Hockey sur glace: Invasion viking sur la Suisse
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Hockey sur glaceInvasion viking sur la Suisse

Depuis une décennie, les Canadiens désertent petit à petit la LNA au profit des Nordiques. Hasard ou véritable tendance?

par
Grégory Beaud
Le Suédois Fredrik Pettersson jouera à Zurich.

Le Suédois Fredrik Pettersson jouera à Zurich.

Keystone

Le hockey suisse vit une mini-révolution culturelle. Il n’y a jamais eu aussi peu de Canadiens dans l’élite. Et, conséquence, il n’y a jamais eu autant de Nordiques – Suédois, Finlandais et Norvégiens – au plus haut niveau. Ce changement est également vécu depuis quelques années en NHL. Entre 2010 et 2017, la grande ligue a vu son contingent nordique passer de 99 unités à 142. «L’évolution est générale, appuie Chris McSorley, directeur sportif de GE Servette. Les résultats des équipes nationales juniors suédoises et finlandaises ont ouvert les yeux sur le potentiel de ces pays. La Suisse ne fait que suivre un trend mondial.»

La proximité de la KHL

Cette saison, la tendance a encore pris de l’ampleur. En effet, pour la première fois depuis la saison 1993-1994, le nombre d’étrangers d’origine européenne dépasse celui d’importés nord-américains. Avec quinze Canadiens sous contrat, jamais le contingent n’a été aussi famélique. «Mais nous ne regardons pas la couleur du passeport au moment de signer un joueur, se défend Chris McSorley, qui compte deux Suédois dans son vestiaire. Cela peut de surcroît offrir une sécurité supplémentaire au club: l’acclimatation peut être facilitée par rapport à un joueur qui n’a jamais évolué sur les patinoires d’Europe.»

S’il fait le même constat, Christian Dubé voit le championnat de KHL comme la principale raison de ce changement. «Les Canadiens espèrent une opportunité de bien gagner leur vie, précise le directeur sportif de FR Gottéron. Durant les négociations, le prix de départ pour un joueur européen, à valeur égale, est moindre que pour un Nord-Américain.» Il y avait 25 Nord-Américains en Russie lors de la dernière édition du championnat national en 2008. La saison suivante, avec la naissance de la KHL, le chiffre est passé à 45. En 2016-2017, on en a recensé 83. «Ce sont des joueurs qui auraient pu avoir un intérêt à venir en Suisse, précise Dubé. Ou du moins qui auraient été proposés à un tarif bien différent sans cette concurrence.»

En Suisse, l’importé – principalement l’attaquant – doit avoir un profil précis. «Vif, rapide et doué techniquement, lance Christian Dubé. Ce que nous avons obtenu avec nos joueurs tchèques Roman Cervenka et Michal Birner.» Pour le même pedigree, le Canadien aurait un tout autre prix. À salaire égal, il faudrait se contenter d’un joueur à la capacité d’endosser un autre rôle. Un «enforcer», comme disent les anglophones. Un gratteur capable de faire briller ses coéquipiers plus doués techniquement. «Prenez un Maxim Talbot, détaille le dirigeant des Dragons. Il donne pleine satisfaction à Yaroslav, car on n’attend pas de lui ce que nous apporte un Roman Cervenka. Ici, je suis sûr que cela ne fonctionnerait pas aussi bien pour lui. En KHL, il apporte de l’énergie.»

Jan Alston n’adhère pas à cette vision: «Je ne suis pas sûr que le Suédois Pettersson (ndlr: Zurich) coûte moins cher que l’Américain Arcobello (ndlr: Berne)». Mais le directeur sportif du Lausanne HC voit un autre avantage à se tourner vers le Vieux-Continent: l’administratif. «Tout est moins compliqué, détaille celui qui a activement participé à cette mouvance. Les démarches sont simplifiées. Au final, le seul critère qui compte c’est le profil du joueur. Il doit coller à celui dont l’équipe à besoin. Peu importe l’origine.»

L’exception de 2012-2013

Depuis dix ans, une seule saison a détonné: 2012-2013. Lors de ce cas particulier, les stars de NHL ont débarqué en nombre durant le conflit salarial qui a opposé les joueurs aux propriétaires de clubs. Résultat: une horde de Canadiens (Seguin, Couture ou Desharnais pour les Romands) a scintillé pour quelques mois en Suisse. Avec 53 représentants du Canada, le record n’est pas près d’être battu.

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