27.08.2020 à 10:04

MusiqueIndochine a 40 ans: «On n’a jamais rêvé d’une carrière»

Le groupe français célèbre quatre décennies d’histoire avec une collection de singles en deux volumes et surtout une tournée qui passera dans cinq stades à travers la France en 2021. Interview de son fondateur, Nicola Sirkis.

par
Laurent Flückiger
«Cette histoire n’a rien à voir avec la nostalgie des années 1980. On est un vieux groupe mais qui fait de la musique de jeunes», décrit Nicola Sirkis (au centre).

«Cette histoire n’a rien à voir avec la nostalgie des années 1980. On est un vieux groupe mais qui fait de la musique de jeunes», décrit Nicola Sirkis (au centre).

Harcourt

Plusieurs chiffres composent l’histoire d’Indochine: «Trois nuits par semaine», «3e sexe», «7000 danses», «Stef II», «13». C’est sans doute le plus beau que le groupe met aujourd’hui en avant: 40. Oui, 40 ans de carrière. Qu’on aime ou n’aime pas Nicola Sirkis – comme ces punks qui leur ont jeté des œufs lors de leur premier Paléo en 1986 – on ne peut nier que c’est impressionnant.

Pour le plus grand plaisir de leurs fans, Indochine a décidé de fêter ça. Il y a tout d’abord «Singles Collection» qui sortira en deux volumes. Le premier (2001-2021), le 28 août. Le second (1981-2001), le 27 novembre. En tout, ce sont 55 chansons remixées et regroupées, plus un inédit («Nos célébrations»). Le gros du morceau se déroulera en 2021, quand le groupe sera en tournée monstre en France. Les stades de Bordeaux, Marseille, Paris, Lyon et Lille sont sur la carte et la place est à un prix d’ami, entre 50 et 80 euros. Que les Suisses se rassurent: des bus seront organisés pour les y amener.

Nicola Sirkis était de passage à Genève le 3 juillet dernier pour nous en parler. Avec nous, il évoque l’héritage d’Indochine et la scène qui sera installée au centre des stades. Il s’insurge aussi contre les prix surfaits de certains concerts – «Ne croyez pas ceux qui disent que le prix des places à 150 euros est justifié», dit-il.

Pourquoi fêter les 40 ans d’Indochine?

Parce qu’on n’est pas sûr de fêter nos 50 ans. C’est tellement irrationnel d’être dans un groupe de rock et d’avoir quarante ans de carrière. Après notre premier concert en septembre 1981, ce n’était même pas dans l’ordre du rêve. C’est peut-être ça qui a sauvé Indochine: on n’a pas rêvé d’une carrière mais juste pensé à travailler et à faire des concerts.

En 2021, vous aurez fait plus d’années avec Oli de Sat que sans.

Oui. Et Marco est avec moi depuis vingt-cinq ans et Boris vingt-trois. Il n’y a que le batteur, le petit Suédois (ndlr.: Ludwig), qui est là depuis cinq ans. C’est la formation la plus stable. Cette histoire n’a rien à voir avec la nostalgie des années 1980. On est un vieux groupe mais qui fait de la musique de jeunes.

Par contre, il y a de la nostalgie dans le seul titre inédit, «Nos célébrations»…

Vous trouvez? Mais c’est notre style! On n’a jamais cherché à plaire à qui que ce soit à part nous-mêmes. C’est ce qui nous sauve. En plus, l’exercice, cette fois, était inédit. Quand on part en session d’enregistrement, on écrit 30 à 40 chansons pour un album. Là, c’était un seul titre qui figurerait parmi uniquement des singles numéro un. La barre était haute, il ne fallait pas qu’il soit naze. Le clip montre ce qui s’est passé durant les quatre dernières décennies. Indochine a commencé par l’élection de François Mitterrand et l’abolition de la peine de mort pour arriver à Trump et à la Covid-19. On y voit tous les événements qui m’ont choqué ou aidé à écrire des morceaux. Et c’est pour dire que, malgré tout ce qui s’est passé, on est encore là.

Dans «Nos célébrations» vous chantez: «Je suis comme une histoire qui n’en finira pas». Quel héritage Indochine laissera-t-il?

Je n’en sais rien, je m’en fous. Ce n’est pas l’héritage qui m’intéresse.

Il y a pourtant des groupes ou des artistes qui se réclament d’Indochine.

Oui… C’est marrant, il y a plus d’Anglo-Saxons que de Francophones. On est respectés, mythiques maintenant. Cultes, comme on dit. Mais je ne veux pas bâtir un empire pour ça. Comme dirait n’importe quel papa: «Du moment que les gosses sont contents!» Je vis une passion grâce à ce public et j’essaie de lui redonner la monnaie de sa pièce, de respecter le temps d’attente aux concerts, le prix des places, de faire de bonnes chansons, de faire de beaux albums. Et tant qu’on a cette énergie-là, c’est génial.

À propos du prix de places: pour la tournée anniversaire, il sera entre 50 et 80 euros seulement. Pourquoi Indochine y arrive et pas les autres?

Demandez-leur. On a la chance de vendre encore des disques, c’est vrai. Mais on n’a jamais eu le parti pris de s’enrichir en faisant des concerts. On n’a pas besoin d’avoir une maison au bord du Léman, une à Los Angeles et une à Gstaad. Une tournée coûte très très cher, et on s’associe parfois à des partenaires, des marques triées sur le volet pour la financer. Mais on la termine toujours pile-poil à zéro. Aux producteurs, on leur dit qu’avec nous qu’ils ne vont pas gagner de l’argent, ils vont en gagner un peu moins. Ne croyez pas ceux qui disent que le prix des places à 150 euros est justifié. Et tous ces trucs de golden circles… P*tain, ça c’est terrible! Ou les packs dans lequel tu as une photo ou alors tu peux voir les artistes mais de loin, c’est abject. C’est le pire qui puisse arriver dans ce métier. Il y a des artistes insoupçonnables qui jouent ce jeu. Je ne sais pas pourquoi. Nous, on a toujours refusé ça. Durant notre dernière tournée, il existait la «Zone 13». On tirait au sort des gens dans la foule pour qu’ils puissent y accéder. (Il réfléchit) Peut-être qu’un jour je regretterai tout l’argent que j’aurais pu me faire. Mais je ne pense pas.

C’est pour cela aussi que vos fans vous aiment tant?

Entre autres. Il y a l’humilité et la sincérité, je pense.

Parlez-nous de cette scène centrale que vous aurez dans les stades en 2021?

On n’a rien inventé. Cette idée vient d’un constat simple: au départ, un stade n’est pas pour la musique mais pour le sport, et donc tout se passe au milieu. Avec une scène centrale, personne n’est lésé, tout le monde aura une vision intégrale. Mais c’est plus compliqué pour nous, on va beaucoup bouger. On travaille dessus depuis quelques mois.

La scène peut tourner aussi sur elle-même?

Ah ben non, on n’est pas Céline Dion! On aimerait que les gens soient impressionnés dès l’entrée dans le stade et que ça soit inoubliable. On a 40 ans qu’une seule fois. L’autre avantage, c’est qu’ainsi on peut ajouter entre 10 000 et 20 000 personnes. Le Stade de France et le stade de Bordeaux auront donc une capacité de 80 000 personnes. Malheureusement on ne peut faire la Suisse pour cause de stades trop petits et le poids de la scène est un problème pour la pelouse. Ajoutons qu’il faut un certain nombre de spectateurs pour rembourser les frais.

Vous avez prévu de jouer 56 singles, c’est juste?

Oui. Peut-être pas tous en intégralité. Ce sera un concert de 2 h 45.

Vous annoncez déjà un nouvel album pour 2022…

Aujourd’hui, la priorité est cette tournée. Il faudra voir si on peut vraiment la faire, avec la crise sanitaire. On attend le 25 septembre pour la mise en vente des billets. On a prévu beaucoup de bus en partance de la Suisse pour Lyon et Paris. Ensuite, on aura peut-être des petites surprises dans des petites salles et en 2022 on travaillera sur un nouvel album. Et après, on ne sait pas.

Après, on parlera des 50 ans d’Indochine.

Je ne sais pas. Que Dieu t’entende.

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13 commentaires
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DJSnake

28.08.2020 à 18:39

Ça nous rajeunit pas !!!

téléphone

28.08.2020 à 17:09

40 ans de carrière avec 25 ans de silence...

Leur dernier titre le meilleur

28.08.2020 à 06:33

Gwendoline a les yeux verts