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FootballInterview d'Ahmad Ahmad, qui a battu Issa Hayatou!

Le Malgache a été élu jeudi, à la surprise générale, président de la Confédération africaine de football (CAF). Il avait donné une interview exclusive au «Matin» il y a deux semaines.

par
Patrick Oberli
Le Malgache Ahmad Ahmad vient d'être élu, il est félicité, notamment par le président de la FIFA Gianni Infantino (2e depuis la dr.).

Le Malgache Ahmad Ahmad vient d'être élu, il est félicité, notamment par le président de la FIFA Gianni Infantino (2e depuis la dr.).

AFP

Le Malgache Ahmad Ahmad a été élu jeudi, à la surprise générale, président de la Confédération africaine de football (CAF) lors d'une élection l'opposant au Camerounais Issa Hayatou, qui dirigeait l'organisation depuis 1988. Cette élection a eu lieu à Addis Abeba, en Éthiopie.

A l'annonce des résultats officiels, les poings victorieux se sont levés et une clameur a éclaté dans la salle rassemblant les représentants des Fédérations africaines votantes: 34 voix pour M. Ahmad, contre 20 pour M. Hayatou.

Relativement méconnu par rapport à son adversaire, M. Ahmad a déjoué la plupart des pronostics en obtenant un mandat de quatre ans à la tête de la CAF. M. Hayatou (70 ans), dernier dignitaire du foot mondial épargné par les affaires qui ont emporté Sepp Blatter et Michel Platini, en était le favori.

Il y a deux semaines, Ahmad Ahmad avait accordé une interview exclusive au «Matin». Nous vous la reproposons en intégralité.

- Ahmad Ahmad, pourquoi vous êtes-vous lancé dans la course à la présidence de la CAF?

«J’aime beaucoup cette notion grecque de kairos qui signifie l’instant T de l’opportunité: avant, c’est trop tôt et après, trop tard. Et là je sens que le temps du changement est venu pour refonder une nouvelle CAF. Je veux résolument incarner un nouveau mode de gouvernance. Je ne serai pas un président qui décide seul dans son bureau de façon autocratique mais je ferai participer toutes les associations nationales dans mes grandes décisions.»

- Vous avez en face de vous Issa Hayatou, un monument des instances du football mondial, qui en connaît toutes les ficelles. Quel est votre plan pour le faire trembler?

«Mon objectif n’est pas de le faire trembler mais de le battre. Monsieur Hayatou qui est en fonction depuis plus de trente ans est le garant d’un héritage. En dépit de tout le respect que j’ai pour lui, il y a un devoir d’inventaire à mener. Vous savez, en politique, la notion d’usure du pouvoir est une réalité. Après sept mandats, il est tout à fait naturel de sombrer dans une espèce de léthargie et de routine où la force de l’habitude freine toute velléité de changements et de réformes.»

- Franchement, est-il réaliste d’y croire?

«Vous savez, une élection comme celle de la CAF, c’est comme un match de football: ce n’est pas toujours le favori qui gagne. Et j’ai de nombreux soutiens derrière moi, comme ces nombreuses associations nationales qui n’ont qu’une seule hâte: que le changement arrive enfin!»

- Certains de vos adversaires prétendent que vous n’avez pas les épaules pour ce poste…

«Moi je trouve cela plutôt bon signe. Cela signifie que mes adversaires sont fébriles et qu’ils n’ont pas d’arguments de fond à m’opposer. J’ai été Ministre dans mon pays, j’ai le cuir épais. Je connais par cœur les basses manœuvres d’une campagne politique.»

- Quels sont vos atouts?

«À 57 ans, j’ai à la fois l’expérience et l’énergie pour servir au mieux le football africain. De plus, je suis un homme de dialogue toujours soucieux des points de vue de mes interlocuteurs. Ainsi, mon bureau restera toujours ouvert, je serai un président accessible qui aura comme objectif suprême de réconcilier les acteurs du football africain.»

- Et quelles sont vos autres priorités?

«Elles sont évidemment nombreuses tant le chantier est immense. Je veux mettre en place une gestion moderne, dynamique et surtout transparente. Tous les dirigeants de la CAF seront soumis aux contrôles d’éligibilité et d’intégrité avant les élections. Les structures permanentes du siège de la CAF au Caire seront entièrement repensées pour éliminer les lourdeurs et alléger les procédures. Le personnel permanent qui travaille au siège de la CAF en Egypte devra répondre à un nouveau système de quota. Avec moi, la moitié du staff permanent devra provenir des 53 autres pays afin d’apporter un plus grand équilibre entre les associations africaines.»

- Justement qu’est-ce que vous demandent les fédérations africaines?

«Elles me demandent d’en finir avec le népotisme et le clientélisme. Elles veulent aussi jouer un rôle plus important au sein de la CAF. Ça tombe bien, c’est précisément dans mon programme! Ainsi, je serai un président de la CAF qui n’aura ni tabou ni opacité en matière de transparence dans la gestion de ses finances. Je partagerai donc ma responsabilité sur les finances avec un Collège Spécial des Présidents d’associations nationales. Vous savez, les associations sont copropriétaires de la CAF et elles doivent être traitées non pas comme des vassaux mais avec tout le respect qu’on leur doit.»

- Que reprocheriez-vous au règne sans fin de Monsieur Hayatou?

«Au-delà du règne sans fin, c’est plutôt une fin de règne que les acteurs du football africains ressentent. Mais je répète, il n’y a rien de personnel contre Issa Hayatou. Entre lui et moi ce sont d’abord des divergences sur la manière de gouverner le football africain.»

- Issa Hayatou est le seul (ou presque) des dirigeants historiques mondiaux du football à ne pas avoir été inquiété directement par les problèmes de corruption à la FIFA, sans qu’il ne soit épargné par les rumeurs et les accusations. Comment expliquez-vous cela?

«Je veux être président de la CAF, pas procureur. De plus, je ne connais pas dans le détail ces dossiers. Son passé lui appartient et je n’ai donc pas à en juger. Monsieur Hayatou est mon adversaire mais je ne me prêterai jamais à la politique des boules puantes. Je souhaite qu’entre lui et moi cela reste un débat d’idées.»

- Si je vous dis: vu d’ailleurs, la CAF donne l’image d’une institution de droit divin, où le chef décide du sort de ses sujets. Il décide de tout avec le soutien de personnes dont la préoccupation est avant tout de garder une position. Que répondez-vous?

«Sans juger le fondement de vos impressions, je vous promets que mes méthodes de gouvernance sont diamétralement opposées à celles que vous évoquez.»

- Selon vous, combien de représentants à une Coupe du monde l'Afrique devrait-elle obtenir?

«Vu le rayonnement du football africain dans tous les grands championnats à travers le monde, il me semblerait approprié d’en obtenir au moins dix.»

- Le football africain est une mine inépuisable de talents. Et pourtant, les championnats nationaux sont toujours dévalorisés. Pourquoi? Pensez-vous pouvoir changer cela?

«C’est vrai, l’Afrique est aujourd’hui la place forte du football mondial en termes de talents. Il faut profiter de cette chance. Ainsi, je vais m’employer de toutes mes forces pour valoriser le football africain à travers le monde en intensifiant les rapprochements avec les autres continents. Ainsi, je mettrai en avant le meilleur du football africain en créant de grands événements comme, par exemple, des tournées de prestige du Champion d’Afrique en titre et du vainqueur de la Ligue des champions.»

- Le filon des talents africains fait le bonheur des clubs sur tous les autres continents. Mais derrière les réussites, il y a beaucoup de souffrance. Est-ce une priorité de protéger les jeunes joueurs?

«Bien sûr que c’est une priorité. Comment rester insensibles à ces destins tragiques? Je prévois d’ailleurs la mise en place d'une Charte de protection des jeunes talents. Moi président, la CAF surveillera de plus près le système de libération de jeunes joueurs avec notamment une Commission qui examinera les contrats de sortie des jeunes de moins de 18 ans et l'enregistrement centralisé de tous les contrats.»

- Que devrait faire la FIFA pour endiguer le phénomène?

«C’est un problème que l’on réglera uniquement de façon collective. La CAF s’appuiera donc sur la FIFA et les autres Confédérations dans le but d’adopter un système de protection pour les jeunes talents. Ce sera ainsi mon rôle de souligner l’urgence de cette problématique en multipliant les échanges et les discussions entre les principaux acteurs du foot mondial.»

- Entre Gianni Infantino et Issa Hayatou, ce n’est pas le grand amour. Est-ce que cela signifie que le président de la FIFA vous soutient dans votre quête présidentielle?

«Je n’ai pas les mêmes informations que vous! J’ai lu qu’il ne prendrait pas part à l’élection et je trouve qu’il est dans son rôle de président de la FIFA dans son impartialité.»

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