Basketball – Ilias Papatheodorou: «Le meilleur est devant nous»
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BasketballIlias Papatheodorou: «Le meilleur est devant nous»

Avant d’affronter l’Autriche ce jeudi (20h15), le sélectionneur de la Suisse évoque la progression de son équipe et la nécessité de développer le basket helvétique.

par
Brice Cheneval
Ilias Papatheodorou entame cette semaine sa deuxième campagne internationale avec la Suisse.

Ilias Papatheodorou entame cette semaine sa deuxième campagne internationale avec la Suisse.

FIBA

Nouveau départ pour l’équipe de Suisse qui entame, cette semaine, sa campagne de pré-qualification pour l’Euro 2025. Au déplacement en Autriche ce jeudi (20h15) succédera la réception de Chypre à Fribourg, dimanche (17h). Swiss Basketball a fixé le cap à suivre depuis de nombreux mois: elle souhaite voir son équipe participer à sa première grande compétition internationale depuis… 1955 et le Championnat d’Europe disputé en Hongrie.

Ceci implique de ne pas reproduire la déception de cet été, où la Nati a échoué au stade des pré-qualifications pour la Coupe du monde 2023. Malgré des prestations encourageantes, elle a terminé à la dernière place d’un groupe à sa portée (Macédoine du Nord, Slovaquie), à égalité avec ses deux adversaires et devancée à la différence de points. Une issue tellement rageante.

Trois mois se sont écoulés depuis et la Suisse veut prouver qu’elle a les moyens de ses ambitions. Celles-ci ont été consolidées avec l’arrivée sur le banc, mi-juillet, d’Ilias Papatheodorou. Finaliste de la Ligue des champions 2020 à la tête de l’AEK Athènes et ancien assistant en équipe de Grèce, le Grec tente d’implanter sa culture du haut niveau dans le basket helvétique. Joint par téléphone, il dresse un premier diagnostic.

Trois mois après la fin de votre premier rassemblement à la tête de la Suisse, vous retrouvez la sélection. Quel est votre état d’esprit?

Un nouveau challenge se dresse devant nous. Malheureusement, certains joueurs importants ne sont pas en mesure de nous aider: Toni Rokac est aux Etats-Unis, Paul Gravet est blessé, Jonathan Kazadi aussi et on ne sait pas encore s’il pourra jouer cette semaine. Mais d’un autre côté, ceux qui sont avec nous mettent beaucoup d’intensité, comme l’été dernier. J’ai été très satisfait de ce premier rassemblement. Les joueurs ont donné leur maximum. Je crois que nous avons fait du très bon travail. La situation est nouvelle pour nous tous, ce n’est pas facile d’apporter quelque chose de neuf en quelques semaines. Désormais, nous devons continuer à travailler pour progresser en tant qu’équipe.

Avec le recul, que retenez-vous de cette campagne, conclue par une élimination frustrante?

Nous avons travaillé dur et, globalement, avons pratiqué un bon basket. Mais il y a certaines choses que vous ne pouvez pas contrôler. J’ai vu les joueurs progresser et donner leur maximum. C’était une bonne opportunité pour moi de les accompagner. On doit continuer à se battre et aller de l’avant. Je pense que le meilleur est devant nous, mais nous devons nous montrer patients et ne pas se reposer sur nos acquis.

Quels étaient les axes de travail ciblés à votre arrivée?

On partait d’une feuille blanche. Je voulais pousser les joueurs à travailler plus durement, adopter une mentalité plus compatible avec le basket de haut niveau. C’est notre philosophie. Comme je l’ai dit, ce n’est pas simple et ça ne se fait pas en quelques semaines. C’est pourquoi je suis vraiment fier des joueurs, car ils ont fait preuve dhumilité et ont bien bossé. Nous avons énormément progressé, individuellement et collectivement.

Et cette semaine, sur quels aspects vous focalisez-vous?

Le problème avec ces fenêtres internationales, c’est que vous n’avez que deux ou trois jours pour vous entraîner avant chaque match. Vous ne pouvez pas vraiment insister sur les détails, vous devez vous concentrer sur les fondamentaux. On va seulement revoir certaines choses et poursuivre le travail entamé l’été dernier.

« Je voulais pousser les joueurs à travailler plus durement, adopter une mentalité plus compatible avec le basket de haut niveau»

Ilias Papatheodorou, sélectionneur de l’équipe de Suisse

Revenons à votre nomination, mi-juillet. Qu’est-ce qui a poussé un entraîneur de votre envergure à postuler pour le banc de la Suisse?

Chaque nouvelle opportunité est intéressante à mes yeux. Le discours des dirigeants de Swiss Basketball m’a convaincu. Javais envie de m’engager dans un nouvel environnement et d’apporter un peu de ma philosophie, mais aussi d’apprendre d’un autre basket. Il est toujours intéressant de découvrir une nouvelle mentalité, de nouvelles idées.

Que connaissiez-vous du basket suisse et qu’est-ce qui vous a attiré?

Il y a trois ans, quand j’entraînais le PAOK Salonique, nous avons affronté Fribourg. C’est mon unique expérience du basket suisse en tant qu’adversaire. Je suivais certains joueurs mais je n’avais pas une grande connaissance de l’environnement helvétique. Désormais, je le connais mieux et les joueurs me comprennent davantage.

Quel était votre regard sur le potentiel de cette sélection?

Tout le monde sait que le basket suisse n’est pas l’un des meilleurs d’Europe mais certains joueurs ont un potentiel intéressant. Ce qui est primordial, c’est de faire émerger de nouveaux talents et faire en sorte qu’en Suisse, davantage de gens s’intéressent au basket. Le niveau actuel n’est pas suffisant pour atteindre l’étape suivante.

Vous évoquez le besoin de forger une nouvelle génération de joueurs. Comment y parvenir?

Cela ne repose pas uniquement sur moi, évidemment. Je dois partager ma vision ainsi que mes conseils à la fédération et d’un autre côté, apporter du sang neuf dans l’équipe. L’été dernier, six joueurs ont effectué leurs débuts avec la sélection. On essaie d’aider les jeunes, pour qu’ils aient une idée du basket européen et soient en mesure de porter l’équipe à l’avenir. Ça, c’est mon rôle. Pour le reste, Swiss Basketball et les clubs doivent œuvrer pour le développement du basket en Suisse. Ce n’est pas un sport majeur ici et nous devons changer cela.

«Ce qui est primordial, c’est de faire émerger de nouveaux talents et faire en sorte qu’en Suisse, davantage de gens s’intéressent au basket»

Ilias Papatheodorou

Le basket suisse souffre globalement d’un manque de culture de la gagne. Comment y remédier?

Encore une fois, ce n’est pas la responsabilité d’une seule personne. Si tu veux atteindre le haut niveau, tu dois trouver de bons entraîneurs, joueurs, managers, qui connaissent le basket et la recette pour progresser. Si le basket suisse veut devenir crédible, il faut déjà professionnaliser les clubs. Le championnat ne l’est pas encore à 100%. Ce n’est pas une manière d’améliorer quoi que ce soit. Il faut travailler ensemble, établir un plan. Si tu n’as pas de vision pour devenir meilleur, c’est compliqué.

L’équipe nationale est-elle la première étape de ce plan?

Absolument. C’est la partie la plus visible. Ensemble, avec l’aide des clubs, nous devons la faire progresser. Avec les joueurs, nous ne sommes réunis que trois ou quatre fois par an, c’est peu. Mais si vous obtenez de bons résultats et que vous pratiquez un bon basket, les gens s’en aperçoivent et se mettent à regarder les matches. C’est ainsi qu’on crée de l’engouement.

C’est quoi la «patte» Ilias Papatheodorou?

Tout est une question de mentalité. S’entraîner et jouer deux heures de temps, ce n’est pas suffisant. Si tu veux grandir et atteindre le niveau supérieur, tu dois faire attention à tous les aspects du basket: la vie privée, l’alimentation, le travail «extra», l’analyse vidéo… Le basket, ce n’est pas seulement une histoire de passion, d’intensité, de tactique, c’est un tout.

À votre arrivée, il était question que vous retrouviez un club, en parallèle de votre mission avec la Suisse. Qu’en est-il de cette situation?

Je suis trop jeune pour me consacrer uniquement à une équipe nationale et travailler trois à quatre fois par année. Bien entendu, je suis toujours sur le marché mais il est très important pour moi de me retrouver dans de bonnes conditions. J’ai travaillé à un haut niveau donc j’ai certaines exigences, mais je veux avant tout que le club en question croie en moi et me donne les clés. Je n’ai pas un type de projet en tête. J’ai besoin de quelque chose capable de me rendre heureux. J’ai besoin de créer, c’est ma philosophie, pas d’avoir un travail pour dire d’en avoir un. Si je trouve quelque chose d’intéressant, je saisirai l’opportunité. Pour l’instant je n’ai pas trouvé de quoi me satisfaire.

Ilias Papatheodorou en action cet été, lors des pré-qualifications pour le Mondial 2023.

Ilias Papatheodorou en action cet été, lors des pré-qualifications pour le Mondial 2023.

FIBA

Le programme de la Suisse

Jeudi: Autriche - Suisse (20h15).

Dimanche: Suisse - Chypre (17h).

24 février: Suisse - Irlande.

27 février: Suisse - Autriche.

30 juin: Chypre - Suisse.

3 juillet: Irlande - Suisse.

Quatre équipes - les trois vainqueurs de groupe et le meilleur deuxième - seront qualifiées pour le deuxième tour des pré-qualifications de l’Euro 2025, qui se déroulera en trois fenêtres (août 2022, novembre 2022 et février 2023).

Les joueurs retenus

Intérieurs

Nemanja Calasan (Boncourt), Arnaud Cotture (Fribourg), Jonathan Dubas (Vevey, LNB), Paul Gravet (Fribourg), Michel-Ofik Nzege (sans contrat), Ilija Vranic (Bâle).

Extérieurs

Selim Fofana (Neuchâtel), Yoan Granvorka (Neuchâtel), Natan Jurkovitz (Fribourg), Jonathan Kazadi (Medipolis SC Jena, Allemagne), Roberto Kovac (Massagno), Juraj Kozic (Boncourt), Clayton Le Sann (Monthey), Marco Portannese (Genève), Yuri Solca (Fribourg), Robert Zinn (Fribourg).

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