12.05.2020 à 13:33

Nos retrouvaillesInstallé à Monaco, Paolo Urfer fait du business

L’ancien directeur sportif du FC Sion et de Xamax a réorienté sa carrière professionnelle. Il a créé une société active dans le rachat de clubs.

par
Sport-Center
Paolo Urfer (ici en 2009) a notamment été directeur sportif du FC Sion et de Xamax.

Paolo Urfer (ici en 2009) a notamment été directeur sportif du FC Sion et de Xamax.

Archive, Keystone

Des années durant, Paolo Urfer a été un acteur important du football helvétique. Parachuté très jeune en tant que directeur sportif du FC Sion, qu’il a quitté en 2008, il avait ensuite pris la direction de la Maladière où il avait œuvré dans une fonction identique jusqu’à l’arrivée de Bulat Chagaev à la tête de NE Xamax au printemps 2011. Ce qui lui avait notamment permis de collaborer étroitement avec Bernard Challandes.

S’il a disparu depuis de la scène romande, le Vaudois n’en a pas pour autant quitté le milieu du ballon rond. Installé depuis 2015 à Monaco avec son épouse Paola et leurs trois enfants, il a toutefois réorienté sa carrière, se consacrant désormais davantage au business du foot à travers la société de conseils qu’il a créée: Fihra Data.

«Le rôle de directeur sportif tel qu’on l’a connu est en train de disparaître, estime-t-il. Le recrutement devient toujours plus ciblé. Les coaches eux-mêmes ont acquis des notions entrepreneuriales. Pour être efficace dans un projet, il faut se consacrer à ce que l’on sait faire.» Après avoir déménagé dans la Principauté, notre interlocuteur avait continué de travailler avec quelques joueurs helvétiques, ou passés par la Suisse – à l’instar d’Admir Mehmedi ou Derlis Gonzalez, enrôlés par le Dynamo Kiev. «J’agissais aussi en tant que consultant pour des clubs n’ayant pas de direction sportive», précise-t-il.

Son métier initial, Paolo Urfer l’avait d’abord appris à Tourbillon, où l’homme, très vite, a aussi su faire jouer son réseau et sa maîtrise des langues – il en parle six. «J’ai eu énormément de chance, reconnaît-il avec le recul. Je dois tout à des présidents comme Christian Constantin ou Sylvio Bernasconi. Ces gens-là ont joué avec leur argent mais ils n’en ont pas toujours profité.»

«Le modèle à la Constantin est révolu»

En pleine pandémie de Covid-19, le résident monégasque ne croit plus au modèle d’affaire qui prévaut dans le football helvétique. «En Suisse, on a encore trop souvent à faire à un modèle de gestion obsolète qui ne pourra plus tenir. Les gentils donateurs, c’est terminé. Le modèle à la Constantin, avec un mécène, est révolu (…) On bricole encore beaucoup trop.» Ce qui se ressent sur la qualité du recrutement, notamment étranger. «En 2006, on pouvait aller chercher des joueurs à Benfica ou en France. On était encore compétitifs avec ces clubs-là. Aujourd’hui, la qualité des étrangers est cinq fois inférieur à ce qui se faisait voici encore dix ans.»

Conséquence financière de la crise actuelle, la feuille de paie des footballeurs devrait considérablement baisser lors de la signature des futurs contrats. «Le joueur moyen gagne 30% de trop par rapport à la réalité du marché.»

«Les grands clubs créent des satellites»

Comme il le dit, notre interlocuteur a dû se réinventer, avec un métier, résume-t-il, «qu’il a fallu faire évoluer.» Depuis quelques années, Paolo Urfer (45 ans) explore une autre facette du football, celui du business, souvent lié à des acquisitions effectuées à travers des fonds d’investissement. Avec une tendance bien installée. «Aujourd’hui, on s’aperçoit que les grands clubs rachètent les plus petits, moins solides économiquement, afin de créer des satellites.» Un modèle similaire à celui mis en place par Ineos, avec un pont désormais établi entre Nice et le Lausanne-Sport.

En tant que mandataire, Urfer a œuvré pour la reprise en juillet 2018 des Girondins de Bordeaux par le Groupe GACP Sports LLC et King Street Capital Management pour 120 millions de francs. L’entrepreneur-consultant a aussi travaillé sur le dossier de reprise de Newcastle par un consortium établi à Dubaï où il se rend fréquemment.

A ce jour, aucun club suisse n’a été pris dans les filets de l’ancien directeur sportif mais cela pourrait changer. «A moyen ou plus long terme, le salut des clubs suisses consistera obligatoirement à se mettre sous la coupole d’un investisseur sérieux.»

Sur le Rocher, Paolo Urfer sait à quelles portes frapper. «J’ai comme voisins plusieurs propriétaires de clubs de Premier League anglaise...»

Nicolas Jacquier

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