13.08.2020 à 19:39

Moyen-OrientIsraël et le Golfe: de longues années de diplomatie discrète

Si l’annonce a fait l’effet d’une bombe ce jeudi, l’accord trouvé entre Israël et les Émirats arabes est le résultat d’un long et discret processus diplomatique.

Le premier ministre israélien a annoncé jeudi la normalisation des rapports entre son pays et les Émirats arabes unis.

Le premier ministre israélien a annoncé jeudi la normalisation des rapports entre son pays et les Émirats arabes unis.

KEYSTONE

L’annonce fracassante jeudi d’une normalisation des relations entre Israël et les Émirats arabes unis dans le cadre d’un accord négocié par leur allié américain est le fruit d’années de diplomatie discrète dans le Golfe.

L’Égypte et la Jordanie sont les deux seuls pays arabes à avoir officiellement reconnu Israël à ce jour. Les autres pays du Moyen-Orient se sont toujours montrés réticents à normaliser les liens avec l’État hébreu sans solution préalable au conflit israélo-palestinien.

Mais l’inimitié commune à l’égard de l’Iran, du puissant parti libanais Hezbollah, ou encore du mouvement islamiste des Frères musulmans a poussé certains pays du Golfe à se rapprocher de l’État hébreu.

Quelles prémices?

«Décision historique aujourd’hui de la part des Émirats et d’Israël de complètement normaliser les relations. Les contacts sont en cours depuis des années», a tweeté jeudi l’ancien haut responsable américain Brett McGurk.

Israël courtise depuis plusieurs années les nations arabes qui ne le reconnaissent pas, en particulier celles du Golfe, riches, influentes et proches de Washington.

En 2019, le premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a eu des entretiens inédits à Mascate avec le sultan Qabous d’Oman.

Le ministre des affaires étrangères du Bahreïn, très hostile à l’Iran, a lui récemment déclaré qu’Israël «fait partie du patrimoine de toute la région».

Des athlètes et des responsables israéliens se sont par ailleurs déjà rendus dans le Golfe, notamment aux Émirats, où l’hymne de l’État hébreu a été joué.

Quelles suites?

Le président américain Donald Trump a laissé entendre jeudi que d’autres percées diplomatiques entre Israël et les pays arabes étaient attendues. «Il se passe des choses dont je ne peux pas parler», a-t-il déclaré.

Pour le poids lourd régional, l'Arabie Saoudite, un règlement du conflit israélo-palestinien est officiellement une condition sine qua non à la normalisation des liens.

Mais les relations semblent se réchauffer sous la houlette du prince héritier Mohammed ben Salmane. En 2018, l'Arabie saoudite a discrètement ouvert son espace aérien pour la première fois à un avion de ligne à destination d’Israël. Et en février, le roi Salmane d'Arabie saoudite a accueilli à Ryad un rabbin basé à Jérusalem pour la première fois de l’histoire moderne.

Quelles réactions?

Le nouvel accord met en péril l’initiative de paix arabe de 2002, parrainée par Ryad, qui prévoyait le retrait d’Israël des territoires arabes occupés en 1967 en échange de garanties de paix et de normalisation des relations.

L’accord de jeudi risque d’être conspué par certains gouvernements de la région et par les populations arabes qui reprochent souvent aux puissances régionales d’abandonner le peuple palestinien.

Les Émirats arabes unis ont insisté sur les bénéfices que devraient tirer les Palestiniens de cet accord, qu’ils considèrent comme «une étape audacieuse» pour garantir une solution à deux Etats.

Cet accord est «un jalon dans l’acceptation arabe d’Israël dans la région, et un frein à l’annexion, qui mettrait en danger la paix», a tweeté Richard Haass, président du centre de réflexion Council on Foreign Relations.

(ATS/NXP)

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