Patinage artistique – Ils fuient les bombes, dansent en T-shirt et se retirent de la finale

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Patinage artistiqueIls fuient les bombes, dansent en T-shirt et se retirent de la finale

Les Ukrainiens Oleksandra Nazarova et Maksym Nikitin ont fui Kharkiv pour participer aux Championnats du monde de patinage. Ils ont tout donné avant de déclarer forfait.

par
Mathieu Aeschmann
Oleksandra Nazarova et Maksym Nikitin submergés par l’émotion après leur programme court de danse, vendredi soir à Montpellier. (Photo by Pascal GUYOT/AFP)

Oleksandra Nazarova et Maksym Nikitin submergés par l’émotion après leur programme court de danse, vendredi soir à Montpellier. (Photo by Pascal GUYOT/AFP)

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Parfois la performance est accessoire, même parmi l’élite. Pour Oleksandra Nazarova et Maksym Nikitin, les Championnats du monde de patinage, qui se sont terminés dimanche à Montpellier, allaient bien au-delà d’une médaille ou de la réalisation d’un programme qu’ils n’avaient plus eu l’occasion de répéter depuis plusieurs semaines. Les deux patineurs ukrainiens étaient à Kharkiv lorsque la guerre a éclaté, fin février. Ils ont d’abord craint le pire, puis ont fui vers la Pologne avec une seule idée en tête: «Patiner pour tous ceux qui sont bloqués en Ukraine.»

Cet hommage sur glace, Oleksandra Nazarova et Maksym Nikitin l’ont rendu vendredi soir lors du programme court. Trois minutes trente emplies d’émotions et incarnées dans une tenue d’entraînement: collants sombres et T-shirt aux couleurs de leur pays. Le symbole d’une performance de fortune, comme un cri du cœur adressé à la communauté internationale (via notamment le choix de la chanson «1944», de Jamala, évoquant la déportation des Tatars de Crimée en 1944). «Nos costumes sont restés en Ukraine, on n’a pas pu les apporter. En ce moment, on ne peut pas porter de costume à paillettes, parce qu’il y a une guerre dans notre pays, que des gens meurent. Ça nous rend tellement tristes. C’est bien que les gens du monde entier puissent voir ce bleu et ce jaune.»

600 kilomètres avant le refuge polonais

Pour atteindre Montpellier, les deux patineurs ont dû se résoudre à fuir Kharkiv, métropole ciblée rapidement par Moscou. Ils ne sont alors que deux réfugiés de plus sur la route, laissant derrière eux l’horreur des bombardements. «On a vu les tanks, entendu les tirs, ma maison n’a plus de fenêtres, a déclaré Oleksandra Nazarova après le programme. C’est horrible de courir se réfugier à la cave avec un enfant dans les bras. Nos familles sont encore là-bas, à la merci de ce que fait l’armée russe. C’est ignoble.» Commence alors le long chemin vers la Pologne, un club refuge et des amis qui leur permettent de se réunir. «Je suis partie avant Maksym, reprend la championne. Je n’avais pas pu prendre mes patins, il me les a amenés. On a conduit 600 km, les routes étaient pleines de réfugiés.»

Vendredi soir, ce périple a offert au duo Nazarova-Nikitin l’une des plus belles ovations de l’histoire récente du patinage artistique. Éreintés, ils pouvaient ensuite se retirer de la finale à laquelle ils avaient gagné le droit de participer (16e). «On a beaucoup de retours d’Ukrainiens. Ils nous disent merci de représenter notre pays, que ça les aide, a insisté Maksym Nikitin. J’ai des amis, ça fait presque un mois qu’ils sont dans une station de métro, et pour eux c’est très important de voir que des gens du monde entier nous soutiennent. Ce n’est pas nous qu’ils regardent, c’est ce que le monde pense de cette situation.»

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