Suisse: Importateur de viande de cheval pointé du doigt

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SuisseImportateur de viande de cheval pointé du doigt

Les militants, qui avaient obtenu que la grande distribution cesse de se fournir auprès de pays non européens, déplorent que cette viande continue d'être malgré tout écoulée dans notre pays.

par
Benjamin Pillard
Le producteur canadien Bouvry reste dans le viseur de la Ligue zurichoise de protection des animaux, qui dénonce notamment les enclos surpeuplés des parcs d'engraissement.

Le producteur canadien Bouvry reste dans le viseur de la Ligue zurichoise de protection des animaux, qui dénonce notamment les enclos surpeuplés des parcs d'engraissement.

AFP

En chute libre depuis les scandales successifs liés à ses conditions de production, la consommation suisse de la viande chevaline a franchi en 2015 un seuil historiquement bas, avec 3585 tonnes écoulées (-34% par rapport à 2012). Soit 53 fois moins que le porc, 26 à 28 fois moins que le bœuf et la volaille, 6 fois moins que le veau, ou même 3 fois moins que l'agneau. Il faut dire que le cheval est la seule viande avec le mouton à provenir essentiellement de l'étranger; la production suisse étant presque insignifiante (moins de 10% de la consommation totale). Deux tiers viennent du continent américain, principalement du Canada.

Depuis 2013, pourtant, les acteurs suisses de la grande distribution ont successivement renoncé à importer leurs charcuterie et viande fraîche chevalines d'outre-Atlantique, se rabattant sur les producteurs basés en Europe, où les législations et contrôles en matière de protection animale sont plus stricts. Idem pour l'ex-plus grand importateur, le bâlois GVFI, qui a cessé tout approvisionnement en provenance du continent américain depuis fin 2015. Un triomphe pour les militants de la Ligue zurichoise de protection des animaux (TSB Zurich), qui dénoncent des conditions de production «cruelles» constatées année après année sur le terrain par leurs enquêteurs et organisations partenaires. Et dont le dernier cheval de bataille consiste à faire céder la société vaudoise Skin Packing, devenue le premier importateur du pays.

Ex-fournisseur de Migros, l'entreprise de Gland (VD) approvisionne ainsi les boucheries et restaurateurs du pays en viande chevaline d'outremer à hauteur de quelque 750 tonnes par an. «Les conditions de production au Canada par la société Bouvry (qui importe les chevaux des États-Unis) restent épouvantables; rien n'a changé depuis nos premières enquêtes en 2012», assure Sabrina Gurtner, cheffe de projet au TSB Zurich. Dans son dernier rapport, l'organisation rend compte de maltraitances multiples, des enclos surpeuplés aux chevaux blessés ou malades laissés sans soin.

Prise de conscience

«Je ne remets pas en cause les enquêtes de ces activistes, j'entends leurs remarques, mais il s'agit d'élevage; on ne peut pas mettre une personne derrière chaque animal!» fulmine le directeur et cofondateur de Skin Packing, Michel Gasser. «Le problème est le même avec les autres animaux, voire chez l'homme: des individus meurent chaque jour dans des conditions effrayantes!» Et d'indiquer une prise de conscience du côté des importateurs européens et des producteurs d'outre-Atlantique, en participant depuis l'automne dernier à un projet d'«amélioration du bien-être animal» de la filière, initié par la Fédération belge de la viande et l'Université catholique de Louvain.

Depuis 2015, la Commission européenne a interdit aux producteurs mexicains d'exporter leur viande chevaline vers les pays membres. Une mesure qui concerne aussi la Suisse, et donc Skin Packing, dont près du tiers de l'importation de cheval était issu de ce pays (la moitié provenant du canadien Bouvry, et le reste de l'Europe). Un manque qui a été compensé par un abattoir argentin, où les chevaux seraient encore moins bien traités, notamment lors de leur transport, accuse le TSB Zurich.

«Il y a toujours des erreurs à corriger, mais on fait des progrès, même si on reste loin des standards suisses», lâche Michel Gasser. «Ces activistes alémaniques feraient mieux de continuer à s'intéresser au sort des chevaux qui continuent d'être abattus au Mexique pour d'autres marchés; plus personne ne s'en inquiète alors que les conditions sont devenues bien pires – ça me fâche, c'est un scandale!»

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