France: Infanticides à Pontarlier: «Elle prétendait être grosse»

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FranceInfanticides à Pontarlier: «Elle prétendait être grosse»

Au lendemain de la découverte de trois nouveau-nés morts à Pontarlier, dans le Doubs, les voisins sont sous le choc. Témoignages.

par
Sarah Zeines
La maison de l'horreur «avait souvent les volets fermés», selon un voisin.

La maison de l'horreur «avait souvent les volets fermés», selon un voisin.

Jean-Guy Python

«Ils ne parlaient pas beaucoup», assure Claude Tisseran, voisin de Melissa* et de Bruno*, le couple actuellement au cœur d'une affaire de triple infanticide à Pontarlier, en France voisine. «Parfois, ils ne disaient même pas bonjour, poursuit M. Tisseran. On les entendait crier sur leurs deux enfants et leurs volets restaient souvent fermés en plein jour.» À la rue Callisto, théâtre de l'horreur dans la commune du Doubs, à une cinquantaine de kilomètres de la frontière suisse, les curieux sont nombreux à s'attrouper devant la maison du drame.

Tués à la naissance

Tous sont là pour tenter de savoir comment le pire a pu se produire dans ce paisible lotissement niché sur les collines verdoyantes de la périphérie de Pontarlier. Le couple a été placé en garde à vue lundi matin, après que Bruno a dénoncé Melissa au commissariat. Ces parents trentenaires sont actuellement interrogés sur la présence de sacs contenant les restes de trois nouveau-nés. Un premier petit cadavre, laissé là depuis 2015, ainsi que les corps sans vie de jumeaux tués à la naissance tout récemment.

Le couple se faisait pourtant discret, selon de nombreux résidents. D'autres font preuve d'empathie envers les trentenaires interpellés. Arrivés il y a environ cinq ans dans le quartier, où la plupart des voisins se connaissent depuis plus de trente ans, les conjoints avaient loué cette coquette villa dotée d'un jardin. Monsieur serait travailleur frontalier, «en possession d'un véhicule utilitaire immatriculé en Suisse», selon plusieurs interlocuteurs. Madame, pour sa part, a toujours été mère au foyer, «totalement dévouée à sa fille et à son fils», âgés de 3 et de 7 ans. «L'aîné était scolarisé à Saint-Joseph, une école primaire privée réputée dans la région», relève Élodie, qui a fréquenté Melissa, «une femme douée en art et très gentille», pendant l'enfance.

Incompréhension générale

Certains habitants tombent des nues en apprenant la nouvelle du triple infanticide. «C'étaient de bons parents, sans histoires et investis dans le bien-être ainsi que l'éducation de leurs gosses, continue Élodie. Je croisais [Melissa] de temps en temps. En la voyant grossir, récemment, je lui ai demandé si elle était enceinte. Elle m'a répondu qu'elle avait simplement pris du poids.» Même son de cloche chez le voisin d'en face. «Je ne les connaissais pas intimement, mais il m'arrivait de jouer à la pétanque avec eux, confie l'homme. Je suis sous le choc.»

Sans vraiment y parvenir, certains tentent d'expliquer ce qui aurait poussé la jeune mère de famille à tuer ses propres bébés. «Elle a sûrement de graves problèmes psychologiques, suppose Claude Tisseran. Pour faire une telle chose, il faut avoir un souci.»

Détention prolongée

Les deux bambins du couple n'ont pas encore regagné leurs pupitres. Ils se trouvent actuellement chez d'autres membres de la famille. Les parents, de leur côté, étaient toujours en garde à vue hier. «Nous avons prolongé leur détention, détaille Edwige Roux-Morizot, procureure de la République de Besançon. La mère, qui a tout de suite reconnu les faits, risque la réclusion à perpétuité.»

En attendant d'en savoir davantage, certains tiennent à rappeler le passé sulfureux de ce lotissement, en apparence sans histoires. «Les crimes, cela fait partie de notre quotidien ici, assure un jeune homme, croisé dans les rues immaculées. L'homme qui vit à ma gauche vient de sortir de prison, où il était depuis longtemps pour avoir violé ses deux filles. Plus loin, un mari a été suspecté du meurtre de sa femme.»

*Prénoms d'emprunt

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