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Insolite«J'ai adoré mon séjour en prison»

Norbert Guillod ne voulait payer ni une amende ni la totalité d'une pension alimentaire. Après son incarcération à La Croisée (VD), il affirme vouloir y retourner.

par
Victor Fingal
Norbert Guillod: «On nous servait des plats simples du terroir, tout ce que j'aime.»

Norbert Guillod: «On nous servait des plats simples du terroir, tout ce que j'aime.»

Jean-Guy Python

Il a passé en tout près de 50 jours à l'ombre. Mais Norbert Guillod, 73 ans, un architecte de Pully (VD), est loin d'en vouloir au système carcéral suisse. Bien au contraire. «J'avais une cellule avec vue sur le Jura, j'ai adoré.»

Condamné une première fois à une peine de 45 jours pour n'avoir pas payé une pension alimentaire, il découvre en 2009 la prison de La Croisée, partie des Etablissements pénitentiaires de la plaine de l'Orbe (EPO). «Après quelques jours où je devais partager ma cellule avec un autre prisonnier, j'ai pu bénéficier d'une «chambre» pour moi tout seul.»

«Un vrai hôtel»

Le confort l'épate. «Une télévision avec une vingtaine de programmes, une radio, un réfrigérateur, un lavabo et des toilettes à disposition, un vrai hôtel. Sans oublier un chauffe-eau pour du café ou du thé.» De plus, le prisonnier avait droit à une promenade d'une heure par jour et une salle de sport était à disposition, un jour sur deux. S'il le désirait, le détenu avait accès à la bibliothèque.

Architecte indépendant, Norbert Guillod ne va pas perdre son temps en prison. «Le matin, je préparais mes soumissions, l'après-midi, je la consacrais à la lecture: droit ou philosophie. Jamais, hors de prison, je n'avais eu autant de temps pour la lecture.»

L'un des musts à La Croisée, selon lui, c'est la nourriture. «Des plats simples, du terroir, tout ce que j'aime. Une étoile particulière pour les œufs et les poulets en provenance des fermes de l'EPO, succulents. Et si je dois apporter un bémol, je dirais que les menus à base de poisson n'étaient pas au top.»

Il découvre aussi tous les occupants de la prison. «Il y avait des dealers qui me refilaient leur carte de visite, des ressortissants des Balkans en attente d'être renvoyés chez eux et qui se réjouissaient de revoir leur famille.» Mais surtout, ce sont les matons qui le fascinent. «Je m'attendais à des gros lourdauds, mais tout au contraire j'ai découvert un personnel très subtil, humain, capable de s'adapter aussi bien à des détenus du Kosovo qu'à ceux de l'Afrique de l'Ouest.»

Un an après avoir purgé sa peine, quand il est sommé de payer une amende pour une infraction à la loi sur la circulation routière, il n'hésite pas une seconde: «J'y suis retourné pendant 4 jours avec grand plaisir. Et si l'occasion se présente, je me constituerais prisonnier de nouveau.»

Facture salée pour l'Etat

Reste le prix d'une journée de détention: «A La Croisée, il a été fixé à 168 fr. 90 par jour, en courtes peines, jusqu'à 6 mois, pour des personnes issues du Concordat latin (Suisse romande, plus le Tessin)», précise Anthony Brovarone, porte-parole du Service pénitentiaire du canton de Vaud. Faites le compte, le séjour de Norbert Guillod aura coûté plus de 8000 francs à l'Etat.

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