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ReligionIls dénoncent une «Eglise de nanas»

Trop de femmes au sein des paroisses protestantes rendraient les cultes mous et inintéressants pour les hommes, s'insurgent certains dirigeants de l'Eglise réformée.

par
Raphaël Pomey
Deux paroisses réformées sur dix sont dirigées par des femmes. Assez pour agacer certains messieurs.

Deux paroisses réformées sur dix sont dirigées par des femmes. Assez pour agacer certains messieurs.

Keystone

A l'église, on ne parle pas assez de pouvoir, de business et de tout ce qui, grosso modo, serait susceptible d'intéresser les hommes. Ce constat sans appel, c'est un pasteur de Dübendorf (ZH), Herbert Pachmann, qui vient de le dresser dans le journal Reformierte Presse. Accès de mauvaise humeur d'un macho isolé? Pas sûr. Cette prise de position fait écho à une sortie du président de la Fédération des Eglises protestantes de Suisse, Gottfried Locher, qui n'avait pas hésité à déclarer que le nombre croissant de femmes pasteures contribuait à la baisse de fréquentation des offices religieux.

Une «dévirilisation» de l'Eglise

Cette accusation, forcément, suscite une polémique qui n'en finit plus. Mais pour le théologien et écrivain vaudois Shafique Keshavjee, ces propos ne tombent pas non plus du ciel: «Je déplore une dévirilisation de l'Eglise dans la mesure où le courage nous manque désormais d'aborder les sujets qui fâchent», commente l'auteur de «La reine, le moine et le glouton. La grande fissure des fondations» (Seuil, 2014). Il cite la sexualité, l'argent, ou encore le rapport à la vérité parmi ces thèmes: «Mais attention, il y a des dames qui ont cette virilité intellectuelle et spirituelle, et il ne s'agit pas de les enfermer dans des stéréotypes traditionnellement accolés aux femmes comme la douceur ou l'accueil.» Il ajoute voir dans la féminisation de l'Eglise, trop longtemps dominée par les seuls hommes, «une richesse».

Cette incapacité à montrer les muscles, l'ancienne conseillère nationale libérale vaudoise Suzette Sandoz la déplore aussi: «Mais cela dépasse le cadre religieux au sens strict: en témoignent ces situations où l'on n'ose plus mettre de crèches dans l'espace public ou enseigner des chants de Noël à l'école.» Membre du synode de l'Eglise évangélique réformée du canton de Vaud, elle refuse toute explication sexiste à ce sujet: «Il y a des femmes debout comme il y a des hommes couchés.»

Reste un mouvement de fond, auquel les esprits chagrins devront s'adapter. Si seules deux paroisses sur dix sont dirigées par une femme, ce chiffre risque d'augmenter: la moyenne d'âge des pasteures est en effet plus basse que celle de leurs collègues hommes, précise le sociologue Christophe Monnot: «De nombreux responsables protestants voient dans cette féminisation un des effets de la sécularisation, d'où malaise… On remarque alors des réactions machistes, ou des regrets que l'on théologise toujours chez les réformés: on va parler de sermons trop féminins…»

Les Eglises ont besoin de plus de conviction, pas de testostérone

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