Editorial: Ils veulent tous sauver la planète, mais à quel prix?
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EditorialIls veulent tous sauver la planète, mais à quel prix?

Si tous les jeunes manifestants d'aujourd'hui adhèrent au Parti écologique, il deviendra le premier de Suisse! Mais cela ne sera pas le cas.

par
Eric Felley
«A quoi bon étudier, si nous n'avons pas d'avenir ?» L'inquiétude des étudiants s'est manifestée sur la place de la Riponne.

«A quoi bon étudier, si nous n'avons pas d'avenir ?» L'inquiétude des étudiants s'est manifestée sur la place de la Riponne.

le matin

Si les milliers d'étudiants qui manifestent aujourd'hui en Suisse adhèrent tous d'ici quelques années au Parti écologiste, celui-ci n'a plus de soucis à se faire pour son avenir. Il peut se préparer à entrer au Conseil fédéral! Evidemment, ce ne sera pas le cas. Pour la raison que leur sensibilité au climat et à l'avenir de la planète ne va tarder à entrer en contradiction avec la société de consommation – dans laquelle ils vivent plutôt bien grâce aux moyens de leurs parents – et avec la réalité du monde du travail.

Malgré tout, la mobilisation d'aujourd'hui est un pied de nez gigantesque aux adultes politiciens, en particulier des partis bourgeois à Berne. Ceux-ci tergiversent sur les mesures à prendre pour le climat et s'excusent de ne rien faire, car de toute façon la petite Suisse ne va pas sauver la planète avec des taxes. A Berne, la majorité se dit plutôt: laissons l'avenir nous montrer de quoi il sera fait, plutôt que de se lancer dans une politique mortifère pour nos affaires.

On aimerait y croire, mais l'ampleur des manifestations d'aujourd'hui ne semble pourtant pas annoncer un changement de paradigme intergénérationnel. Entre les politiciens adultes et les jeunes étudiants, il y a surtout une différence d'âge avant une différence idéologique autour de la question climatique. L'atavisme politique est très fort en Suisse. Lorsqu'ils feront leurs comptes, comme leurs parents, ils refuseront une taxe sur les billets d'avions, une autre sur l'essence ou une autre sur les téléphones portables.

«A quoi bon étudier, si nous n'avons pas d'avenir ?», tel est le message sur la banderole déployée sur la Place de la Riponne à Lausanne. Inquiétude légitime, mais la plupart de ces jeunes étudiants ont un avenir tout à fait enviable, même s'ils risquent de vivre des étés un peu plus chauds que leurs parents. Certains diront même que c'est la faute aux écologistes!

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