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SécuritéIls organisent des rondes contre les cambriolages

Les habitants d'Aire-la-Ville (GE) en ont marre. En quinze jours, le village a subi huit cambriolages. Dans l'urgence, ils ont mis sur pied des rondes, seul moyen de se protéger.

par
Anne-Florence Pasquier
Lassés par les cambriolages autant que par le peu de moyens engagés par la police, les habitants ont décidé de prendre eux-même les choses en main. Depuis vendredi soir, ils font des rondes dans leur village!

Lassés par les cambriolages autant que par le peu de moyens engagés par la police, les habitants ont décidé de prendre eux-même les choses en main. Depuis vendredi soir, ils font des rondes dans leur village!

Sébastien Féval

Alors que les polices cantonales communiquent à tout va, entre campagne d'information et prévention, mettant en garde la population contre les cambriolages du crépuscule, les habitants d'Aire-la-Ville (GE), eux, ont pris leur destin en main face à la série d'infractions qu'ils subissent: huit cambriolages et autres vols par effraction sur des voitures et motos en à peine quinze jours.

Excédés, fatigués d'être la proie de bandes organisées, ils ont décidé de se bouger. Ils patrouilleront désormais chaque recoin de leur village par groupes de trois ou quatre, de jour comme de nuit à des heures irrégulières. «Nous ne sommes pas des illuminés à vouloir jouer les héros, mais souhaitons protéger notre village, marquer une présence en tant que citoyens responsables et en toute légalité», expliquait Pierre-Antoine Gaemperle, résident du hameau genevois, lors d'une séance d'information, jeudi soir.

Entre ras-le-bol et impuissance

L'ambiance y était des plus animées entre ras-le-bol général, indignation et impuissance. «On n'ose plus sortir de chez soi», confiait l'un des habitants. Nino T., comme d'autres de ses voisins, s'est fait cambrioler: «On se sent violés dans notre intimité. Un jet de pierre à travers la fenêtre, ils ont pénétré et ont tout saccagé. Ils procèdent comme une bande d'amateurs.» Un modus operandi typique des Géorgiens, selon une source. Les vols de voitures seraient, eux, le truc des Maghrébins. Des Gitans, parfois encore mineurs, procéderaient par effraction des portes et fenêtres à coups de tournevis.

Pierre Maudet contre les rondes

Le maire Barthélémy Roch est d'avis que les citoyens n'ont pour l'instant pas vraiment d'autre choix. Il les soutient dans leur démarche: «Il y a un manque d'effectifs de la police. On loue un agent de Bernex, mais il travaille la journée. Prendre une sécurité nous coûte trop cher. Je ne vois donc pas d'objection à ces rondes, du temps que ça ne dégénère pas.»

Un discours que ne partage qu'à moitié Pierre Maudet, conseiller d'Etat genevois en charge de la Sécurité: «Ça ne me choque pas que des citoyens réagissent face à la situation problématique que sont les cambriolages. Mais faire des rondes, ça non. Les citoyens doivent aussi avoir le réflexe de veiller à fermer leurs portes à clé, à se protéger, se responsabiliser. On ne peut pas non plus poster un agent devant chaque porte.» Et de compléter: «Je suis attaché à ce que la police garde le monopole de la sécurité. Avec réflexion et organisation, nous tenterons de canaliser l'énergie de ces citoyens, de les informer au mieux.»

Prendre exemple sur Vaud

Comme le confirme Eric Grandjean, officier de communication de la police cantonale genevoise: «Des tests avec des communes genevoises seront lancés à partir du mois de décembre, un partenariat entre la police et les citoyens étant souhaité. Ceux-là ont aussi le droit et le devoir d'être attentifs et d'appeler le 117 s'ils observent des comportements suspects.» Genève devrait prendre exemple sur Vaud et son concept de Police-Population, un réseau de 104 communes qui informe, avec l'aide de la police, les habitants des délits et les conseille sur la façon de se protéger. En charge de ce concept et fort de son expérience, Pierre-Olivier Gaudard, chef de la division Prévention et Criminalité de la police cantonale vaudoise, estime que: «On n'aurait jamais laissé des habitants faire des rondes, c'est contre-productif et surtout dangereux.»

En attendant le 29 novembre, date à laquelle les autorités genevoises et la police informeront les citoyens, les bandits auront encore tout le loisir de vaquer à leurs brigandages. Les habitants d'Aire-la-Ville prendront donc leur mal en patience. Pour réconfort, les patrouilleurs auront droit à un vin chaud offert par la commune.

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