de laisser la Chine tenter de changer la discussion sur les droits de l'homme. Le gouvernement a lancé des actions politiques et commerciales et parfois des menaces contre la Fondation et les ONG qui la soutiennent, a expliqué le directeur de l'une d'entre elles.

Ilham Tohti a longtemps dénoncé depuis Pékin la répression visant les Ouïghours, des musulmans turcophones représentant la première ethnie du Xinjiang. L'intellectuel n'a cependant jamais demandé l'indépendance pour cette région.

Plainte attendue

Durant son procès sous haute sécurité à Urumqi, la capitale du Xinjiang, il avait réfuté tout séparatisme. Il avait affirmé avoir simplement professé ses opinions lors des cours qu'il donnait à l'Université centrale des nationalités de Pékin. En novembre 2014, sa condamnation a été confirmée en appel.

La journaliste syrienne Razan Zeitouneh, enlevée avec son mari et deux collègues depuis fin 2013, et des blogueurs éthiopiens avaient également été nominés pour cette distinction.

La première avait lancé un Centre de documentation des violations dans les prisons syriennes. Sa soeur a souhaité que son action «puisse être entendue». Une plainte sera déposée prochainement contre le gouvernement et les islamistes de Jaich al-Islam, les probables ravisseurs de la journaliste.

Dizaine d'ONG

Présent aussi à Genève, l'un des blogueurs éthiopiens a pour sa part estimé que les manifestants dans son pays vont contraindre le gouvernement à accorder davantage de droits. Parmi les neuf blogueurs, six ont été arrêtés puis relâchés. Trois sont en exil et quatre sont interdits de quitter l'Ethiopie. Un a été brièvement détenu après les récentes tensions dans la région d'Oromia.

Le prix Martin Ennals, considéré comme le «Nobel des droits de l'Homme», a été lancé en 1993 pour honorer ceux qui font preuve d'un «profond engagement» pour défendre les droits humains. Il porte le nom de Martin Ennals, activiste britannique décédé en 1991 qui a été secrétaire général d'Amnesty International de 1968 à 1980.

Il est attribué chaque année par une dizaine d'organisations, dont Amnesty International, Human Rights Watch (HRW) et la Fédération internationale des droits de l'homme. En 2015, le prix avait été décerné à Ahmed Mansoor, militant des droits humains aux Emirats arabes unis.

(ats)

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